Ils avaient été exhibés dans un « zoo humain » à Paris : la ministre de la Culture Catherine Pégard a annoncé lundi que le gouvernement soutiendrait une proposition de loi sénatoriale visant à permettre le rapatriement en Guyane des dépouilles d'Amérindiens kali'nas, conservées dans un musée depuis la fin du XIXe siècle.
« Cette proposition de loi sera examinée au Sénat avant la fin de la session ordinaire » fin juin, et « le gouvernement enclenchera la procédure accélérée » sur ce texte, porté par la sénatrice centriste Catherine Morin-Desailly, a déclaré la ministre à la tribune de l'Assemblée nationale.
« Après 133 ans d'attente, c'est un signal que nous accueillons positivement », s'est félicité le député de Guyane Jean-Victor Castor, qui a rappelé comment des femmes, hommes et enfants kali'nas avaient été « arrachés à leur terre, emmenés en France et exhibés dans des zoos humains ».
Leurs corps avaient ensuite été « enterrés » puis « déterrés pour alimenter les collections anthropologiques, notamment celles du Musée de l'Homme », a-t-il relaté. « Ce ne sont pas des archives, ce sont nos ancêtres. Et depuis plus d'un siècle, leurs descendants demandent une chose simple, les ramener chez eux ».
« C'est une nouvelle historique, un grand pas pour la dignité humaine », a réagi auprès de l'AFP Corinne Toka Devilliers, présidente de l'association Moliko Alet+Po qui milite pour cette restitution. « J'ai beaucoup pleuré (...). C'est une fierté pour notre peuple que cette proposition de loi soit portée par le gouvernement », a-t-elle ajouté.
Une fois restituées, les dépouilles rejoindront un mémorial inauguré en août 2024 à Iracoubo, dans le centre de la Guyane, selon Corinne Toka Devilliers. « Cette restitution est très importante car notre histoire ne doit pas rester cachée », a déclaré à l'AFP Cécile Kouyouri, cheffe coutumière du village de Bellevue-Yanu à Iracoubo, où se trouve le mémorial : « Nos ancêtres ont autant souffert que les esclaves et il a fallu faire tout un travail pour que cette histoire traumatique soit reconnue ».
Jean-Victor Castor et la ministre s'exprimaient lors de l'examen d'un projet de loi visant à faciliter les restitutions à leurs pays d'origine d'œuvres d'art pillées durant la colonisation. Un texte qui ne traite pas d' « un sujet essentiel, la question des restes humains conservés dans les collections publiques, qui font l'objet de demandes de retour en outre-mer », a expliqué Catherine Pégard.
« Nous avons entendu les requêtes très légitimes de beaucoup de nos concitoyens et de leurs représentants, notamment guyanais, et nous voulons y répondre au plus vite, je m'y engage », a-t-elle poursuivi. Si une loi-cadre a été votée en 2023 pour permettre la restitution de restes humains en dérogeant au principe d'inaliénabilité des collections publiques, cette procédure est réservée aux demandes provenant d'États étrangers, et ne s'applique donc pas aux Outre-mer.
La proposition de loi visant spécifiquement les restes humains kali'nas, cosignée par les sénateurs Max Brisson (Les Républicains) et Pierre Ouzoulias (communiste), prévoit que les dépouilles « cessent de faire partie » des collections du musée, et soient remises sous un an à la Guyane « à des fins funéraires ».
Jean-Victor Castor a averti qu'il resterait attentif à la « traduction concrète » du texte. Il a rendu hommage au combat mené par Corinne Toka Devilliers, la descendante d'une Amérindienne exhibée, que l'AFP avait rencontrée en 2024. Cela fait plus de 130 ans « qu'ils sont dans un carton », s'indignait-elle alors.
Outre des Amérindiens, des Kanak (Mélanésiens) de Nouvelle-Calédonie ont également été exhibés dans ces zoo humains, en nombre important dans les Empires coloniaux du XIXè siècle. Au-delà de ces zoos, d'autres restes humains ont été conservés dans l'Hexagone et en Europe, pour des raisons diverses, parfois ethnologiques et anthropologiques, ou comme trophées de guerres coloniales.
La Nouvelle-Calédonie a obtenu en 2014 le retour des têtes du grand chef Ataï et celle de son sorcier, conservées dans l’Hexagone depuis 1878, quand le leader kanak avait été tué dans le cadre de la répression de la révolte de 1878. Ce retour historique avait été facilité par le fait que les crânes se trouvaient dans une collection privée, celle de la Société d’anthropologie de Paris. Mais d’autres restes conservés dans des fonds publics pourraient intéresser l'archipe.
En 2015, une dizaine de crânes polynésiens avaient fait le voyage depuis l’Europe vers leur terre d’origine. Mais c’était une institution suédoise qui était à la manœuvre, pour restituer des ossements récoltés en 1884 par un archéologue scandinave.
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Avec AFP





















