Le 29 avril 2026, la compagnie indienne IndiGo inaugurera une liaison directe entre Chennai et La Réunion, marquant une avancée majeure pour la connectivité du territoire. Un projet stratégique, salué au plus haut niveau de l'État lors de la rencontre, en février dernier, entre le Président de la République, Emmanuel Macron et le Premier ministre indien, Narendra Modi. Et l'enjeu est de taille. Il s’agit d’opérer un véritable changement d'échelle en accueillant un acteur majeur du transport aérien mondial. Quels impacts concrets pour l'accueil des passagers et les flux attendus ? Pour Outremers360, Willy Ethève, directeur du développement et relations clients à l'Aéroport La Réunion Roland Garros, nous donne quelques éléments de réponse.
Un changement d'échelle pour l'Aéroport La Réunion Roland Garros
C'est en des termes forts que Willy Ethève accueille l'arrivée d'IndiGo. « Ce projet dépasse largement l'ouverture d'une ligne aérienne », insiste-t-il. La compagnie indienne est en effet la septième au monde en volume de passagers et détient 60 % du trafic intérieur en Inde. Pour La Réunion, le défi est considérable.
Sur le plan stratégique, cette liaison inscrit l'île dans les flux de l'Indo-Pacifique, une région en très forte croissance sur les plans économique, démographique, touristique et culturel, un axe que le Président de la République Emmanuel Macron lui-même a rappelé lors de son déplacement en Inde en février dernier. « Nous changeons d'échelle », résume le directeur du développement, soulignant que le signal envoyé dépasse le seul cadre aéroportuaire et « confirme la capacité de La Réunion à attirer des acteurs majeurs du transport aérien mondial. » Une ambition qui ne doit rien au hasard. Les premiers contacts avec IndiGo remontent à plus de deux ans.

Jusqu'à 50 000 passagers attendus
Concrètement, IndiGo opérera trois rotations par semaine avec des Airbus A320, soit une capacité de plus de 450 sièges dans chaque sens. L'objectif affiché pour la première année d'exploitation est d'accueillir entre 30 000 et 50 000 passagers. Un objectif « ambitieux mais réaliste », selon Willy Ethève.
Les retombées attendues sont multiples. Sur le plan touristique, l'Inde représente un marché gigantesque, encore largement inexploré par La Réunion. Le choix de Chennai est à cet égard stratégique : hub économique de premier plan, la ville génère des flux importants de voyageurs d'affaires susceptibles de s'intéresser aux opportunités qu'offre l'île, mais aussi de touristes et de membres de la diaspora tamoule, communauté historiquement liée à La Réunion. « Des échanges commerciaux qui transitaient jusqu'ici par Paris ou Maurice pourront désormais s'effectuer en direct. » La question du fret est également évoquée, des volumes qui constitueraient un apport non négligeable. À plus long terme, c'est aussi la perspective d'investisseurs indiens, l'Inde étant la cinquième puissance économique mondiale, qui intéresse le territoire.

Un travail de préparation tous azimuts
Pour préparer l'accueil de ces nouveaux passagers, plusieurs chantiers ont été ouverts simultanément. La question des visas est centrale. Un dispositif d'exemption existe déjà pour l'Hexagone, via des agences de voyages agréées. « L'aéroport travaille avec les ministères de l'Intérieur et des Affaires étrangères, ainsi que la préfecture de région, pour adapter et fluidifier ce dispositif à La Réunion », reconnaît Willy Ethève. En parallèle, le Comité du tourisme de La Réunion prépare des plans de communication pour faire connaître la destination en Inde, et travaille à structurer une offre adaptée aux attentes culturelles spécifiques des touristes indiens.

Taxes aéroportuaires : un frein au désenclavement aérien
Derrière l'enthousiasme, Willy Ethève formule aussi un constat lucide sur la nécessité stratégique de cette diversification. Depuis la fin de la crise Covid, l'aéroport Roland-Garros a retrouvé et dépassé son niveau de trafic de 2019 dès 2023, avec une croissance de 4 % en 2025. Mais cette dynamique repose à 80 % sur le marché français hexagonal, promis à un ralentissement naturel. Le directeur rappelle les crises requin ou sanitaires qui ont fragilisé le tourisme réunionnais par le passé. Aller chercher de nouveaux flux est une nécessité autant qu'une opportunité. Willy Ethève glisse également un message à destination des pouvoirs publics : « En France, les niveaux de redevances et de taxation sont élevés et en constante augmentation, ce qui pèse directement sur notre compétitivité. Malgré ces contraintes, nous avons réussi à avancer avec une compagnie comme IndiGo, mais cela reste un véritable défi, en particulier pour les territoires ultramarins comme La Réunion, où l'équation est déjà complexe en raison de l'éloignement et des coûts d'exploitation. Il est essentiel que nous soyons accompagnés face à ces hausses de taxes. Sans un soutien adapté, il deviendra difficile d'attirer et de maintenir des liaisons internationales. C'est un enjeu majeur pour notre développement. »
Un plaidoyer pour un accompagnement spécifique des territoires ultramarins dans leur désenclavement aérien.
Plus d'infos : Aérien : IndiGo (re)lance les vols entre La Réunion et Chennai en Inde le 29 avril





















