Nommée au début de l’été à la tête des compagnies du groupe Dubreuil, Christine Ourmières-Widener a effectué cette semaine une visite de l’IFTM Top Resa, rendez-vous incontournable des acteurs du tourisme à Paris. Outremers360 l’a rencontrée.
Elle est la première femme nommée à la tête d’Air Caraïbes et French bee. Recrutée dans le cadre d’un processus traditionnel, l’ancienne dirigeante de TAP Portugal, passée par Air France ou encore FlyBe, dit retrouver au sein du groupe Dubreuil « des valeurs familiales » et « partage leur approche de l'industrie ».
Et celle qui succède à l’emblématique Marc Rochet a très vite été plongée dans le vif du sujet avec une saison estivale qui marque, dans plusieurs territoires d’Outre-mer, un réel rebond de la fréquentation aérienne. D’ailleurs, si les compagnies sœurs n’ont pas encore communiqué leur bilan de la saison, Christine Ourmières-Widener peut déjà prédire que les chiffres reflèteront « un très bon été ». « Un été qui nous permet de voir l’année 2023 comme une bonne année », assure-t-elle.
Malgré tout, la dirigeante pointe des difficultés « au niveau opérationnel ». « On a eu quand même un certain nombre de défis sur nos infrastructures », explique-t-elle. « Ça a été compliqué pour l'ensemble des acteurs de l'industrie, que ce soit par exemple sur les pièces détachées, les ressources au niveau des constructeurs, la maintenance des moteurs. Donc, on a eu vraiment des sujets au niveau maintenance des avions qui n'ont pas été évidents ».
Il y a également toujours la problématique du prix du pétrole dont les fluctuations ne donnent pas « la capacité de pouvoir prédire ce qui va se passer ». « Quand le pétrole commence à baisser, les analystes voient certaines tendances, et il se met à remonter. Je pense qu'il faut surtout avoir des politiques de couverture faites avec des professionnels » estime Christine Ourmières-Widener qui, avec le groupe Dubreuil, « essaye de prédire, d’être au plus proche de la réalité », pour mieux anticiper. « Nous sommes prudents. On n'aime pas parier sur l'avenir, on préfère avoir un certain niveau d'assurance sur la prédiction d'un niveau de coûts ».
La nouvelle dirigeante aborde toutefois l’hiver avec un certain engagement, et de l’optimisme. « On ne voit pas encore jusqu'à fin mars, mais c'est vrai qu'on voit déjà la reprise, en particulier sur les Antilles, de la haute saison en décembre. Une saison sur laquelle on doit avoir la capacité d’honorer les demandes de nos clients, avec l'ensemble des liens entre l'Arc antillais et l'Hexagone, pour que les familles puissent se rejoindre », assure-t-elle. « Tous ces déplacements qui sont essentiels pour nos clients. Donc, on se prépare bien et les perspectives que l'on voit sont absolument cohérentes avec toutes les prévisions qui ont été faites ».
Concernant French bee, la low cost long courrier, rebaptisée smart cost, s’est attaquée au marché nord-américain après d’être déployée à La Réunion et en Polynésie, via San Francisco. C’est d’ailleurs cette seconde route ultramarine qui a permis à French bee de s’implanter aux États-Unis, et d’ouvrir en l’espace de deux ans ses vols vers New York, Los Angeles et Miami. Un défi qu’à l’époque Marc Rochet justifiait par une volonté d’aller vers des destinations à forts potentiels mais aussi, ultra concurrentielles, avec des majors aux appuis solides. Et pour tenir la longueur, la compagnie a misé sur son offre et son produit.
« On n'a pas du tout la même position que les autres compagnies plus traditionnelles. On est en bi-classe avec une cabine densifiée de 480 sièges sur un A350-1000, avec de l'économie et une premium. Et notre premium, elle est vraiment premium », assure Christine Ourmières-Widener. « On veut participer à la démocratisation de ces destinations (…), avec un avion plus efficace qui consomme 25% moins de carburant que les générations précédentes, et des prestations à bord », poursuit-elle, « vous avez même un Welcome drink sur notre premium ».
« C'est vrai qu'on a manqué en visibilité pour faire connaître notre produit, mais j'invite tous nos clients à tester cette compagnie qui permet d'avoir des prix tout à fait abordables pour des destinations où nos concurrents, en positionnement différent, ont des niveaux de prix bien plus hauts que les nôtres ». Pour Christine Ourmières-Widener, le modèle French bee répond en outre à « des comportements post-Covid » : « Je veux peut-être voyager plus, ou je veux voyager mais mon budget n'est pas sans limite. Donc, je veux pouvoir avoir accès à des solutions qui sont cohérentes avec mon budget ».
Pour autant, Christine Ourmières-Widener n’oublie pas les deux destinations Outre-mer de la compagnie French bee. Après tout, l’arrivée de la compagnie à La Réunion et en Polynésie a été ressentie comme une bouffée d’air dans une offre aérienne parfois bouchée, avec des prix élevés. « Aujourd'hui, on est plutôt dans une phase de consolidation plutôt que d'expansion », explique-t-elle. « C'est ce que j'ai dit à La Réunion et ce que j'ai dit aussi en Polynésie. Le marché, tel qu'il est aujourd'hui, va nous permettre de consolider notre offre. On va être assez stable sur La Réunion et la Polynésie l’année prochaine. Mais ça dépendra de l'évolution du marché ».
En attendant, la nouvelle dirigeante des compagnies du groupe Dubreuil est attendue à la fin de l’année pour présenter sa feuille de route pour 2024.
Air Caraïbes se lance sur Saint-Domingue, en plus de Punta Cana Christine Ourmières-Widener a confirmé l’ouverture d’une ligne vers Saint-Domingue, capitale de la République dominicaine, en plus de Punta Cana. « On va être un partenaire essentiel pour la République dominicaine, puisqu’Air France s’est retirée de la destination ». La compagnie vient en outre d’annoncer la signature d’un accord de partage de code avec Sky High Dominicana, pour les vols entre Saint-Domingue, la Guadeloupe et la Martinique. « Cet accord renforce les possibilités régionales entre la Guadeloupe, la Martinique et la République dominicaine, tout en augmentant les opportunités de voyage vers la République dominicaine depuis Paris. En effet, la fréquence des vols offre de meilleures correspondances avec les vols transatlantiques, tant pour Fort-de-France que pour Point-à-Pitre » explique le communiqué. Opérés en Embraer 175 et 190, « plus adaptés à ce type de routes » avec une réduction du temps de trajet, ces vols sont programmés jusqu’à 3 fois par semaine les mardis, vendredis et dimanches entre Pointe-à-Pitre et Saint-Domingue et jusqu’à 3 fois par semaine les lundis, jeudis et samedis entre Fort-de-France et Saint-Domingue. Les vols du dimanche depuis Pointe-à-Pitre, et du samedi depuis Fort-de-France n’opérant que pendant les périodes de haute saison. |

