Lutte antivectorielle à La Réunion : le projet OpTIS entre en phase opérationnelle avec les  premiers lâchers de moustiques mâles stériles

Moustiques mâles stérilisés lâchés dans le cadre du projet OpTIS à La Réunion (commune de St Joseph). © Cirad

Lutte antivectorielle à La Réunion : le projet OpTIS entre en phase opérationnelle avec les premiers lâchers de moustiques mâles stériles

Les premiers lâchers de moustiques mâles stériles imprégnés de larvicide ont eu lieu mardi 26 août à Saint-Joseph. Cette opération s’inscrit dans le cadre du projet OpTIS (Opérationnalisation de la Technique de l’Insecte Stérile), mené conjointement par l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et le Cirad, avec le soutien de la mairie de Saint-Joseph.



L’objectif est d’évaluer, en conditions réelles, l’efficacité et l’acceptabilité sociale d’une version renforcée de la Technique de l’Insecte Stérile (TIS) contre Aedes albopictus, principal vecteur de la dengue à La Réunion. Cette méthode consiste à relâcher des mâles stériles, qui ne piquent pas, afin de limiter la reproduction des populations de moustiques. Dans sa version renforcée, elle est associée à un larvicide, le pyriproxifène, utilisé à très faible dose.

Le projet, financé par le Fonds européen de développement régional (FEDER), la Région Réunion et les ministères de la Santé et de la Recherche, prévoit deux phases :
De août 2025 à février 2026, des lâchers hebdomadaires sur 60 hectares à raison de 1 000 mâles stériles imprégnés par hectare.
De mars 2026 à février 2027, un élargissement de l’expérimentation à 175 hectares selon le même protocole.

Cette initiative prolonge des travaux menés depuis plusieurs années. Un essai pilote conduit par l’IRD à Sainte-Marie entre 2021 et 2022 avait permis d’induire plus de 60 % de stérilité dans les populations d’Aedes albopictus. En parallèle, le Cirad avait coordonné à Saint-Joseph en 2021 un essai de « TIS renforcée » contre Aedes aegypti, réduisant cette population de 91 %.
Le projet OpTIS associe également une enquête de perception auprès de la population, réalisée avec l’appui d’IPSOS durant l’été 2025. Les chercheurs suivront plusieurs indicateurs : évolution des populations de moustiques, transmission des virus de la dengue et du chikungunya, ainsi que perception et acceptabilité sociale de la méthode.

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Encadré par un arrêté préfectoral du 4 avril 2025, l’essai doit durer 18 mois. Ses résultats pourraient déboucher sur une utilisation plus large de cette technique et un transfert vers une start-up locale, si son efficacité et son innocuité sont confirmées.

Pour Patrick Lebreton, maire de Saint-Joseph : « Depuis 2021, Saint-Joseph s’est pleinement engagée aux côtés de ses partenaires pour accompagner l’expérimentation de la technique de l’insecte stérile. Aujourd’hui, avec les premiers lâchers opérationnels de moustiques mâles stériles à Langevin, notre commune devient le terrain pionnier du projet OpTIS, une innovation scientifique et environnementale majeure dans la lutte antivectorielle à La Réunion. C'est un projet réunionnais pour les réunionnais qui illustre parfaitement notre savoir-faire. Il ouvre la voie à une réponse durable face aux menaces que représentent les maladies transmises par les moustiques. Notre île porte toujours les cicatrices de ces épidémies et la menace demeure malheureusement toujours d'actualité. Saint-Joseph est fière d'être partenaire de ce projet qui pourra profiter à toute l'île, voire à d’autres territoires confrontés aux mêmes enjeux ».