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En Guadeloupe, la police de nuit face à une « violence débridée »

Par ~3 min lecture
En Guadeloupe, la police de nuit face à une « violence débridée »
La ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a suivi une opération policière, dans la nuit de jeudi à vendredi, en Guadeloupe ©DB

Jeudi à 23h10 locales, une quinzaine de policiers partent en patrouille dans le quartier de Zamia à Pointe-à-Pitre, au nord-est du chef-lieu guadeloupéen Basse-Terre. Arrivés de deux directions différentes, deux groupes se rejoignent dans une ruelle sombre pour contrôler armes et stupéfiants.

Passé le rond-point Blanchard, au sud de la ville, le commissaire général Philippe Miziniak, directeur territorial de la police nationale (DTPN), coordonne par radio les deux équipes en marche : « On arrive dans une minute sur le secteur sur lequel on va intervenir, une des ruelles Zamia, reçu ? ». Quatre voitures entrent par le bas quand l'autre groupe descend des hauteurs en « tenaille ».

À peine contrôlé dans cette rue sans éclairage public, un Dominiquais sans-papiers s'enfuit dans une ruelle sombre. Poursuivi par quatre policiers, il est vite rattrapé. Près de l'université, des maisons inoccupées forment des squats délabrés, faute de réhabilitation urbaine.

Chaque semaine, la Brigade anticriminalité (BAC) et la Brigade spécialisée de terrain (BST) fouillent ces caches d'herbe et d'armes. Dans le noir, le maître-chien Loïc guide sa chienne Rayana, qui a saisi ici 16 kilos de stupéfiants : « Ce qui est caché, invisible pour l'œil humain, nous on va le trouver ».

Cette « technologie animale » offre un levier juridique décisif, souligne le préfet de la Guadeloupe, Thierry Devimeux : la justice refusant « l'ouverture de force sur le seul odorat d'un policier, le marquage du chien devant une porte autorise à entrer », précise-t-il.

« Violence débridée »

Avec 37 homicides par arme à feu, soit près d'un par semaine, la Guadeloupe figure avec la Guyane en tête des territoires français touchés. Deux jours plus tôt, dans cette rue, un adolescent de 15 ans a été abattu par un mineur de 17 ans pour un scooter électrique.

« C'est une violence débridée », alerte Thierry Devimeux, évoquant « une jeunesse sans repères réglant ses différends par les armes pour des motifs futiles, comme une chaîne en or ». Selon lui, l'île glisse vers un modèle nord-américain marqué par l'émergence de gangs.

« Ils ne donnent plus de valeur à la vie », abonde Frédéric, major à la BAC, décrivant un usage « décomplexé » des armes chez des mineurs influencés par la Jamaïque, Sainte-Lucie et des clips tournés à balles réelles. Durant le carnaval, « les fouilles réquisitionnées ont permis de saisir plus de 34 armes », raconte-t-il.

Ce fléau tient aussi à la géographie de l'archipel, où des bateaux venus de la Dominique accostent de nuit avec armes, drogues et sans-papiers. En déplacement de trois jours sur l'île pour parler de narcotrafic et de sécurité notamment, la ministre Naïma Moutchou suit l'opération : « Ici la sécurité, c'est un sujet prioritaire. »

Venue « marquer une reconnaissance profonde » aux policiers qui « interviennent tous les jours dans des conditions difficiles », elle cible « le sujet du narcotrafic compte tenu du fait qu'on est dans une zone où des stupéfiants et notamment de la cocaïne transitent, parce qu'on est dans une zone de rebond vers l'Europe ». Avec « des armes au milieu de tous ces trafics », « ça donne un cocktail relativement explosif », analyse-t-elle.

« Poisson pilote »

La pression a culminé mi-octobre durant une semaine de violences nocturnes, dont une première nuit « terrible » marquée par pillages et tirs sur les policiers par « mimétisme » avec la Martinique, relate Philippe Miziniak. Leurs congés non prévisionnés étant supprimés, les agents ont été renforcés un mois par 28 policiers de Guyane et Saint-Martin.

Dans le centre-ville délabré, près de la place de la Victoire, le convoi croise des prostituées sud-américaines ou dominicaines. Si le proxénétisme hôtelier est ciblé, François-Xavier Richard-Rendolet, directeur de cabinet du préfet, assume en voiture de prioriser les violences armées : « on ne peut pas être sur tous les fronts ».

Plus loin, Cour-Montbruno, en lisière du centre historique et à deux pas du tribunal, d'autres squats « servent de repli après les vols à l'arraché », et « une épicerie vend crack, cocaïne et herbe à la volée » entre deux boulevards rapides, explique une fonctionnaire de police. Dans sa rue, un résident âgé nous explique « déplorer le bruit nocturne » des squatteurs.

Un autre habitant, Nicolas, 30 ans, constate toutefois un recul des tirs dans ce secteur où « des personnes venaient armées » : « Il y a du trafic, ça c'est sûr », mais « ils sont en train de tomber, il y a moins de violence », observe cet ex-détenu de la prison de Baie-Mahault située immédiatement à l'ouest de Pointe-à-Pitre. Sorti le 24 décembre après deux ans et quatre mois de détention pour un motif qu'il n'a pas souhaité préciser, il tient désormais un petit restaurant et lave des voitures.

Avec AFP