Cinq chercheuses issues de Guyane, de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française font partie des 35 lauréates du Prix Jeunes Talents L'Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science 2026, remis le 7 octobre à Paris. Des sols amazoniens aux récifs polynésiens, leurs travaux couvrent des enjeux environnementaux et sanitaires au cœur des territoires ultramarins.
Le Prix L'Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science France célèbre cette année sa 20e édition. Créé en partenariat avec l'Académie des sciences et la Commission nationale française pour l'UNESCO, il récompense chaque année des doctorantes et post-doctorantes à un moment charnière de leur carrière. «Le début d'une carrière scientifique est un moment de grande vulnérabilité, et c'est souvent là que se joue la possibilité même de poursuivre», déclare l'astrophysicienne Françoise Combes, présidente de l'Académie des sciences et du jury 2026. «En distinguant l'excellence de ces trente-cinq lauréates et en leur donnant des moyens concrets de mener leurs travaux, ce prix leur dit qu'elles ont toute leur place dans la communauté scientifique.»
Pour cette édition, 35 lauréates ont été sélectionnées parmi près de 820 candidates dont cinq ancrées dans les Outre-mer.
Trois lauréates en Guyane
Irene Calderón Sanou s'est spécialisée dans la biodiversité des sols tropicaux. Originaire du Costa Rica, elle a suivi un parcours qui l'a menée de Grenoble à l'Allemagne avant de s'installer en Guyane, où elle développe aujourd'hui son propre projet de recherche pour comprendre comment la biodiversité souterraine, des microbes aux animaux, façonne les écosystèmes tropicaux.
Maëva Leroy a emprunté un chemin moins classique : architecte de formation, elle a exercé à Paris avant qu'un voyage en Amazonie ne réoriente sa trajectoire vers les éco-matériaux. Sa thèse en Guyane a porté sur les propriétés structurelles des bois locaux de petit diamètre, utilisés sans sciage, sous leur forme ronde, pour la construction durable. Elle a depuis fondé son entreprise et bâti un prototype expérimental.
Malika Gottstein, élevée à Berlin, a découvert la forêt amazonienne lors d'un volontariat au Pérou après le bac qui a réorienté toute sa carrière. Elle mène aujourd'hui un post-doctorat partagé entre Paris et la Guyane, centré sur les liens entre animaux et arbres, essentiels au renouvellement naturel des forêts tropicales et menacés par les activités humaines.

Une chercheuse calédonienne primée
Adriana Luga est revenue sur son île natale après un master de neurosciences et de biotechnologies à Montpellier pour y préparer sa thèse à l'Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie. Elle étudie la leptospirose, maladie infectieuse qui a emporté son grand-père avant sa naissance et dont la bactérie responsable survit dans les sols. Au-delà de ses travaux, elle porte une attention particulière à la place des femmes dans la recherche et à la visibilité des doutes qui traversent les doctorantes.

Une lauréate en Polynésie française
Ingénieure agronome reconvertie en biologiste marine et plongeuse professionnelle, Tatiana Boube a vécu un tournant en 2019 à Rangiroa, où elle a découvert la présence saisonnière, longtemps inexpliquée, du grand requin-marteau, une espèce en danger critique d'extinction. D'abord bénévole comme coordinatrice scientifique pour une association, elle a construit son projet de thèse, qu'elle mène depuis 2023 à l'Université de la Polynésie Française pour comprendre les déplacements et habitats de cette espèce.
Les lauréates rejoignent une communauté mondiale de plus de 5 000 femmes scientifiques issues de plus de 140 pays, et bénéficient d'une dotation ainsi que d'un programme de formation au leadership.

