Élu en mars 2026 à la tête de Kourou, en Guyane, Michael Rimane est aussi président de la Communauté de communes des Savanes. Ingénieur issu du spatial, issu d'une famille politique, Outremers360 le reçoit dans le cadre de l'émission "360 Politique Outre-mer". Finances en crise, partenariat avec le CNES, jeunesse, foncier, école d'ingénieurs : le nouveau maire fixe ses ambitions sans détour.
Michael Rimane n'est pas tombé dans la politique par hasard. Son grand-père a été maire de Kourou pendant 42 ans. Sa tante, Juliana Rimane, a été députée de la Guyane. Son frère, Davy Rimane, a suivi cette fonction. Lui a pris un autre chemin, celui du secteur privé et du spatial. Michael Rimane franchit le pas de la vie politique en 2020 aux côtés du maire sortant François Ringuet, avant de quitter la majorité municipale trois ans plus tard. « J'ai claqué la porte, parce que la politique qui est appliquée ne me correspondait plus », explique-t-il. Il reste dans l'opposition au sein du conseil municipal, constitue une liste alternative, et remporte l'élection en mars 2026 avec 34,90 % des voix au second tour d'une quadrangulaire serrée.
Sept mois après son installation, le bilan est celui d'un début de mandat dense. « Beaucoup d'énergie, beaucoup d'investissement en heures, en travail, parce qu'on a hérité d'une commune qui a pas mal de difficultés. »
La dette, le dispositif Corom et le discours de vérité
La situation financière est le premier dossier. Kourou traîne une dette d'environ 17 millions d'euros. Pour y faire face, Michael Rimane a activé le dispositif Corom, un contrat d'accompagnement de l'État pour les collectivités en difficulté budgétaire. Ses opposants y voient une mise sous tutelle. Il réfute : « Ce n'est pas une mise sous tutelle. Nous décidons de commun accord sur les leviers sur lesquels nous allons agir. La contrepartie, c'est que l'État nous accompagne, à hauteur de 900 000 euros par an sur trois ans. »
« Je dis aux Kourouciens : non, je ne vends pas Kourou. Je travaille pour que Kourou récupère ce qu'il a laissé. »
Les leviers identifiés sont clairs : rigueur budgétaire, maîtrise de la masse salariale (le fameux « chapitre 12 » qui pèse sur toutes les collectivités ultramarines), contrôle des dépenses générales, et surtout diversification des recettes. « L'État seul ne pourra pas nous aider à appréhender l'avenir. Il faut ouvrir le spectre des possibilités, aller chercher d'autres partenaires, inciter de nouveaux industriels à venir s'installer sur le territoire. » Le développement des partenariats public-privé, encore peu répandus en Outre-mer, est présenté comme l'une des voies d'avenir.
Ses déplacements à Paris s'inscrivent dans cette logique de reconstruction de la confiance. « Aujourd'hui, Kourou a perdu en confiance auprès de ses partenaires. Il fallait réinstaurer ce climat de travail et s'acheminer vers des partenariats durables. »

Le spatial : un atout, pas une contrainte
Michael Rimane est né en 1984. Le Centre Spatial Guyanais (CSG) existait déjà. Il y a travaillé. Il en parle avec fierté, mais sans complaisance. « IL faut s'en servir comme un atout et non pas le vivre comme une contrainte. » Et d'enchaîner sur ce qui l'occupe concrètement : faire en sorte que les Kourouciens récupèrent enfin les retombées économiques du spatial.
Cela passe par un partenariat formalisé avec le CNES, avec des objectifs précis et une feuille de route partagée. Deux dossiers historiques sont au cœur de la négociation : la rétrocession foncière aux expropriés de la création du CSG, et la rénovation de la cité du Stade où ils avaient été relogés à l'époque. « Je dis aux Kourouciens : non, je ne vends pas Kourou. Je travaille pour que Kourou récupère ce qu'il a laissé. »
« L'avenir, ce n'est pas que le spatial. »
Sur l'emploi local au nouveau Centre Opérationnel multi-lanceurs récemment livré, il pose une condition préalable : former les jeunes en amont. « Il faut que nos jeunes soient qualifiés pour y prétendre. » Mais il va plus loin : « L'avenir, ce n'est pas que le spatial. » Il plaide pour une école d'ingénieurs généraliste à Kourou et non pas une école dédiée exclusivement au domaine spatial capable d'ouvrir d'autres filières industrielles sur le territoire. « C'est maintenant une course contre la montre. Nous avons déjà pris du retard. »

