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INTERVIEW. Alain Di Crescenzo, Président de CCI France : « Les Outre-mer ne sont pas des territoires de contraintes, ce sont des économies à fort potentiel »
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Le président de CCI France Alain Di Crescenzo est revenu de Saint-Pierre-et-Miquelon, où il a accompagné le Président de la République Emmanuel Macron lors de sa visite officielle de l'archipel. Dans cette interview, le président de CCI France, Alain Di Crescenzo revient sur les enjeux économiques de l’archipel, le partenariat avec le Canada et les propositions du réseau pour faire des Outre-mer des territoires d’investissement et de développement.

 

Vous revenez de Saint-Pierre-et-Miquelon où vous étiiez convié à la délegation du voyage officiel du président de la République Emmanuel Macron. Que retenez-vous de ce déplacement ?

 D’abord, une vraie fierté d’avoir accompagné le Président de la République au nom des CCI. C'est une reconnaissance de l'engagement de notre réseau auprès des territoires ultramarins, et j'y suis très sensible.

Ce que je retiens surtout, c'est que Saint-Pierre-et-Miquelon est un point d'ancrage stratégique pour la France en Amérique du Nord. Sur place, on le mesure très concrètement : l'archipel est au cœur des échanges économiques et maritimes de toute la région.

Et en même temps, on est frappé par l'écart entre ce potentiel et le quotidien des entreprises. Le coût des matières premières et de l'énergie, la dépendance aux importations, des infrastructures qui doivent être renforcées… C'est précisément sur ces sujets que le Président de la République a voulu apporter des réponses, et c'est là que nous devons agir si nous voulons que le tissu économique local puisse se développer.

Enfin, la présence du Premier ministre canadien a donné une dimension toute particulière à ce déplacement. Elle nous rappelle une évidence : cette proximité avec le Canada doit devenir un véritable atout, pour l'archipel comme pour nos entreprises.


Un accord a été annoncé entre CCI France et le Canada. Que prévoit-il concrètement et comment s’inscrit-il dans les ambitions de la CCI ? 

La présence du Premier ministre canadien aux côtés du Président de la République a justement donné tout son poids à cet accord d'entente stratégique.

Concrètement, il s'agit d'un partenariat sur trois ans entre CCI France et la Chambre de commerce du Canada. L'objectif est très opérationnel : faciliter l'accès de nos entreprises aux marchés, multiplier les mises en relation, les rencontres B2B et les missions économiques, et encourager les investissements et les partenariats entre acteurs français et canadiens.

Nous voulons développer des coopérations dans des secteurs d'avenir, comme l'innovation, l'intelligence artificielle, les technologies ou la transition énergétique, et mieux accompagner les PME et les ETI qui veulent se projeter à l'international.

Saint-Pierre-et-Miquelon a évidemment une place particulière dans ce partenariat, du fait de son positionnement. Notre ambition aux côtés de la Présidente de la Chambre d'Agriculture, de Commerce, d'Industrie, de Métiers et de l'Artisanat (CACIMA) de Saint Pierre et Miquelon, Delphine Dagort, est d’ouvrir de nouvelles perspectives entre les entreprises de l’archipel et leurs voisins canadiens dans le tourisme, les activités maritimes et la valorisation des productions locales.

C’est exactement la vocation de CCI France et de son réseau :  faire le lien entre les grandes orientations politiques et les réalités économiques du terrain, créer des passerelles entre les écosystèmes et faire de notre réseau un accélérateur du développement international des entreprises.


Le port de Saint-Pierre-et-Miquelon a également été au cœur des discussions lors de votre déplacement. Quelles sont, selon vous, les priorités pour son avenir ?

Le port, c’est le poumon économique et logistique de l’archipel. Il est essentiel aux approvisionnements (dont l’énergie), à la pêche, au tourisme, mais aussi à la présence maritime et à la souveraineté française dans cette partie de l’Amérique du Nord.

La première priorité, c’est de sécuriser et de moderniser l’infrastructure existante. Les annonces faites par le Président de la République vont dans ce sens et traduisent une volonté claire d'accompagner le développement économique de l'archipel en investissant dans ses équipements stratégiques.

Mais il faut aussi, comme il nous y a invités, se projeter : qu'est-ce que ce port peut apporter demain à l'économie locale ? Le Président de la République a rappelé toute la dimension stratégique de Saint-Pierre-et-Miquelon, de l'économie maritime aux nouveaux enjeux que sont les câbles sous-marins, la recherche, le spatial ou encore la stratégie polaire.

C’est tout l’intérêt de l’étude lancée par la CACIMA pour identifier ces marchés et la manière de mieux les capter.

Et sur ce sujet, le réseau des CCI a une vraie légitimité : nous gérons aujourd'hui 93 ports en France, avec une expertise reconnue en matière d'exploitation, d'investissement et de développement portuaire. Nous sommes prêts à mettre cette expérience au service de Saint-Pierre-et-Miquelon, aux côtés de la CACIMA et des acteurs publics.

Vous préparez également un rendu des Assises des Outre-mer, un document utile à la veille des élections présidentielles.  Quels besoins et quelles attentes des économies ultramarines souhaitez-vous faire remonter à travers ce document ?

Notre message est simple : il faut changer de regard sur les économies ultramarines.

On les aborde encore trop souvent à travers leurs contraintes, alors qu'elles disposent d'atouts considérables. Elles donnent à la France une présence unique dans les grands océans, un accès à des espaces économiques stratégiques et sont de véritables territoires d’innovation, notamment face aux enjeux climatiques.

Notre méthode est celle du terrain. Nous avons travaillé avec les onze territoires, parce qu’il n’existe évidemment pas une seule réalité ultramarine. Les besoins diffèrent, bien sûr, mais plusieurs priorités communes se dégagent : produire et transformer davantage localement, mieux valoriser les ressources, investir dans les infrastructures essentielles et faciliter l’accès au financement, aux compétences et aux marchés.

Au fond, ce que nous voulons, c'est créer les conditions pour que ces économies puissent produire, investir et créer davantage de valeur sur leur territoire et dans leur bassin régional.

Ce Livre Blanc économique des Outre-mer est la vision que nous porterons dans le débat public à l'approche de 2027 : cesser de voir les Outre-mer uniquement à travers leurs contraintes, et les considérer enfin comme des économies à fort potentiel, avec des entreprises et des filières dans lesquelles il faut investir. Je vous donne donc rendez-vous très prochainement pour vous présenter l’ensemble de nos propositions.