À l’occasion de la 1ère édition de Choose Outre-mer qui s’est tenue le 1er octobre dernier à Paris en présence de la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, le groupe énergétique Idex a annoncé son intention d’investir près de 500 millions d’euros au cours des trois prochaines années en Guyane, en Martinique et à Saint-Martin. Déjà implanté de longue date dans l’arc Antilles-Guyane, Idex veut accélérer la production locale d’une énergie moins carbonée tout en répondant aux besoins spécifiques des territoires. Antoine Pellion, directeur général adjoint d’Idex, revient sur cette stratégie et sur les enjeux énergétiques dans les territoires antillais.
Quelle place occupent aujourd’hui les Outre-mer dans la stratégie d’Idex ?
Les Outre-mer ont une place très importante pour Idex. Nous comptons plus de 400 salariés en Guyane, en Guadeloupe, en Martinique et à Saint-Martin. Pour un groupe comme le nôtre, cela représente une part importante de nos effectifs et témoigne de l’importance que nous accordons à ces territoires.
Lire aussi : Choose Outre-mer : Antoine Pellion, Directeur général IDEX sur le plateau d'Outremers 360
Nous y consacrons également beaucoup de moyens financiers. Nous venons d’annoncer près de 500 millions d’euros d’investissements en Guyane, en Martinique et à Saint-Martin sur les trois prochaines années. C’est considérable : 500 millions d’euros, c’est à peu près ce qu’Idex investit globalement chaque année.
Concrètement, quels projets sont soutenus par ces investissements ?
En Guyane, nous produisons déjà de l’électricité à partir de biomasse et nous venons de remporter le marché pour construire la première unité de valorisation énergétique du territoire, à Macouria, pour la Communauté d’agglomération du Centre Littoral.
Ce projet représente à lui seul près de 250 millions d’euros. Il va répondre à deux problématiques majeures : celle des déchets, aujourd’hui essentiellement mis en décharge, et celle de la production d’électricité. L’usine produira de l’électricité à partir de l’énergie issue des déchets et pourrait couvrir quasiment 10 % des besoins de la Guyane. C’est autant de fioul qui n’aura pas besoin d’être importé. Le chantier, qui doit durer deux à trois ans, générera également de l’emploi local.

En Martinique, nous exploitons notamment l’incinérateur de Fort-de-France et nous sommes également présents dans la gestion énergétique des bâtiments. À Saint-Martin, où nous assurons déjà la gestion des déchets, nous travaillons sur un projet de valorisation énergétique permettant à la fois de traiter les déchets et de produire davantage d’électricité localement.
L’insularité et la dépendance aux énergies importées imposent-elles d’inventer un modèle énergétique spécifique aux Outre-mer ?
Historiquement, une grande partie de l’électricité de ces territoires était produite à partir de centrales au fioul. Lorsque nous installons une unité de valorisation énergétique, nous remplaçons une partie de ce fioul par une ressource déjà présente localement : les déchets.
La différence avec l’Hexagone, c’est aussi l’usage que l’on fait de cette énergie. Dans l’Hexagone, la chaleur produite par un incinérateur peut alimenter un réseau de chaleur. Cela a beaucoup moins de sens dans les territoires ultramarins. On va donc davantage transformer cette énergie en électricité.
Il y a aussi le photovoltaïque, que nous développons sur des surfaces déjà artificialisées, comme les toitures ou les ombrières de parking. Et puis il y a évidemment toute la question du rafraîchissement des bâtiments. Sur ce sujet, les Outre-mer ont développé depuis longtemps des savoir-faire qui sont aujourd’hui utiles à l’ensemble du territoire national.
Faut-il encore beaucoup innover pour accélérer cette transition ?
Il existe déjà beaucoup de solutions qui fonctionnent. Nous ne sommes pas nécessairement dans une logique d’innovation technologique massive. L’enjeu est plutôt de les déployer.

C’est aussi ce qui permet d’avoir des technologies matures, des coûts maîtrisés et des modèles économiques qui fonctionnent. Il faut maintenant accélérer leur mise en œuvre. Le principal sujet est souvent celui de l’exécution et de la vitesse d’exécution.
Jusqu’où Idex peut aller pour contribuer à l’autonomie énergétique des territoires ?
Il faut distinguer trois grands sujets : la production d’électricité, les carburants liés notamment aux transports, et l’énergie consommée dans les bâtiments et les entreprises. Idex intervient principalement sur le premier et le troisième. Nous produisons de l’électricité décarbonée à partir de ressources locales, grâce au solaire, à la valorisation énergétique des déchets ou encore à la biomasse en Guyane. Nous contribuons ainsi, avec d’autres acteurs, à renforcer l’autonomie électrique des territoires.
Nous intervenons aussi sur les bâtiments et les entreprises, notamment pour améliorer leur efficacité énergétique, leur climatisation ou leur production de froid, et réduire leur consommation d’énergies fossiles. L’une de nos vitrines dans ce domaine, c’est par exemple le Centre spatial guyanais, où nous assurons la climatisation du PC Jupiter.
Quelle place accordez-vous à l’ancrage local ?
C’est essentiel pour nous. Idex est une entreprise à mission, avec l’ambition de développer des énergies locales décarbonées, mais aussi de construire des partenariats de long terme avec nos clients.
Lorsque nous réalisons une usine de traitement des déchets, par exemple, nous nous engageons pour vingt, vingt-cinq ou trente ans. Pour nos clients, cela suppose d’être un partenaire fiable et solidement ancré dans le territoire. Nos actions contribuent à développer l’emploi local, la formation. Nous participons à l’attractivité du territoire. C’est important aussi pour nos salariés. Ils savent pourquoi ils se lèvent chaque matin.

