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En Guadeloupe pour la 30e Conférence des présidents des régions ultrapériphériques (RUP), le ministre délégué chargé de l'Europe, Benjamin Haddad,interrogé par Outremers 360 ce jeudi 5 novembre 2026, défend le bilan de la France à Bruxelles en faveur de ses régions ultrapériphériques : maintien du POSEI, prolongation de l'octroi de mer, exemptions à la taxe carbone aux frontières. Alors que la Commission européenne a récemment adopté une nouvelle stratégie pour les RUP, le ministre délégué promet un « réflexe outre-mer » dans chaque nouvelle législation européenne.

C'est sa première visite en Guadeloupe. Benjamin Haddad est le premier ministre chargé de l'Europe à se rendre dans une région ultrapériphérique depuis 2014. « C'est très important de venir défendre nos Outre-mer auprès des institutions européennes », explique-t-il, aux côtés de ses homologues espagnol et portugais, des présidents de région et du vice-président exécutif de la Commission européenne, Raffaele Fitto. Pour le ministre, les Outre-mer sont « un atout économique, un atout stratégique, un atout en termes de biodiversité », mais leur spécificité doit être défendue, « notamment dans l'application des textes européens ».

Le POSEI, « une victoire obtenue par la France »

Tout part de l'article 349 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. Selon le ministre, il reconnaît que les RUP sont « une force stratégique », mais que les textes européens doivent s'y appliquer « de façon spécifique, simplifiée, avec parfois des dérogations et des exemptions », en raison de l'isolement géographique et de conditions socio-économiques différentes de celles de l'Hexagone.

Pour peser, Benjamin Haddad dit avoir créé une coalition avec l'Espagne et le Portugal, les deux autres États membres qui comptent des RUP. Premier terrain de bataille : le cadre financier pluriannuel, le budget de l'Union sur sept ans, qui finance notamment la politique agricole commune et la cohésion. Dans la première proposition de la Commission, le Posei, le programme agricole propre aux Outre-mer, avait disparu. « On a dit que c'était inacceptable. Nous nous sommes battus. Aujourd'hui, il est à nouveau dans le texte », se félicite le ministre, qui y voit « une victoire obtenue par la France », menée selon lui avec l'implication personnelle du président de la République et du Premier ministre auprès de la présidente de la Commission.

Le paquet de simplification pour les RUP élargit aussi la liste des produits soutenus au titre de la filière fruits et légumes : igname, taro, curcuma ou gingembre. Ces filières sont désormais « reconnues », « protégées » et « soutenues », insiste-t-il.

© Outremers 360

Octroi de mer, pêche, ciment : les dossiers concrets

Sur l'octroi de mer, dont la disparition inquiétait le monde économique, le ministre se veut rassurant : « Nous l'avons prolongé, en effet, au moins jusqu'en 2030. » L'objectif, dit-il, est de « continuer à protéger les productions locales ». Le paquet de simplification prévoit aussi le renouvellement des flottes de pêche, notamment à Mayotte, tandis que les fonds de cohésion doivent soutenir les entreprises, les PME et la construction de logements.

Face à la vie chère, Benjamin Haddad place la réduction des dépendances « au cœur de tout ce qu'on porte aujourd'hui au niveau de l'Union européenne ». Il cite le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF), la taxe carbone sur les importations, qui vise à éviter une concurrence déloyale de pays aux objectifs climatiques moins exigeants. Mais les RUP ne sont pas dans le même environnement géographique que le marché intérieur européen. « Il faut obtenir des exemptions. Et donc nous avons obtenu des exemptions », affirme-t-il, citant le ciment pour La Réunion et Mayotte, où la reconstruction après le cyclone Chido reste un enjeu majeur. Un combat mené, souligne-t-il, avec des eurodéputés français « de tous bords », dans un « travail transpartisan ».

Ces mesures s'ajoutent, selon lui, au travail mené contre la vie chère avec la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, également présente en Guadeloupe, avec qui il dit travailler « main dans la main ».

Le « réflexe outre-mer », une « vraie révolution »

Au-delà de ces mesures, le ministre insiste sur un changement de méthode, qu'il qualifie de « vraie révolution » : le « réflexe outre-mer ». « C'est tout simplement de dire que maintenant, sur chaque nouvelle législation, on ira d'abord voir comment elle s'applique aux Outre-mer », explique-t-il. « Aujourd'hui, on fait l'inverse. On a des textes, et après, on demande des exemptions. Eh bien, il faut renverser cette logique. »

Concrètement, chaque projet de législation européenne devra faire l'objet d'une étude d'impact sur les Outre-mer avant son adoption. Pour Benjamin Haddad, ce n'est que l'application de l'article 349, un article « qui n'a jamais été pleinement utilisé, si on se dit la vérité ».

Pour le ministre, les RUP sont d'abord une chance pour une Europe qui veut affirmer « sa souveraineté, son autonomie stratégique » face aux États-Unis, à la Chine et à la menace russe. « Aujourd'hui, grâce aux Outre-mer, l'Europe est présente sur tous les continents », souligne-t-il. Elles la placent « à l'avant-poste sur le plan stratégique, sur le plan économique, sur le plan aussi de la biodiversité ». Et de conclure : « C'est la France que l'on défend quand on défend nos Outre-mer, mais c'est aussi la puissance de l'Union européenne. »

Le ministre reconnaît que les attentes sont fortes, chez les élus, les milieux économiques, les agriculteurs et une jeunesse aux « très fortes attentes ». « C'est parfaitement légitime », admet-il. « J'arrive dans ce contexte avec beaucoup d'humilité, avec un sens du devoir, avec la nécessité d'obtenir des résultats concrets. » À la veille de la session partenariale de la conférence, il promet un travail collectif avec le gouvernement, Naïma Moutchou et les élus présents, « chacun avec nos sensibilités, mais avec un même sens des responsabilités ».