©Présidence de la Polynésie
Pour encaisser le choc de la fermeture des frontières et du retour de la quatorzaine, le gouvernement de la Polynésie a annoncé un nouveau plan de soutien à l’économie. Les aides existantes, comme le Diese et le Deseti, ont été prolongées jusqu’au 30 juin et complétées par de nouveaux dispositifs généraux. Coût estimé par la collectivité d’Outre-mer : au moins 8,5 milliards de francs (71,23 millions d’euros). Les détails avec nos partenaires de Radio 1 Tahiti.
« Je sais que le peuple polynésien possède en lui un instinct naturel de survie, de résistance et donc de résilience, héritage du Mana et des voyages de la pirogue ». Le président Édouard Fritch a une nouvelle fois flatté, ce matin, les capacités du pays à « affronter cette épidémie ». « Courage », « discipline », « patience » … Il en faudra pour faire face à l’interdiction, par l’État, des voyages sans « motifs impérieux », décision complétée par une quarantaine à l’initiative du Pays.
« Les conséquences immédiates de la fermeture de nos frontières affectent directement nos entreprises et nos familles », a expliqué le président, citant notamment les grands hôtels (voir ci-dessous), les pensions de famille, les compagnies aériennes mais aussi les prestataires touristiques, les artisans, commerces ou entreprises agroalimentaires. « Nous subirons à nouveau une chute de notre PIB pouvant fragiliser, voire mettre en péril, des pans entiers de l’économie polynésienne » ajoute le responsable, entouré de tout le gouvernement ce matin, et notamment de son ministre des Finances Yvonnick Raffin.
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Après un séminaire gouvernemental et une série de rencontres des acteurs économiques, le président se dit toutefois confiant : « Nous réussirons à relever notre pays, tous ensemble ». Pour cela, une batterie de textes doit être présentée, à partir de demain et tout au long du mois de février, pour « adapter » les mesures de soutien à l’économie, à l’emploi et aux Polynésiens en situation de précarité. L’idée principale : « libérer les activités internes à la Polynésie et assouplir certaines contraintes existantes ». Parmi les mesures déjà présentées :
- Les dispositifs de soutien à l’emploi et aux entreprises, ainsi que les allocations familiales bonifiées pour les ressortissants du RSPF sont maintenus et prolongés jusqu’au 30 juin.
- Le plafond du Diese, qui s’adresse aux salariés en réduction du temps de travail, va être fixé à 2 SMIG, avec des réductions de temps de travail allant jusqu’à 100% et une prise en charge des cotisations sociales de la partie aidée par le Pays. Les indépendants pourront toucher un Deseti mensuel de 60 000 francs en cas de cessation partielle d’activité et de 100 000 francs en cas d’arrêt complet.
- L’indemnité exceptionnelle mise en place lors du confinement de mars va être réactivée. Les salariés licenciés économiques recevront, sur une période de 3 à 6 mois, entre 100 000 et 275 000 francs en fonction de leur salaire.
- Les CAES vont elles aussi être réactivées mais rebaptisées Conventions d’Insertion Sociale ou CIS. Il s’agit d’une aide forfaitaire de 3 à 6 mois pour les foyers ne bénéficiant d’aucun revenu, en contrepartie de travaux d’intérêt général.
- Une nouvelle loi du Pays sur la lutte contre le gaspillage alimentaire va être présentée dans le courant du mois. Il s’agirait de permettre aux associations caritatives d’obtenir « en toute légalité et en toute transparence » certains produits dont la date limite d’utilisation optimale est dépassée mais qui restent « propres à la consommation ».
- La loi sur l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés va être modifiée. Depuis le 1er janvier le seuil d’obligation devait augmenter à 4% pour les entreprises de plus de 25 salariés. Le seuil restera finalement à 2% au moins pendant l’année 2021. Les pénalités pour non-respect de la loi ne seront, quoiqu’il arrive, pas appliquées en 2020 et 2021.
