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En voyage officiel dans la Caraïbe,  Charles III va parler au Commonwealth avec "franchise" du passé esclavagiste du Royaume-Uni
© The Royal Family

Charles III abordera avec "franchise" les "aspects honteux" de l'histoire du Royaume-Uni quand il s'adressera la semaine prochaine aux dirigeants du Commonwealth, a indiqué samedi le palais de Buckingham, au moment où le rôle du pays dans la traite transatlantique des esclaves fait l'objet d'un regain d'attention.

Depuis des années, la famille royale et le gouvernement britannique sont appelés par des pays victimes de la traite des esclaves, dont le Royaume-Uni a profité pendant des siècles, à présenter des excuses et ouvrir la voie à des réparations financières.

Ce sujet sensible a resurgi alors que le roi Charles III effectue une visite de neuf jours dans les Caraïbes.

Il doit s'adresser mardi aux chefs de gouvernement des pays du Commonwealth (CHOGM), à Antigua-et-Barbuda. Le Premier ministre britannique Andy Burnham sera également présent à ce sommet.

Le dirigeant travailliste a déclaré samedi être ouvert à ce que le Royaume-Uni présente des excuses officielles sur le sujet ultra-sensible de l'esclavage, mais a exclu toute idée de réparations financières.

Le palais avait déjà indiqué que Charles III ne chercherait pas "à éviter de se confronter aux aspects les plus honteux du passé" au cours de sa tournée dans les Caraïbes.

Dans son discours mardi, on peut s'attendre à ce qu'il évoque ces questions "avec une franchise sans concession, une profonde tristesse et dans le respect des discussions plus larges qui se tiendront entre les gouvernements concernés", a dit un porte-parole de Buckingham.

Le roi, arrivé vendredi soir à Antigua-et-Barbuda, s'exprimera en sa qualité de chef du Commonwealth, qui rassemble 56 États membres, principalement d'anciennes colonies britanniques. Il ne serait ainsi "pas approprié qu'il aborde des questions de politique liées à la position du gouvernement britannique", a précisé le porte-parole.

 "Ouvert à ces demandes" 

Dans une tribune publiée samedi dans le Guardian, Andy Burnham a appelé à "regarder le passé en face". "Je tiens à exprimer ma tristesse et mes regrets pour la douleur et les souffrances endurées par tant de millions de personnes, et à reconnaître à quel point cela continue de façonner notre monde aujourd'hui", a-t-il écrit.

La traite transatlantique des esclaves a constitué "une violation brutale et barbare" des droits de ces personnes, a ajouté le travailliste, arrivé au pouvoir en juillet. "Nous proposons d'engager un dialogue structuré avec les personnes touchées par la traite transatlantique des esclaves".

"Être à l'écoute des appels en faveur d'excuses officielles au nom de l'État britannique constituera un élément important de ce processus, et je suis ouvert à ces demandes", a-t-il poursuivi.

Andy Burnham a cependant fermé la porte à des compensations financières : "Je ne pense pas que les Britanniques d'aujourd'hui puissent être tenus pour responsables de torts historiques, aussi odieux soient-ils, qui se sont produits à une autre époque, en vertu de lois différentes, et auxquels ils n'ont pas pris part personnellement".

Il a par contre évoqué une initiative pour restructurer la dette pour les pays les plus pauvres du Commonwealth, avec des remboursements sur une plus longue période et avec de meilleurs taux.

"Souffrances" 

Aux Bahamas, mardi, au premier jour de sa visite, le roi a reconnu "les grandes souffrances du passé". Il avait déjà décrit l'esclavage comme les "jours les plus sombres" de l'histoire britannique.

Mais ce n'est pas suffisant, pour beaucoup, dans les Caraïbes.

"Il devrait y avoir des excuses", a dit à l'AFP Daliesha Murray, une réceptionniste aux Bahamas. Des petits groupes de manifestants brandissaient des pancartes portant l'inscription : "Payez ce que vous nous devez".

Avant de rencontrer le roi, le président du Guyana, Irfaan Ali, a déclaré à ITV News que la reconnaissance des torts historiques n'était qu'une "première étape". "À présent, présenter des excuses est l'étape suivante", a-t-il ajouté.

Entre le XVIe siècle et la fin du XIXe siècle, quelque 15 millions d'hommes, de femmes et d'enfants d'Afrique ont été victimes de la traite transatlantique, selon l'ONU.

Le Royaume-Uni se targue d'avoir joué un rôle de premier plan dans l'abolition de l'esclavage. En 1833, le Parlement britannique a adopté une loi visant à abolir l'esclavage dans la majeure partie de l'Empire britannique.

Avec AFP