Au Congrès HLM de Bordeaux, les Outre-mer ont occupé une place importante dans les échanges du Mouvement HLM. De la séquence de la FNAR aux interventions sur le stand Outre-mer et aux Rencontres des Outre-mer, les centaines d’acteurs ultramarins ont porté un message commun : répondre à l’urgence du logement, donner les moyens de réhabiliter le parc existant et construire les conditions d’un développement durable des territoires à l’horizon 2032.
Les Outre-mer au cœur du Congrès Hlm
À Bordeaux, les Outre-mer ont bénéficié, comme chaque année, d’une programmation particulièrement dense au sein du Congrès Hlm 2026. Financement du logement social, renouvellement urbain, production, réhabilitation, accession sociale, transition écologique, cohésion territoriale : autant de sujets qui ont permis de mettre en lumière la diversité des situations ultramarines et les enjeux auxquels sont confrontés les organismes de logement social.
Étaient présents l’ensemble des bailleurs sociaux des DROM-COM, les partenaires comme la BDT, l’Etat -notamment avec la présence de la Préfet et Directrice générale des Outre-mer, Anne-Gaëlle Baudouin, ou encore Rachel Chan See Su, Conseillère logement du cabinet de la Ministre des Outre-mer.
Cette programmation s’est ouverte avec la séquence Outre-mer de la FNAR, organisée autour de deux enjeux complémentaires : le renouvellement urbain dans les territoires du Pacifique et le financement du logement social dans les DROM. L’objectif : partir des réalités de terrain et identifier les conditions nécessaires pour permettre aux acteurs de répondre durablement aux besoins de logement.
Elle s’est poursuivie sur le stand Outre-mer, avec des présentations de projets permettant de donner une traduction concrète aux enjeux du renouvellement urbain, avant de trouver son prolongement lors des Rencontres des Outre-mer, consacrées aux priorités pour 2032.
Financer le logement, transformer les territoires
La séquence organisée par la FNAR a d’abord permis de mettre en débat les conditions du renouvellement urbain dans le Pacifique.
En Nouvelle-Calédonie comme en Polynésie française, les échanges ont montré que la transformation des quartiers ne peut être réduite à une intervention sur le bâti. Elle suppose de travailler simultanément sur le logement, l’aménagement, les équipements, les infrastructures et le cadre de vie, tout en tenant compte des caractéristiques économiques, géographiques et sociales propres à chaque territoire.
Réhabilitation du parc, financement, ingénierie, gouvernance, résilience et adaptation aux réalités locales ont ainsi constitué les principaux thèmes de cette séquence.
En Nouvelle-Calédonie, les échanges ont notamment porté sur les conditions permettant aux bailleurs de s’engager pleinement dans le renouvellement urbain et la transformation des quartiers, dans un contexte marqué par la dégradation du parc et les évolutions démographiques.
En Polynésie française, la réflexion s’est inscrite dans une démarche de rénovation urbaine associant logement, aménagement, équipements et amélioration du cadre de vie.
Une même question traverse ces territoires : comment inscrire les transformations dans le temps long et donner aux acteurs les moyens de les conduire ?
La LBU au cœur des échanges
La deuxième partie de la séquence FNAR a élargi la réflexion aux DROM avec une question centrale : « Financer le logement social dans les DROM : quels moyens pour répondre aux besoins de demain ? »
Guadeloupe, Martinique, Guyane, Mayotte et La Réunion ont présenté des situations différentes, mais confrontées à des contraintes fortes.
En Guadeloupe, le foncier, les infrastructures, l’eau et l’assainissement pèsent directement sur le coût des opérations. En Martinique, le vieillissement du parc, les évolutions démographiques et la hausse des coûts de construction interrogent la capacité à maintenir production et réhabilitation. En Guyane, la croissance démographique impose de changer d’échelle et de financer conjointement logements, foncier, aménagement et infrastructures. À Mayotte, la reconstruction après le cyclone Chido doit être articulée avec la résorption de l’habitat précaire. À La Réunion, la question des moyens financiers nécessaires au développement du logement social reste centrale.
Derrière cette diversité, un besoin commun s’affirme : disposer de financements adaptés et suffisamment prévisibles pour programmer et sécuriser les opérations.
La LBU constitue à ce titre un levier majeur. Mais les acteurs soulignent également la nécessité de mobiliser d’autres outils : crédit d’impôt, financements européens, prêts adaptés, ingénierie et dispositifs permettant de tenir compte des surcoûts et contraintes propres aux territoires.
Des besoins qui imposent de changer d’échelle
Les données présentées lors des différentes séquences rappellent l’ampleur des besoins.
Dans les DROM, 64 % de la population est éligible au logement social, contre 55 % dans l’Hexagone. Parmi les demandeurs, 85 % disposent de ressources inférieures aux plafonds LLTS.