Foncier : le « cadeau empoisonné » de l'État
Sur le développement urbain, Michael Rimane ne mâche pas ses mots. Il a acté avec le CNES une rétrocession foncière pour permettre la construction de logements y compris pour favoriser l'accession à la propriété de la classe moyenne, pas seulement le locatif. Mais il pointe l'État comme frein principal : « Dans le cadre des accords de Guyane, des hectares de rétrocession étaient actés, qui aujourd'hui ne le sont pas. Et quand on regarde les projets de rétrocession, c'est du foncier classé en zone naturelle. Lorsqu'on me dit qu'on veut donner du foncier aux collectivités et que ce foncier n'est pas exploitable, c'est pour moi un cadeau empoisonné. »
Il lance un appel direct à l'Etat: « Si vous voulez vraiment nous accompagner, donnez-nous du foncier exploitable de suite. »
Jeunesse, quartiers prioritaires, péri-scolaire
L'ensemble de Kourou est classé en quartiers prioritaires de la politique de la ville. La commune a activé le Plan de réussite éducative (PRE), la Cité éducative, le péri-scolaire, et noue des conventions avec de nombreuses associations de médiation et d'accompagnement dans les quartiers. Michael Rimane reconnaît que « tout ce qu'on fait, c'est bien, mais il faut aller encore un peu plus loin. »
La population de Kourou est très jeune « comme la Guyane », souligne-t-il. Les données collectées avec l'INSEE en juillet, dans le cadre du recensement et de la planification urbaine, viennent confirmer cette réalité et orienter la politique municipale. L'ambition est de donner aux jeunes des perspectives sur place. « Sans qu'ils aient l'impression qu'il faille quitter le territoire pour pouvoir évoluer. »

La CCDS : un siège, des projets, quatre communes
Président de la Communauté de communes des Savanes depuis avril 2026 dans des conditions d'élection décrites comme « sous tension », Michael Rimane pilote une intercommunalité qui regroupe Kourou, Sinnamary, Iracoubo et Saül. Premier constat : la CCDS loue ses locaux pour plus de 200 000 euros par an. Il a acté la construction d'un siège à Kourou. « Si on veut qu'une collectivité de communes se développe, il faut lui donner un outil. »
Les projets intercommunaux prioritaires sont : le renforcement de la Maison familiale rurale de Sinnamary, la création d'un musée de la biodiversité à Iracoubo, le désenclavement de Saül, et à Kourou la mise en place d'une pépinière d'entreprises pour les jeunes talents. « Un espèce de laboratoire pour cette jeunesse, pour leur permettre de créer leur entreprise sereinement, avec un accompagnement cohérent. »
« On ne peut plus avoir le même modèle économique qu'il y a 20 ou 30 ans. Ce qu'il nous faut, c'est des villes robustes économiquement, qui satisfassent les besoins des familles qui les composent. »
L'horizon 2032 : une ville saine, réorganisée, repensée
À l'issue de son mandat, Michael Rimane veut rendre une collectivité « saine » avec des marges de manœuvre réelles et « réorganisée » sur le plan administratif. Il dessine aussi une méthode : ne plus lancer un projet sans avoir réfléchi simultanément à son fonctionnement et à son modèle économique. « Souvent, on trouve des financements pour créer le projet, et quand c'est terminé, on se demande comment on va le maintenir. Nous, on travaille différemment : dès la conception, on définit comment le projet fonctionnera et comment on en amortira les coûts. »
Le message de fond est celui d'une rupture avec le modèle hérité : « On ne peut plus avoir le même modèle économique qu'il y a 20 ou 30 ans. Il faut repenser, ouvrir le champ des possibles, multiplier les partenariats. Ce qu'il nous faut, c'est des villes robustes économiquement, qui satisfassent les besoins des familles qui les composent. »
