ÉCOUTEZ OUTREMERS 360 RADIO

Outremers 360°
Toute l'actualité des Outre-mer à 360°
Interview : Le bassiste martiniquais Michel Alibo, figure incontournable du groove caribéen, promet un « voyage » de 50 ans de musique et de rencontres avec des invités- surprises lors de son concert à Paris
© Maïmouna Torvic

Après un premier concert remarqué et remarquable à Tropiques Atrium en Martinique, le bassiste martiniquais, Michel Alibo, figure incontournable du groove caribéen, pionnier du jazz fusion, considéré comme l’un des meilleurs bassistes de sa génération, sera en concert à Paris, au New-Morning, le 7 octobre prochain pour notamment présenter son dernier album « Intemporel ». A cette occasion, il a bien voulu nous se confier un peu sur sa carrière, son travail, son expérience, ses projets, ses envies, ses motivations…Entretien.

Bassiste autodidacte, vous êtes considéré comme un pionnier du jazz fusion et une figure incontournable du groove caribéen et des musiques afro-diasporiques. On dit que vous respirez la musique. D’où provient cette énergie inépuisable qui vous anime après tant d’années ?

Je pense que la passion est la seule réponse plausible. La musique m’a ouvert des portes et des univers incroyables, et j’ai toujours cette curiosité et envie de nouvelles découvertes qui m’animent…

Après 50 ans de musique, de scène et de rencontres, après avoir joué avec les plus grands, évolué dans différents univers musicaux, qu’est-ce qui vous fait encore avancer ? Qu’est-ce qui vous motive encore ?

Assurément l’envie de dépassement de soi. On veut toujours apprendre et encore apprendre. La musique n’est pas figée, elle évolue sans cesse, et nous les musiciens avec.

50 ans au top niveau, quel est le secret de votre longévité ? Est-ce dû à cette façon de vous remettre perpétuellement en question, à vouloir sortir de votre zone de confort et à casser les codes ?

Il y a la réponse dans la question, car je ne suis jamais resté sur mes acquis, ou considéré que j’en savais assez pour fonctionner et faire carrière. Déjà, j’ai toujours pensé que je devais « être moi », montrer et affirmer ma personnalité et non être juste « aux normes » de ce que le système t’impose. J’aime surprendre et être surpris d’ailleurs.

© Maïmouna Torvic

Présentées à tort comme des instruments d’accompagnement, la basse et la contrebasse jouent un rôle fondamental dans la composition musicale à la fois dans la fondation rythmique, le soutien harmonique et le groove. Vous êtes de ceux qui ont permis de redéfinir cet instrument et contribué à lui redonner ses lettres de noblesse dans l’univers de la musique caribéenne et du jazz créole, que ressentez-vous ? Une certaine fierté ? Le sentiment du devoir accompli ? Ou vous vous dîtes que c’est le fruit de votre travail… 

Bien sûr, je suis heureux et fier d’avoir trouvé mon style et mon jeu assez tôt pour qu’il soit reconnaissable, et du coup d’avoir une « signature ». En effet, on classe vite les instruments et leur rôle… à nous les instrumentistes de porter notre drapeau en quelque sorte et c’est un travail de longue haleine, vous savez. Durer, n’est pas simple dans cet univers, mais quand on arrive avec certains amis artistes à créer une histoire, une aventure qui dure, alors oui ! le devoir est accompli, c’est la récompense et le fruit d’un travail.

Vous êtes parmi les fondateurs d’expériences musicales dans le jazz et la musique caribéenne au sein de groupes comme Sixun, Sakiyo, Sakésho. Y-a-t-il d’autres expériences, d’autres projets que vous auriez aimé mener ou entreprendre ?

Tout à fait! avec la jeune garde et tous ces jeunes talents que je rencontre et qui sont l’avenir de notre(la) musique jazz créole, il se passe toujours quelque chose qu’on a envie de tenter, d’expérimenter sans savoir où cela va nous mener, et parfois donne naissance à de nouveaux projets. Et d’ailleurs la contrebasse que je pratique depuis peu, m’a permis une nouvelle aventure, notamment avec le batteur Arnaud Dolmen et le saxophoniste Jowee Omicil, ce qui a donné naissance à « Poets of Forest », une musique plus acoustique et très organique qui met bien en avant notre identité caribéenne, à travers le jazz.

Votre dernier album « Intemporel » est un voyage de 50 ans de musique et de rencontres que vous allez bientôt présenter à Paris, au New-Morning, après Tropiques Atrium en Martinique, quel est le projet vous comptez proposer au public parisien ? Qu’en attendez –vous d’ailleurs de ce public ?

Ce projet « intemporel », est juste né d’un constat… je ne m’étais jamais présenté « en solo » sur scène. J’ai pu réunir une équipe de rêve, des jeunes talents avec qui je m’entend parfaitement, et l’occasion pour de proposer un « voyage » musical, qui a été très apprécié en Martinique à l’Atrium, et j’ai été ravi et comblé par le chaleureux accueil du public. Inaugurer mon 1er concert au pays était évident. Ce sera la même équipe et sensiblement ce même voyage musical avec d’autres invités surprises, un répertoire adapté, et je vous assure, une envie « explosive » de partage et d’échange avec ce public de mélomanes parisiens.

Votre collaboration avec le jeune artiste martiniquais « The Joyful Key » participe à cette volonté et ce besoin de transmission et de partage que vous souhaitez faire valoir ?

Alors, ce n’est pas encore une collaboration, mais plutôt une belle rencontre. Dans notre métier, on croise des artistes avec qui le courant passe immédiatement et c’est ce qui est beau et surprenant, car tu sais qu’il va se passer quelque chose d’intéressant ! Mes expériences musicales et projets ont souvent été le fruit de rencontres improvisées, de jam-sessions, et je ressens ce besoin de partage avec les jeunes, de transmettre et d’échanger avec ceux qui vivent pleinement leur époque, et de traverser le temps et les générations grâce à mon instrument.

Peut-on dire qu’en plus d’être « intemporel », vous êtes impérissable, musicalement s’entend ?

Ah ah ! Ça, c’est une autre histoire, on verra au New-Morning. Oui, je suis en mission de tenter tout cela et de devenir peut-être « impérissable ». 

 

Michel Alibo

7 octobre 2026 – 20H

New-Morning

7, rue des Petites –Ecuries

75011 Paris

Renseignements : www.newmorning.com