« J'ai toujours voulu être au service du développement de mon île » : Élisabeth Péguillan, directrice générale du Village by CA Réunion, accélère les talents de demain

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« J'ai toujours voulu être au service du développement de mon île » : Élisabeth Péguillan, directrice générale du Village by CA Réunion, accélère les talents de demain

À la tête du Village by CA Réunion depuis 2016, Élisabeth Péguillan incarne une conviction chevillée au corps : les startups réunionnaises ont tout ce qu'il faut pour façonner l'île de demain, et faire rayonner La Réunion bien au-delà de l'océan Indien. Pour Outremers360, elle nous parle des projets portés par le Village by CA Réunion et d'une actualité particulièrement chargée pour l'accélérateur réunionnais. On la suit.

Une trajectoire au service du territoire

Née à La Réunion, formée en Hexagone, Élisabeth Péguillan a toujours eu un cap en tête : acquérir les compétences nécessaires pour les remettre au service de son territoire. Après plusieurs années de carrière dans des secteurs aussi variés que le maritime et le portuaire, la communication, le transport ou encore l'assurance, elle rejoint la Technopole de La Réunion, en 2009, où elle accompagne des porteurs de projets en phase d'incubation et travaille au développement de l'innovation sur le territoire. Une expérience fondatrice, qui la conduit assez naturellement,  fin 2016 vers le Village by CA Réunion.

Un accélérateur sur mesure, ancré dans les réalités réunionnaises

Le Village by CA Réunion n'est pas un incubateur classique. Il se positionne résolument comme accélérateur : il accompagne des entreprises déjà en phase de développement, cherchant à passer un cap. « La méthode repose sur un diagnostic à 360 degrés réalisé à l'entrée de chaque startup : dimensions économique, marché, produit, innovation, juridique, humaine. À partir de là, nous leur construisons un parcours entièrement sur mesure. »

L'accompagnement dure en moyenne trois ans, parfois plus. « On a quelques cas d'alumni que nous continuons d’accompagner pour des  besoins précis », explique Élisabeth Péguillan. Certaines startups, une fois leur envol assuré, reviennent au Village, mais cette fois comme mentors pour les plus jeunes. Un dispositif auquel la  directrice générale est profondément attachée : « Je crois beaucoup à la transmission. »

18 partenaires, un écosystème engagé

La sélection des startups n'est pas l'affaire du seul Village. Un comité réunit 18 partenaires, grandes entreprises nationales et locales emblématiques comme les groupes Ravate, Leclerc, Vinci, Oceinde, entre autres, représentant des secteurs d'activité variés. Leur implication dans l’accélérateur garantit un ancrage réel dans les besoins du tissu économique réunionnais.

Des projets qui répondent aux enjeux du territoire

Ce qui marque Élisabeth Péguillan dans les entreprises qu'elle accompagne, ce sont les projets qui s'attaquent aux grandes questions structurelles de l'île : autonomie énergétique, souveraineté alimentaire, économie circulaire, mobilité douce. « On a encore beaucoup de dépendance vis-à-vis de l'extérieur, et tout ce qui permet de la réduire répond à des enjeux prioritaires pour le territoire », explique-t-elle.

Mais La Réunion, c'est aussi une île laboratoire, un terrain d'expérimentation dont le potentiel est encore sous-estimé. « Un territoire isolé, contraint, qui permet de tester des modèles », explique-t-elle. La Réunion a des cartes à jouer à l'échelle nationale et internationale.

Elisabeth Péguillan reçoit le ministre Manuel Valls au Village by CA

IA, cybersécurité et nouveaux outils : une actualité chargée

L'agenda du Village by CA Réunion pour 2026 est chargé. Plusieurs startups accompagnées se préparent à participer au salon VivaTech 2026, vitrine internationale qui leur offrira une exposition inédite. D'autres seront présentes sur un salon dédié à la cybersécurité.

Parmi les projets récemment intégrés : des solutions d'intelligence artificielle, un projet innovant autour de l'alimentation animale à base d'insectes, et des initiatives dans le domaine de la mobilité douce.

En avril prochain, le Village lancera une offre inédite sur le territoire, conçue pour contribuer à la montée en compétences des startups réunionnaises et plus largement des entrepreneurs de la région. « Une offre qui correspond à un besoin réel, qui n'existe pas encore ici », annonce Élisabeth Péguillan, sans en dévoiler davantage.

Le 31 mars, une autre initiative prend forme : un REX (retour d'expérience) ouvert très largement au public, où des startups accompagnées partageront de manière transparente leurs parcours : « Ce REX, on l'a ouvert non seulement aux startups du Village, mais aussi à l'externe. L'idée, c'est de partager des retours d'expérience de manière extrêmement transparente, le recrutement, la levée de fonds, les réussites comme les échecs. On veut aider les entrepreneurs à avoir une vision claire et réaliste de ce que représente vraiment le parcours d'une startup : pas un fleuve tranquille, mais un chemin sur lequel il est possible de construire une belle entreprise  du territoire, et au-delà du territoire. »

Mohamed El Mazzouji, fondateur d'Educ-up, symbole du possible

Pour illustrer ce qui est possible depuis La Réunion, Élisabeth Péguillan cite volontiers Mohamed El Mazzouji, fondateur d'Educ-up  l'une des réussites les plus emblématiques du Village. Arrivé au démarrage, si ce n'est une idée très précise de son projet, il a été accompagné de bout en bout, levé plusieurs fois des fonds, et a même été reçu à l'Élysée. Aujourd'hui, son entreprise compte plus de 1000 salariés : « Son exemple donne confiance et démontre que c'est possible. »

Une ambition collective

Ce qui anime la directrice générale du Village, au fond, c'est une vision : celle d'une Réunion attractive, connectée, inclusive, ambitieuse. Une île qui ne se contente pas d'être un terrain d'application de solutions conçues ailleurs, mais qui produit ses propres innovations, forme ses propres talents, et les fait rayonner. « Les territoires ultramarins sont méconnus, y compris dans leur potentiel. On a vraiment beaucoup de ressources. Et on n'en parle pas encore assez. »

Pour cela, les startups ne sont pas seulement des outils économiques. Ce sont, selon Elisabeth Péguillan, des moteurs de développement humain, de créativité, de connexion intergénérationnelle. « Ce n'est pas juste une tendance. C'est très puissant pour un territoire. »