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Des collégiens de Mayotte et de Cannes à l’assaut des sommets réunionnais
©Des quartiers au sommet

Du 17 au 30 octobre, vingt-quatre collégiens, dont 14 originaires de Mayotte graviront les plus hauts sommets de La Réunion. Matériel sur le dos et accompagnés de plusieurs encadrants, les jeunes adolescents parcourront la Grande Traversée de l'Île de La Réunion, soit 150 kilomètres en 13 jours d’itinérance. Une épreuve sportive et humaine exceptionnelle permise par l’association Des quartiers au sommet pour prouver aux jeunes que tout est possible.

« Quand on se dépasse, on est capable d’atteindre des sommets. » Ces mots sont ceux de la professeure Marine Bourguignon Trombini, à l’origine de l’association Des quartiers au sommet. À ses côtés, 24 jeunes scolarisés en établissement REP au collège Les Mûriers à Cannes La Bocca et au collège de Bandrélé à Mayotte graviront les montagnes réunionnaises à partir de demain et jusqu’au 30 octobre. 

Pendant 13 jours, ils remontreront les 150 kilomètres du GR R2, la Grande Traversée de l'île de La Réunion, et emprunteront des sentiers parmi les plus difficiles au monde. Ce samedi 17 octobre, l’équipe partira du Sud de l’île direction Saint-Denis, au Nord. Ils découvriront le Piton de la Fournaise et traverseront les cirques de Mafate et de Cilaos. Avec cette traversée intégrale de l’île, les élèves fouleront les sites naturels emblématiques de l’île Bourbon. Tout au long du parcours, l’équipe partagera la progression de la cordée à travers les montagnes sur les réseaux sociaux.

©Des quartiers au sommet

Derrière cette prouesse sportive pour des jeunes de 14 ans, le projet est avant tout social. L’objectif de Marine Bourguignon Trombini lorsqu’elle a créé son association était de prouver à des jeunes que malgré les difficultés sociales et économiques dans lesquelles ils vivent, ils sont capables de faire de grandes choses et de se surpasser. « Mon ambition était de permettre à des élèves originaires des quartiers populaires, socialement éloignés du milieu naturel et montagnard, de partir en immersion et de découvrir ces lieux », décrit-elle. « Je voulais leur montrer qu’avec de l’ambition, ils étaient capables de faire des grandes choses et notamment d’atteindre des sommets. »

« Certains n’ont jamais pris l’avion ou n’ont jamais quitté Mayotte »

Entre 2016 et 2020, Marine Bourguignon Trombini enseigne à Mayotte avant de déménager en Seine-Saint-Denis. Dans le collège de banlieue parisienne, elle lance un projet d’aventure pour permettre à ses élèves de découvrir la montagne. La professeure est finalement mutée à Cannes mais ne laisse pas tomber le projet et décide de lier les deux établissements à ce beau projet. Les élèves de Seine-Saint-Denis et de Cannes ont donc gravi, ensemble, des sommets en Corse. « Il y a eu un tel engouement que d’autres élèves de l’établissement voulaient participer aussi alors on a monté le projet chaque année. »

Pour cette cinquième édition, la professeure a décidé d’intégrer le collège de Mayotte où elle enseignait auparavant. « C’était très important pour moi de proposer un projet avec les élèves de Mayotte, c’est un territoire qui m’a profondément marqué, j’ai été impressionnée par sa jeunesse extrêmement résiliante », confie-t-elle.

Pour mener ce projet, la présidente de l’association fait appel à une amie enseignante à Mayotte, Marion Ravoux. Cette dernière a tout de suite accepté : « Ce projet est une opportunité unique pour mes élèves, ça leur permet de sortir de leur quotidien, de créer du lien avec d’autres élèves. » Cette professeure de français est témoin de la précarité dans laquelle vivent certains de ses élèves. « Vivre au quotidien à Mayotte ce n’est pas facile, ces 14 Mahorais vont créer de beaux souvenirs, découvrir qu’ils sont capables de faire de grandes choses. Certains n’ont jamais pris l’avion ou n’ont jamais quitté Mayotte. On a aussi des élèves en situation irrégulière alors on a mis en place un visa collectif. Cette aventure est une grande première pour tous. »

« Gravir un sommet quand on a 14 ans, ce n’est pas donné à tout le monde »

À quelques jours du départ, l’heure est aux préparatifs. Les élèves sont impatients mais anxieux. « Ils sont pressés », confie Marion Ravoux. « Ils ont des questions sur l’organisation, nous demandent comment faire leur sac. Par exemple, les téléphones sont interdits pour qu’ils vivent l’expérience à fond, et en montagne, ils n’en auront pas besoin ! »

L’équipe, composée des 24 collégiens, de quatre enseignants encadrants et de trois accompagnateurs en montagne comptera aussi deux cadreurs qui filmeront cette ascension unique. Deux longs-métrages seront réalisés par la suite sur cette belle expérience. L’équipe est la même depuis cinq ans (accompagnateurs et cadres), ce projet est une expérience de vie et une preuve de solidarité.