En 2025, 3 794 logements sociaux ont été livrés dans les DROM, soit une progression d’environ 8 % par rapport à 2024. 4 824 logements ont été financés, tandis que 1 200 logements ont été réhabilités, contre 594 en 2024.
Ces résultats témoignent de l’engagement des organismes, mais restent inférieurs aux besoins identifiés. Le secteur doit simultanément accélérer la production, rattraper le retard en matière de réhabilitation et adapter le parc existant.
Les freins sont nombreux : disponibilité du foncier, infrastructures, normes et procédures, approvisionnement en matériaux, appels d’offres infructueux, ingénierie locale et capacités financières des collectivités.
Sur le stand Outre-mer, des projets pour donner à voir les transformations
Après la séquence FNAR, le stand Outre-mer a permis de prolonger les échanges à partir de projets concrets de renouvellement urbain.
À travers plusieurs micro-séquences, les porteurs de projets ont présenté les opérations engagées, les besoins auxquels elles répondent et les particularités de leurs territoires.
Cette approche a permis de rappeler que le renouvellement urbain est avant tout un projet de transformation des territoires.
Il concerne naturellement le logement, mais également les espaces publics, les équipements, les infrastructures, les mobilités, les services et le cadre de vie.
Dans les territoires ultramarins, cette approche intégrée prend une importance particulière. Les contraintes géographiques, les risques climatiques, la disponibilité du foncier ou encore les capacités d’ingénierie peuvent modifier profondément les conditions de réalisation des opérations.
Transformer un quartier suppose donc de pouvoir agir sur plusieurs leviers simultanément et dans la durée.
Les Rencontres des Outre-mer : « Habiter en Outre-mer : les priorités pour 2032 »
Point fort de cette programmation, les Rencontres des Outre-mer, organisées sur le Parvis d’Actualité Habitat, ont réuni des représentants des bailleurs sociaux et de l’ensemble de l’écosystème ultramarin autour du thème « Habiter en Outre-mer : les priorités pour 2032 ».
Deux tables rondes ont permis de croiser les regards des territoires.
La première, « Logement social et cohésion territoriale : des leviers d’équité et de développement pour les Outre-mer », était consacrée aux conditions nécessaires pour répondre aux besoins de logement à l’horizon 2032.
Les échanges ont notamment porté sur la visibilité des financements et la programmation pluriannuelle de la LBU, la production et la réhabilitation, le foncier et l’aménagement, l’adaptation au changement climatique, les filières locales et la maîtrise des coûts.
Les interventions de La Réunion, de la Guyane, de Mayotte et de la Guadeloupe ont illustré la diversité des situations et la nécessité de construire des réponses adaptées à chaque territoire.
Le logement social, bien plus qu’une question de production
La deuxième table ronde, consacrée au rôle du logement social comme acteur de cohésion et de développement, a élargi la réflexion.
Le logement social ne se limite pas à produire des logements. Les bailleurs interviennent également sur l’aménagement des territoires, le renouvellement urbain, la cohésion sociale, les parcours résidentiels, la transition écologique et le développement économique local.
La Polynésie française a apporté un éclairage sur les enjeux liés à l’insularité et à la dispersion des archipels. La Nouvelle-Calédonie a permis d’aborder la contribution du logement social à la reconstruction économique, sociale et urbaine du territoire. La Martinique a mis en avant le rôle des bailleurs dans l’aménagement, le renouvellement urbain, la cohésion sociale et le développement économique local.
Cette approche traduit une évolution importante : le logement social est un outil de politique territoriale à part entière.
Des partenariats pour passer de l’ambition à l’action
Les Rencontres des Outre-mer ont également été l’occasion de concrétiser plusieurs engagements.
L’ARMOS Martinique rejoint la FNAR
Un temps fort a été consacré à la signature de la charte d’adhésion de l’ARMOS Martinique à la FNAR, en présence de Jean-Luc Vidon, Président de la FNAR, de Prescilla Rascar-Moutoussamy, Présidente de l’ARMOS Martinique, et d’Emmanuelle Cosse, Présidente de l’USH.
Cette adhésion marque une nouvelle étape dans la structuration du logement social martiniquais et permet de renforcer la représentation des acteurs du territoire au sein du Mouvement Hlm. Elle doit également favoriser les échanges d’expériences, la mutualisation des expertises et la prise en compte des réalités martiniquaises dans les réflexions nationales.
L’économie circulaire au service des territoires
Une convention a également été signée entre l’USH, la Fédération des EPL et l’Institut national de l’économie circulaire (INEC).
Dans les Outre-mer, les contraintes liées à l’insularité, à l’éloignement, à l’approvisionnement en matériaux et à la gestion des déchets rendent particulièrement importante la recherche de modèles plus sobres et plus résilients.
