Dans le cirque de Mafate, l’agriculture locale renaît après avoir été totalement délaissée. Si autrefois Mafate était autonome dans sa production agricole, toutes les denrées sont, depuis les années 1980 et l’essor du tourisme, importées par hélicoptère. Lancé en 2018, un Projet alimentaire territorial (PAT) veut redynamiser le territoire et relancer une agriculture durable et agroécologique.
L’agriculture avait été peu à peu abandonnée face au développement croissant du tourisme dans les années quatre-vingt. Mais le Parc national de La Réunion et les communes de Saint-Paul et de La Possession ont remis l’agriculture au cœur des préoccupations locales.
Depuis 2018, un projet alimentaire territorial (PAT) « Planté pou manzé » y est mené pour redynamiser le cœur habité du cirque de Mafate. 850 personnes vivent dans cet écrin biologique, accessible uniquement à pied ou en hélicoptère. À ces familles s’ajoutent les milliers de touristes annuels. Situé au cœur du massif du Piton des neiges et inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, ce cirque naturel attire en effet chaque année des randonneurs. Pour loger et nourrir ces visiteurs, le tourisme s’est fortement développé et les habitants, autrefois producteurs, se sont convertis en gîteurs.

« Au début du siècle, vers les années 1920, 3 000 personnes habitaient le cirque et étaient majoritairement des agriculteurs. Dans les années soixante, le cirque a connu un déclin de sa population et des surfaces agricoles cultivées. Aujourd’hui, il en reste très peu. Presque tout ce qu’on trouve dans les assiettes à Mafate est importé par hélicoptère », regrette Janik Payet, responsable de l’antenne Ouest au Parc national de La Réunion.
C’est pour relancer une agriculture durable et agroécologique que le Projet alimentaire territorial de Mafate a vu le jour. « Sur ce territoire atypique, vitrine de La Réunion et de son patrimoine, l’agriculture et l’alimentation sont au cœur des enjeux de gestion des ressources (eau, sol), d’aménagement de l’espace (gestion du foncier), de gestion des déchets, d’économie sociale et de valorisation du patrimoine. La problématique alimentaire est une composante forte de l’objectif des institutions (Département, communes, TCO…) et des Mafatais de faire du cirque un éco-territoire », précisent les porteurs du projet.
Attirer les producteurs et redonner goût à la terre
L’objectif de la première phase du projet était de mobiliser des financements et de sensibiliser les habitants pour que ce plan de relance voit le jour. Producteurs, gîteurs, maraîchers… Une vingtaine d’acteurs se sont réunis autour du projet et autour d’une ambition commune : produire sur place ce qui est consommé sur place. Deux cantines scolaires, alimentant huit écoles, ont été intégrées au PAT et ces élèves bénéficient de repas locaux.
Le recours à l’héliportage pour acheminer toutes les denrées a peu à peu entraîné une standardisation de l’offre alimentaire des gîtes. L’enjeu, comme le rappelle Janik Payet, est de proposer des produits cultivés au sein du cirque et de ramener de l’authenticité culinaire sur les tables des gîtes. « Il y a plusieurs gîtes à Mafate, à chaque fois, on y mange la même chose : boucané, cari de poulet, rougail saucisse. Il faut diversifier cette offre, proposer une production locale et améliorer la qualité. Il faut aussi proposer davantage d’options végétariennes. Les petits-déjeuners peuvent aussi être repensés : plutôt que de mettre à disposition de la confiture importée, dans des contenants individuels jetables, pourquoi ne pas la faire maison ? Il y a des traditions culinaires réunionnaises et mafataises à revaloriser. »

Mais pour que des produits locaux soient dans l’assiette, encore faut-il que l’offre soit suffisante. L’enjeu est donc d’intégrer l’économie agricole au sein de l’économie touristique. « Ce n’est pas facile d’attirer des porteurs de projet », avoue Janik Payet. Ce point fait partie des missions du PAT de niveau 2, lancé en 2025. « Le renforcement de l’autonomie alimentaire du territoire dépend des producteurs qui s’installent. On a repéré des porteurs de projet, on les forme et on les aide à accéder aux aides. On réfléchit aussi à créer un espace-test agricole, en lien avec le département. Cet espace nous permettrait d’installer un producteur qui n’a pas forcément de statut agricole afin qu’il puisse bénéficier d’un accompagnement administratif et qu’il puisse se lancer sans prendre trop de risques. »
300 tonnes de déchets par an évacuées par hélicoptère
Faire du cirque de Mafate un éco-territoire ne passe pas seulement par la production locale. La diminution des déchets est un enjeu majeur comme le rappelle Claire Colliaux, chargée de mission pour le PAT Mafate. « Il y a dans ce projet un volet pour réduire le gaspillage alimentaire et éviter les emballages. » Pour le moment, l’évacuation de l’intégralité des déchets du cirque de Mafate se fait par hélicoptère par l’intercommunalité de l’Ouest. « Il y a une évacuation par mois, à raison de 300 tonnes par an. Ce qui représente une dépense de 300 000 à 400 000 euros par an », précise Janik Payet, qui rappelle que les déchets ne sont malheureusement pas triés.
En avril 2025, le PAT a été labellisé niveau 2 et est aujourd’hui porté par une association « PAT Mafate », composé du Parc national de La Réunion et des communes de Saint-Paul et de La Possession. Chacun contribue financièrement à hauteur de 30 000 euros par an et mobilise des moyens humains. « Le PAT de niveau 2 continue les actions engagées dans le cadre du PAT de niveau 1 en soutenant la mise en réseau des acteurs, les projets individuels et collectifs de production agricole et de transformation, l'approvisionnement de la restauration scolaire en produits locaux et la sensibilisation des élèves et parents d'élèves à l'alimentation saine et durable », détaille Claire Colliaux.

Un axe autour de l’accès pour tous les Mafatais à une nourriture de qualité a été ajouté tout comme un focus sur des actions de prévention et de lutte contre le diabète et l'obésité. « Avec ce nouveau plan, on souhaite aussi améliorer les jardins pédagogiques pour qu’ils soient des espaces vitrines et pour donner envie aux habitants de participer à la valorisation des terres. » Avec ce PAT de niveau 2, l’association souhaite aussi agir sur la précarité alimentaire et ainsi accompagner les familles vers une alimentation plus saine.
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