©Des quartiers au sommet

« En juin dernier, on a perdu un financement, ce qui a remis en cause le projet. Mais on s’est tous battus pour retrouver des fonds. Pour toute l’équipe c’était inconcevable d’abandonner pour des raisons financières », assure Marine Bourguignon Trombini. « C’est un projet qui met en valeur la notion de résilience. Comment faire face et avancer malgré les difficultés ? C’est une question qu’on se pose tous. Mais quand on est face à une situation complexe, il faut persévérer quoiqu’il arrive. C’est le message qu’on veut faire passer à nos élèves. »

Avant cette ascension réunionnaise, les 24 élèves ont été formés durant trois ans dans leur territoire respectif. Lorsque le projet a commencé, ils étaient en 5e, ils sont aujourd’hui en classe de 3e et ont acquis des compétences sportives qui leur permettent de parcourir des sentiers difficiles et de faire de l’itinérance pendant 13 jours. Préparation physique, apprentissage de la marche en montagne, gestion de l’effort, autonomie, vie en groupe, nuits en bivouac ou en refuge, la formation a été complète. « On s’est beaucoup préparés », assure la fondatrice de l’association Des quartiers aux sommets. « Mais ces jeunes vont se surpasser, gravir un sommet quand on a 14 ans, ce n’est pas donné à tout le monde. »

Prochaine étape : le Kilimandjaro

La traversée réunionnaise est la deuxième partie du grand projet. L’ultime étape n’est autre que l’ascension du Kilimandjaro, l'un des plus grands volcans du monde. Point culminant de l’Afrique à une altitude de 5 895 mètres, le Kilimandjaro est un massif volcanique situé en Tanzanie, dont le trek de randonnée est un des plus réputés au monde. Les élèves de Cannes et de Mayotte devraient le gravir en juillet 2027 si l’association parvient à récolter les fonds nécessaires à la poursuite du projet.

Pour l’heure, l’étape réunionnaise n’a pas recueilli tous les financements nécessaires, « on n’a pas couvert 100% de ce qui nous manquait », regrette Marine Bourguignon Trombini. « Pour le moment les adultes participant (accompagnateurs, cadreurs et l’agence de voyage avec laquelle on travaille) le font bénévolement. On continue de chercher le budget pour les rémunérer. »

©Des quartiers au sommet

L’association bénéficie d’une aide du département, de financements publics et d’une aide dans le cadre du dispositif « école ouverte », qui permet d’organiser des séjours sur les périodes de vacances scolaires. Ce projet est aussi possible grâce à des mécènes. « Des Fondations et des entreprises nous soutiennent aussi et c’est essentiel ». L’argent récolté jusqu’ici, 80 000 euros, a permis de financer l’hébergement, les billets d’avion, les repas, l’encadrement. « Les familles n’ont rien à débourser », tient à préciser la présidente de l’association. Tout le matériel de randonnée est fourni par la Fondation Décathlon (sacs, chaussures, tentes, sac de couchage).

L’association Des quartiers au sommet cherchent donc des financements pour l’étape du Kilimanjaro. Marine Bourguignon Trombini ne cache pas sa volonté d’aller jusqu’au bout de l’aventure, « les fonds, on les trouvera », dit-elle avec détermination. C’est ce qu’on leur souhaite, car un tel projet est unique.

Même si seulement 24 élèves participent à l’aventure, le retentissement de cette expérience sportive et humaine va bien au-delà : les documentaires sur les ascensions sont diffusés lors des festivals, dans des établissements scolaires ou lors de rencontres. Ces images, montrant la volonté et la détermination des élèves, sont visionnées par des milliers d’autres jeunes qui à leur tour auront envie de se surpasser. 

« Avec nos projets, les adolescents se rendent compte qu’on n’a pas besoin d’être un youtubeur ou un grand sportif pour faire ce genre d’ascension, il faut de la détermination et de l’entraînement. L’école peut les aider et les amener vers cette voie », insiste Marine Bourguignon Trombini. « Ces élèves qui grandissent dans les bidonvilles à Mayotte prouvent que lorsqu’on leur donne la possibilité, ils ont de l’ambition. Leur milieu social ne doit pas définir ce qui va les construire. »

https://fr.ulule.com/quartiers-au-sommet/