Et si la FinTech était à Mayotte, le chaînon manquant de cette économie en quête d’un levier de croissance pour enfin assurer sa pérennité ? Dhitoimaraini Foundi, co-fondateur d'Olive Crowd, une Fintech basée à Maurice, en est persuadé : la FinTech peut changer la donne sur le territoire mahorais, mais aussi dans la région. C’était d'ailleurs l'objet de son intervention, il y a quelques semaines à l'occasion du Forum économique de Mayotte, à l'initiative du Département de Mayotte et organisé par l'ADIM qui s'est tenu sur le territoire pendant 2 jours, les 20 et 21 octobre derniers.
« Il y a de nouveaux besoins sur le territoire et il faut savoir y répondre. Plus on comprend de quoi a besoin notre écosystème, plus des perspectives d'affaires s’ouvrent pour nous, jeunes Mahorais ». C'est à l'occasion d'une table ronde organisée dans le cadre du forum économique de Mayotte qu'il a été question, il y a quelques semaines de technologies financières et de perspectives d'avenir pour les jeunes entrepreneurs du territoire. Pour le Mahorais installé à Maurice, l'avenir de Mayotte se jouera aussi grâce à la Fintech. Lui-même est un expert dans ce secteur. Il a d'ailleurs lancé il y a quelques années dans la zone de l'océan Indien, Olive Crowd, une plateforme qui donne l’opportunité aux entrepreneurs de se faire financer en dehors du créneau classique de la banque, grâce à un système de financement par capitaux propres. « Il y a un travail de vulgarisation à faire pour expliquer de quoi il est question exactement. C'est ce qu'on a commencé à faire et l’on doit continuer dans la formation et dans l'information pour que cet écosystème Tech mahorais soit une réalité ».
De la pédagogie à une réalité financière et économique
Dhitoimaraini Foundi, qui intervenait donc le 20 octobre dernier à l'occasion de cette table ronde intitulée « Mayotte Terre d’Innovation, connectée à la Fintech », a déjà animé de nombreux ateliers autour des technologies financières pour le compte du Département, notamment. « La FinTech concerne ces start-ups qui allient technologie et finance pour innover dans tous les compartiments de la banque. Plus concrètement, la banque a trois fonctions essentielles. Investir des fonds, les prêter et les déplacer. Les FinTechs se sont spécialisées dans chacune de ces fonctions et innovent pour offrir des services de qualité semblable ou sinon supérieure. Certaines se spécialisent dans le financement et l’investissement en capitaux propres dans les startups et PME à travers des plateformes de crowdfunding comme Olive Crowd dont je suis le directeur et co-fondateur. D’autres se spécialisent dans le prêt aux particuliers via des plateformes de peer-to-peer lending (prêt de pair à pair), et d’autres encore dans les moyens de paiement tels que les néobanques (Qonto) ou les prestataires comme PayPal ou Mangopay ».

En 2020, en pleine crise Covid, les Fintechs ont injecté près de 1,02 milliard d'euros pour relancer l’économie française. « C’est la preuve évidente que la FinTech est un vrai levier de croissance. Oui, la FinTech est une réponse à l’exclusion financière. L’entreprise exclue du circuit bancaire y trouve un financement, de la même manière que les populations non bancarisées qui ont la possibilité d’ouvrir un compte sans la banque et avoir accès aux services financiers tels que les moyens de paiement avec la banque mobile (mobile banking) ou encore avoir accès à des microcrédits via des plateformes en ligne ».
Se saisir des opportunités financières
À la différence de structures telle que l'ADIE, qui propose des microcrédits de 1000 € à 10 000 €, la FinTech peut permettre d'accompagner des porteurs de projets à hauteur de plusieurs millions d'euros. Ce sont de véritables institutions financières. « Pour développer nos entreprises et adresser les besoins exprimés par d’autres marchés de la région tels que les Comores, Madagascar ou le Mozambique, il serait nécessaire de construire un écosystème attractif rendant simple l’accès à la finance. Un écosystème n’est dynamique que lorsqu’il a tous les outils indispensables à son fonctionnement. Nos entreprises et startups auront besoin d’avoir d’autres partenaires financiers pour les accompagner dans leur développement, mais aussi des accélérateurs pour un accompagnement pour une montée en compétences. Nous pourrons, par exemple, envisager la création localement d’un réseau de Business Angels (investisseurs providentiels) pour soutenir les projets d’entreprises innovantes qui ont le potentiel de passer rapidement à l’échelle ; nous pouvons aussi établir des FinTechs spécialisées dans le crowdinvesting (financement en fonds propres) dans les entreprises, c’est-à-dire un financement en haut de bilan via des augmentations de capital. Une manière de sécuriser sa trésorerie et entamer sereinement ses projets d’investissement » a développé ainsi le directeur d'Olive Crowd lors de son intervention.

La FinTech se présente comme donc une alternative crédible et innovante afin d'accompagner les entreprises depuis l’idéation et l’amorçage jusqu’à la croissance. Avec un tissu économique composé à plus de 95% de TPE et un taux d’autofinancement de 150 % contre 97%, dans l’Hexagone, le secteur de la FinTech pourrait donc être l'un des leviers de croissance pour développer les entreprises locales. La théorie doit donc désormais devenir une pratique comme une autre, sur le territoire de Mayotte.
Abby Saïd Adinani























