Économie en Outre-mer : Une année 2025 « plutôt positive » malgré « des vulnérabilités qui persistent », constate l’IEDOM-IEOM

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Économie en Outre-mer : Une année 2025 « plutôt positive » malgré « des vulnérabilités qui persistent », constate l’IEDOM-IEOM

En 2025, les Outre-mer enregistrent une amélioration progressive de l’environnement économique ont constaté les Instituts d’émission d’Outre-mer (IEDOM-IEOM) lors de leur point de conjoncture annuel, ce mardi à Paris. Toutefois, l’emploi en bénéficie peu et des « vulnérabilités persistent » alors que l’année 2026, marquée par la guerre en Iran, risque de ternir l’embellie de 2025.

Après les « chocs » climatiques, sociaux et économiques de 2024, les économies ultramarines se sont mieux portées en 2025. « L’indicateur du climat des affaires, reflet du moral des chefs d’entreprise, augmente partout et se situe au-dessus de sa moyenne de long-terme en fin d’année » constate l’IEDOM-IEOM, désormais dirigé par Alexandre Gautier.

Que ce soit dans le bassin Atlantique (Guadeloupe, Martinique, Guyane), l’océan Indien (Mayotte et La Réunion) et la Polynésie, cet indicateur est au-dessus de la moyenne de long terme. « Le financement bancaire confirme également cette orientation, bénéficiant d’un environnement de taux plus favorable », ajoutent les Instituts.

En Polynésie, « indéniablement portée par le tourisme », l’évolution du chiffre d’affaires des entreprises est « spectaculaire » note Alexandre Gautier, qui effectuait hier son premier point de conjoncture devant la presse après avoir succédé à Ivan Odonnat début mars. Le chiffre d’affaires y a augmenté pour 64% d’entre elles, soit deux entreprises sur trois.

On constate aussi un rebond à Mayotte grâce notamment aux investissements post-Chido et aux 4 milliards d’euros d’aides de l’État. Ce « gros effort » se traduit par « un recul très significatif des craintes de défaillance » dans l’île, où 70% des entreprises ont vu leur chiffre d’affaires augmenter en 2025.

Malgré l’embellie de 2025, l'emploi privé reste « fragile, voire en léger repli » dans la plupart des Outre-mer, et la consommation des ménages « assez peu dynamique », constate encore la banque centrale des territoires ultramarins.

De même, l'année passée est « marquée par un record du nombre de défaillances d'entreprises », avec 2 832 redressements et liquidations judiciaires, a précisé Stéphane Foucault, le directeur de l'Iedom-Ieom, évoquant un « effet de rattrapage » post-Covid mais aussi des tensions structurelles.

Il souligne aussi l'effet délétère des retards dans les délais de paiement aux entreprises, notamment de la part du secteur public local, qui sont « quasiment deux plus élevés dans les Outre-mer » que la moyenne nationale. Le secteur public hospitalier présente pour sa part des délais de paiement moyen de 121 jours, loin de l'objectif national de 50 jours.

« La Nouvelle-Calédonie fait exception à ce constat général : plus d’un an après les émeutes de mai 2024, la situation calédonienne reste encore dégradée et les signaux de reprise peinent à se manifester », précise-t-on.

Ici l’indicateur du climat des affaires reste bien en dessous de la moyenne de long terme, tandis que le chiffre d’affaires a baissé pour 60% des entreprises de l’archipel, dont 50% d’entre elles qui ont un chiffre d’affaires qui a diminué de plus de 10%. « L’économie reste suspendue à la clarification de l’horizon institutionnel, un facteur déterminant pour le retour de la confiance et des décisions d’investissement ».

L'inflation, bien qu'inférieure à 2% dans l'ensemble des Outre-mer, a « laissé des traces » dans le budget des ménages les plus modestes après la période de hausse consécutive au Covid, à l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Par conséquent, « le recours à la procédure de surendettement a fortement progressé en 2025 dans les territoires ultramarins, même s’il reste globalement moins fréquent qu’en France hexagonale ».

Et 2026 s'ouvre avec « une grande zone d'incertitudes », précise Alexandre Gautier. Interrogées en décembre dernier par les instituts, les entreprises se projetaient alors sur une hausse de leurs investissements.

Mais la guerre au Moyen-Orient et la hausse des prix des carburants qui en résulte pourrait générer « de nouvelles pressions inflationnistes », dans des territoires dont l'approvisionnement énergétique reste « principalement lié aux énergies fossiles », souligne-t-il. Hormis la Polynésie qui a mobilisé son fonds qui permet au gouvernement local de bloquer les prix du carburant, ces derniers ont augmenté dans toutes les géographies.

Face à cette nouvelle zone de turbulences économiques, l’IEDOM et l’IEOM appellent à la mise en œuvre de « recommandations déjà formulées » : « que ce soit en matière de renforcement de la concurrence, de réduction des délais de paiement, mais aussi de concentrer les efforts d’investissement vers les priorités stratégiques identifiées (infrastructures, connectivité, souveraineté alimentaire, transition énergétique) ».

Sur la transition énergétique, « c’est possible » insiste Alexandre Gautier, en citant « l’exemple remarquable » de La Réunion, qui a couvert 93% de sa consommation électrique grâce aux énergies renouvelables (biomasse, solaire thermique, photovoltaïque, …).