Le partenariat vise à accompagner les acteurs de l’habitat et de l’aménagement dans l’évolution de leurs pratiques, notamment autour du réemploi, de la valorisation des matériaux, du développement des ressources locales et de l’expérimentation.
L’objectif est de faire de l’économie circulaire un outil concret au service de la transformation des modèles de construction, de rénovation et d’aménagement.
Lutter contre le mal-logement avec les Compagnons Bâtisseurs
Une seconde convention a été signée entre l’USH, la Fédération des EPL et les Compagnons Bâtisseurs.
Elle vise à renforcer les coopérations autour de la lutte contre le mal-logement et de l’amélioration de l’habitat dans les territoires ultramarins.
L’enjeu est notamment de développer des démarches permettant d’associer davantage les habitants à l’amélioration de leur logement et de leur cadre de vie, en s’appuyant sur les démarches d’auto-réhabilitation accompagnée et d’accompagnement des ménages.
Ces deux conventions traduisent une même volonté : faire de la coopération entre acteurs un levier opérationnel pour répondre aux réalités ultramarines. Les deux conventions figuraient parmi les temps forts des Rencontres des Outre-mer.
Une proposition de résolution pour sécuriser les financements
Cette dynamique collective s’est également traduite par une proposition de résolution portée par les organismes de logement social et les Associations des maîtres d’ouvrage sociaux des Outre-mer, consacrée au financement du logement social dans les DROM.
Le texte rappelle l’ampleur des besoins et souligne la nécessité de disposer de moyens à la hauteur des projets portés par les territoires.
En 2026, 105,9 M€ d’autorisations d’engagement de LBU ont été notifiés sur 236,25 M€ votés, soit un écart de 55 %. Les crédits de paiement notifiés sont également inférieurs de 34 % aux crédits votés.
Dans le même temps, entre 2022 et 2025, les organismes ont consommé 99 % à 111 % des crédits notifiés.
La proposition de résolution demande notamment :
- le déblocage immédiat d’au moins 60 M€ de crédits LBU complémentaires en 2026 ;
- la sécurisation dans la durée du financement du logement social ultramarin, notamment de la LBU et du crédit d’impôt ;
- une visibilité pluriannuelle sur les engagements de crédits ;
- la mobilisation de l’ensemble de l’écosystème du logement social et des financeurs ;
- la finalisation et la signature du PLOM 3 afin de donner un cadre d’action et une visibilité sur les priorités à venir.
Cette proposition traduit une demande centrale des acteurs ultramarins : pouvoir disposer de financements prévisibles et adaptés pour programmer, engager et sécuriser les opérations dans la durée.
Construire les priorités pour 2032
Les échanges du Congrès ont permis de faire émerger plusieurs priorités structurantes.
La première est celle de financements pérennes et adaptés aux réalités locales : pluriannualisation de la LBU, sécurisation du crédit d’impôt, mobilisation des fonds européens et développement de prêts adaptés.
La deuxième concerne la simplification et l'adaptation du cadre normatif, afin de réduire les délais et de mieux tenir compte des caractéristiques des territoires et des ressources locales.
La troisième porte sur le renforcement des filières et de l’ingénierie locales, notamment dans le BTP, ainsi que sur le développement de l’économie circulaire.
Enfin, les territoires ont besoin de leviers différenciés, capables de prendre en compte leurs situations propres, notamment pour accompagner le renouvellement urbain en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française et répondre aux situations nécessitant des financements exceptionnels.
Répondre à l’urgence, réhabiliter l’existant, construire l’avenir
Du financement de la LBU au renouvellement urbain, des projets présentés sur le stand Outre-mer aux Rencontres des Outre-mer, le Congrès Hlm de Bordeaux aura permis de faire dialoguer les réalités de terrain, les projets des bailleurs et les réponses à construire collectivement.
Les territoires ultramarins ne connaissent pas une situation unique. Mais ils partagent des enjeux majeurs : répondre à une demande importante, développer une offre adaptée, réhabiliter un parc existant, lutter contre le mal-logement, accompagner les habitants et adapter les territoires au changement climatique.
Les acteurs disposent de projets, d’expertises et d’une capacité d’action. Les différents temps forts du Congrès ont montré leur volonté de faire collectif, de développer les partenariats et de proposer des solutions concrètes.
L’enjeu des prochaines années sera désormais de permettre à ces projets de changer d’échelle.
Pour tous les acteurs "répondre à l’urgence, c’est donner les moyens de loger. Réhabiliter l’existant, c’est améliorer durablement les conditions de vie.Construire l’avenir, c’est adapter les territoires et préparer l’habitat de demain".
À l’horizon 2032, le logement social ultramarin entend ainsi pleinement jouer son rôle : un outil de logement, mais aussi de cohésion, d’aménagement, de transition écologique et de développement des territoires.
