À 39 ans, Livia Montero-Villa, conseillère d'administration à la direction des missions de l’administration territoriale et de l'encadrement supérieur au ministère de l’Intérieur a déjà construit un parcours marqué par la curiosité, l’ouverture et l’engagement. De la Martinique à la Suède, en passant par Montpellier, Bastia et Paris, elle a multiplié les expériences, toujours guidée par le goût de l’échange et la volonté de se réinventer. « Je ne me suis jamais dit : je n’y arriverai pas. Au contraire, je me lance », confie-t-elle. Une philosophie de vie qui l’a conduite à gagner la confiance de ses supérieurs comme de ses pairs, et à mettre son énergie au service des autres, notamment au travers de son investissement au sein de l’association Influence Outre-mer, qui accompagne les ultramarins dans leurs projets et favorise leur mise en réseau. Dans cette interview accordée à Outremers 360, Livia revient sur son parcours au sein de la fonction publique, ses engagements, son rôle au sein de l’association et partage ses conseils pour oser et se réinventer.
L'envie de découvrir et de s'investir
Ce qui distingue Livia, c’est la manière dont elle fait le lien entre son propre parcours et son engagement associatif. Ayant elle-même traversé les défis du départ de sa Martinique natale, des études à Montpellier et en Suède « ce qui m’a vraiment permis de m’ouvrir, de découvrir une nouvelle culture, une approche pédagogique différente et un nouveau modèle, qui selon moi a beaucoup de vertu », elle sait ce que signifie oser, s’adapter et se réinventer.
Diplômée de l’Institut régional d’administration de Bastia, elle débute à la préfecture de police de Paris. Par la suite, elle occupe plusieurs postes, notamment en administration centrale du ministère de l’Intérieur, dans des fonctions supports telles que les ressources humaines, les affaires financières et juridiques. Aujourd’hui, Livia Montero-Villa est en poste à la Direction des missions de l’administration territoriale et de l'encadrement supérieur du ministère de l’Intérieur. « Mon parcours est un cheminement guidé par l’envie et les opportunités, qui m’a permis de m’investir dans plusieurs projets d’innovation et de réorganisation », souligne-t-elle.
Les obstacles, Livia n’en a pas vraiment rencontrés ou peut-être a-t-elle su les surmonter sans se retourner et en faire un atout : « J’ai toujours bénéficié d’une émulation collective qui m’a tirée vers le haut. Du coup, je n’ai pas perçu d’obstacles majeurs qui mériteraient d’être soulignés. En revanche, mes origines m’ont toujours donné cette force de rebondir, quelle que soit la difficulté. Cette capacité d’adaptation, je l’ai éprouvée très tôt, en quittant mon île à 18 ans. Je suis partie à Montpellier, puis en Suède, et à Bastia… sans peur de quitter mes attaches pour prendre des risques. »
Influence Outre-mer, l'engagement et l'expérience au service des ultramarins
Forte de ses réussites personnelles, Livia Montero-Villa met depuis 2018 son expérience au service de l’association Influence Outre-mer. Aux côtés d’Oudi Serva, premier président de l’association, avec qui elle a fondé l'association tout d'abord comme vice-présidente et responsable du pôle professionnel. L’association accompagne les ultramarins dans leurs projets à travers du mentorat, les aidant ainsi à préparer recrutements, réorientations professionnelles, concours en vue d'accéder à des postes à responsabilité. « Je dirais que c’est avant tout une aventure humaine. Notre objectif est de dépasser le cadre purement associatif ou culturel pour concentrer notre engagement sur le soutien et l’accompagnement », souligne-t-elle.
Elle rappelle que « beaucoup d’ultramarins occupent encore des fonctions d’exécution. Notre objectif est de les aider à évoluer, de leur offrir des ateliers pour leur permettre de s’inspirer de modèles de référence et de mettre en valeur la faible représentation des cadres ultramarins dans la haute fonction publique. Si l’on peut montrer des figures dans différents ministères qui ont réussi, cela peut les encourager à aller plus loin, à faire preuve d’audace et à se dire : “Moi aussi, je peux y arriver. Moi aussi, je veux faire partie d’un réseau de décideurs et apporter ma pierre à l’édifice.” Ma volonté a toujours été de susciter des vocations, pour que chacun puisse se dire : j’ai une passion, un intérêt pour tel ou tel secteur, et je peux m’y investir. »

Au-delà des rencontres et des accompagnements individuels, l’association organise également des ateliers thématiques : « Deux ateliers m’ont particulièrement marqué ces dernières années : l’un dédié aux femmes ultramarines d’influence, l’autre aux métiers d’avenir et de pointe en outre-mer. Lors de l’atelier femmes d’influence, nous avons reçu plusieurs participantes, toutes marquées par des parcours d’engagement et une volonté de s’investir dans leur secteur. Cela m’a beaucoup inspirée et donné envie de poursuivre dans cette dynamique. Pour l’atelier métiers d’avenir, nous avons mis en valeur le parcours de Sarah Gaspard, professeur de chimie engagée dans la recherche sur les sargasses et la pollution des sols, Marlène Jougon, présidente de la French Tech Martinique, ainsi que le jeune agriculteur Boris Damase spécialisé dans l’agriculture biologique en Guadeloupe. »
Influence Outre-mer compte aujourd’hui une soixantaine d’adhérents et a déjà accompagné près d’une centaine de bénéficiaires grâce à des actions de coaching et de mentorat. Ouverte à tous les secteurs professionnels, elle mise autant sur l’accompagnement individuel que sur la mise en réseau. Influence Outre-mer accompagne également ceux qui souhaitent retourner dans leur territoire d’origine : « Revenir en Martinique ou en Guadeloupe après des années passées en Hexagone n’est pas toujours évident. Nous les aidons à préparer ce projet, à trouver un poste, à mûrir leur réflexion ».
Apprendre à se faire confiance
Depuis son départ de la Martinique, l’audace guide le parcours de Livia Montero-Villa : « Il faut apprendre à se faire confiance et aller vers ce qui nous est parfois étranger, ne pas rester enfermé dans un registre trop limité. La richesse d’un parcours, c’est de toujours chercher à se réinventer. »
C’est dans cette perspective qu’elle souligne l’importance « d’identifier les besoins des territoires d’Outre-mer, qui sont nombreux et variés », en particulier dans le domaine de la Transition écologique, un sujet qui la passionne. « Je suis particulièrement intéressée par cette thématique, notamment face à la vulnérabilité des territoires d’Outre-mer, en première ligne du changement climatique. »
Pour elle, cette démarche d’engagement est indispensable, que ce soit dans la sphère politique, associative ou citoyenne : « Il ne suffit pas de pointer les problèmes, il faut chercher des solutions et proposer des actions pour faire avancer nos territoires. C’est cette optique, personnelle et professionnelle, qui m’a toujours guidée. »
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