- Le gouvernement va aussi proposer la suspension des pénalités de retard et des majorations liées aux cotisations sociales. La CPS doit être consultée sur le sujet. Dans le même esprit, l’administration fiscale est appelée à la « bienveillance » sur l’examen « au cas par cas » des demandes de prorogation de recouvrement de l’impôt.
- Des mesures de promotion du tourisme intérieur vont être présentées, avec notamment « un projet chèque-voyage dans les îles – Titeti Aia – sous la condition d’un hébergement en pension de famille ».
D’autres mesures, spécifiques au tourisme notamment, pourraient être présentées dans les jours à venir. Ces nouvelles mesures, en outre, « ne remettent pas en cause » le plan de relance préparé par le ministre des Finances Yvonnick Raffin. « Ce plan est même plus que jamais nécessaire », a insisté le président. Le plan de relance, déjà présenté à l’assemblée en décembre et retravaillé avec les acteurs économiques ces dernières semaines, doit être étudié en conseil des ministres ce mercredi.
Vers un deuxième emprunt à l’État
Le président a présenté un premier chiffrage de ces mesures. 6 milliards pour la reconduction du Diese, 1,3 milliards pour l’indemnité exceptionnelle, 650 millions pour le Deseti, 450 autres pour les CIS… Au moins 8,5 milliards de francs de dépenses nouvelles, au total. Comment les financer ? Le budget 2021 voté en décembre « permet à ce stade de répondre à l’urgence », assure Édouard Fritch, qui, pour autant, a « bon espoir que la solidarité nationale joue ».

Le gouvernement polynésien s’est réuni ce mardi à Papeete pour présenter ces mesures d’aides économiques face à la fermeture des frontières ©Présidence de la Polynésie
Le président a de nouveau évoqué la possibilité d’un second emprunt auprès de l’État, après le prêt de 28,6 milliards de francs auprès de l’AFD en août. « Une partie de l’emprunt n’est pas engagée » complète le président, « nous avons encore de la trésorerie ». Le conseil des ministres et l’assemblée doivent débattre de cette nouvelle situation budgétaire dans le courant du mois de février.
Fermeture de quatre hôtels
En attendant, quatre grands hôtels de Polynésie ont déjà annoncé leur fermeture temporaire, conséquence directe de la fermeture des frontières. « Nous avons pris la difficile décision de fermer temporairement le Sofitel Kia Ora Moorea Beach Resort à compter du dimanche 7 février, et ce jusqu’au 1er avril 2021 », a notamment annoncé l’établissement hôtelier proche de l’île de Tahiti. « En dépit du soutien du marché local, les prévisions d’occupation sont insuffisantes pour nous permettre de maintenir une quelconque activité dans nos établissements ».
Sur l’atoll de Rangiroa (archipel des Tuamotu), l’hôtel Kia Ora, appartenant au groupe Wane, a annoncé sa fermeture à partir de lundi, de même que les deux InterContinental de Bora Bora. « Les îles vont sans doute fermer, parce que l’international c’est vraiment leur cœur de métier, le local beaucoup moins parce qu’il y a très peu de volume et que les prix moyens sont très faibles relativement à des charges très élevées », a expliqué Thierry Brovelli, directeur général des hôtels InterContinental en Polynésie.
Interrogée par Radio 1 Tahiti, la ministre du Tourisme Nicole Bouteau a demandé aux hôteliers « une transparence sur la situation réelle de leurs entreprises » et de « faire un point sur leurs charges fixes ». Avant le covid-19 et le premier confinement, « ces groupes bénéficiaient de l’embellie économique des années précédentes. Aujourd’hui la situation n’est plus la même, ils n’ont plus la capacité d’emprunter », poursuit la ministre qui souhaite une fermeture de deux mois, « pas au-delàs de trois mois en tout cas ».
Avec Radio 1 Tahiti























