Dans une tribune collective, à l'iniatitive du directeur général de LADOM et ancien député Saïd Ahamada et une quinzaine de cosignataires (parlementaires, élus locaux ultramarins et de l’Hexagone, représentants associatifs) appellent à faire de la mobilité géographique une cause nationale. Cette tribune interroge la place accordée à la mobilité dans les politiques publiques et invite à repenser les moyens consacrés à la continuité territoriale. Une tribune adressée exclusivement à Outremers360 que nous publions ci-dessous :
La mobilité, nouveau combat pour l’égalité républicaine
Faisons de la mobilité géographique une cause nationale !
En 1790, la République naissante poursuivait notamment un objectif de proximité : faire en sorte que le chef-lieu, où se concentraient les principales administrations, puisse être rejoint depuis les différents points du territoire en moins d’une journée de cheval. Cette exigence traduisait une intuition : au-delà d’une certaine distance, l’administration cesse d’être réellement accessible et introduit de fait une inégalité entre les citoyens.
Cette intuition demeure d’une étonnante actualité. Un droit doit être matériellement accessible pour être réel. À quoi sert une formation si l’on ne peut financer le trajet pour s’y rendre ? À quoi sert un médecin s’il faut plusieurs heures et plusieurs centaines d’euros pour le consulter ? À quoi sert un emploi ou un logement disponible s’il est inaccessible faute de transport ? Et si l’un des grands combats des prochaines années était simplement de permettre à chaque Français d’accéder réellement à ses droits, quel que soit l’endroit où il vit ?
La France est un archipel. Elle l’est géographiquement, avec ses territoires ultramarins dispersés à travers plusieurs océans. Mais elle l’est aussi socialement et territorialement. Entre les métropoles et les territoires ruraux, entre les centres urbains et les périphéries, entre l’Hexagone et les Outre-mer, les distances ne sont pas seulement mesurées en kilomètres. Elles se mesurent en temps, en coût et en possibilités.
C’est là que se joue une part essentielle de notre cohésion nationale.
Et cette réalité est particulièrement visible en Outre-mer.
En Outre-mer, se déplacer pour vivre et exercer ses droits
Lorsqu’une spécialité médicale n’est pas disponible sur son territoire, il faut prendre l’avion. Lorsqu’une formation n’existe pas localement, il faut partir. Lorsqu’un emploi correspondant à ses qualifications est introuvable, il faut parfois envisager de s’installer ailleurs. Pour de nombreux citoyens ultramarins, se déplacer n’est pas un confort. C’est une condition d’accès aux soins, aux études, à l’emploi et parfois à une vie familiale véritable.
Garantir juridiquement les mêmes droits à tous est inefficace si nous laissons perdurer des conditions matérielles d’accès radicalement différentes.
Mais ce serait cependant une erreur de considérer la mobilité comme étant un sujet exclusivement ultramarin. Les Outre-mer ne sont pas une exception, ils sont juste le miroir grossissant d’une problématique nationale.
Dans la Creuse, en Lozère, dans certaines zones périurbaines ou rurales, la distance aux services essentiels produit également des formes d’assignation territoriale.
Une entreprise qui ne parvient pas à recruter faute de transports ou de logements accessibles rencontre un problème de mobilité.
Un jeune contraint de refuser une formation parce qu’il ne peut pas financer son déplacement en est également victime.
Une personne âgée qui reporte ou abandonne un rendez-vous médical faute de solution de transport en est victime plus encore.
La mobilité est devenue un multiplicateur d’efficacité de l’action publique.
Investir dans la mobilité, ce n’est pas seulement améliorer les transports. C’est rendre plus efficaces les politiques de santé, d’emploi, d’éducation, de logement et d’aménagement du territoire.
La mobilité est à la fois une politique sociale, une politique économique, une politique d’aménagement du territoire et, dans la situation internationale que nous connaissons, une politique de souveraineté.
Elle doit devenir l’une des grandes priorités nationales.
Car la République ne peut pas seulement promettre l’égalité. Elle doit permettre à chacun de la vivre et permettre de sentir citoyen à part entière.
Et cela commence par une chose aussi simple qu’essentielle : pouvoir aller là où ses droits, ses études, son travail, ses soins et ses aspirations l’appellent.
Mesurer l’accès réel pour mieux agir
Nous devons désormais changer notre manière de mesurer les inégalités territoriales. Les politiques publiques comptabilisent encore principalement les infrastructures et l’offre disponible. Or la question décisive est celle de l’accès effectif : combien de temps, combien d’argent et combien de ruptures de transport faut-il réellement pour rejoindre un médecin, un emploi, une formation ou un service public ?
Il nous faut donc aller plus loin et mesurer non seulement ce qui existe, mais ce que les citoyens peuvent réellement atteindre. Cette approche permettrait de mieux révéler les situations de privation de mobilité, parfois invisibles derrière des indicateurs qui donnent la fausse impression qu’un service est disponible alors qu’il reste, en pratique, hors de portée.
Nous devons désormais nous donner les moyens de mesurer précisément ces écarts, de les rendre visibles et d’en faire un véritable critère de décision publique. Car on ne peut corriger efficacement une inégalité que si l’on est capable de la mesurer.
C’est à cette condition que la mobilité pourra devenir non plus seulement une politique de transport, mais un véritable instrument de l’égalité républicaine.
Saïd Ahamada
Directeur général de LADOM, ancien député
Cosignataires : Faridy Athoumane, délégué de Mayotte à Paris Christian Baptiste, député de Guadeloupe Elie Califer, député de Guadeloupe Catherine Conconne, sénatrice de Martinique Maël Disa, président du CA de LADOM et entrepreneur Xavier Iacovelli, sénateur des Hauts de Seine Thani Mohamed Soilihi, sénateur et ancien ministre Saïd Omar Oili, sénateur de Mayotte Ali Omar, vice-président du département-région de Mayotte Issoufi Maandhui, maire de Pamandzi Max Mathiasin, député de Guadeloupe Maymounati Moussa Ahamadi, conseillère départementale du département-région de Mayotte, membre du CESE Freddy Novou, maire de Dzaoudzi-Labattoir Freddie Patter, président de l’association nationale des élus d’Outre-mer de l’Hexagone Jiovanny William, député de Martinique Association Sciences Ô - Outre-Mer Serge Hoarau, Maire de Petite-Ile de La Réunion Olivier Serva, député de Guadeloupe |

