Santé : 15 ans après avoir été annoncé, le Pôle Santé Mentale de Polynésie ouvre ses portes

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Santé : 15 ans après avoir été annoncé, le Pôle Santé Mentale de Polynésie ouvre ses portes

Le nouveau pôle à 4,8 milliards situé derrière le Centre hospitalier de Polynésie, auquel il est administrativement intégré, avait été annoncé en 2012, une première pierre avait été posée en 2016, l’entrée en fonction était prévue en 2019, 2023 puis 2025… Il sera finalement partiellement opérationnel à compter de ce 13 avril. Les équipes de différents services dédiés aux enfants, aux adolescents et aux adultes doivent peu à peu y déménager dans les prochains mois. Le gouvernement promet ensuite une « montée en puissance », notamment du côté du pôle d’addictologie, qui doit à terme accueillir 20 places de prise en charge ambulatoire et 12 lits en hospitalisation dédiée au sevrage. Reportage de notre partenaire Radio 1 Tahiti.

Le Pôle Santé Mentale a été inauguré ce mardi 7 avril, quelques jours avant la journée mondiale de la santé mentale. Une ouverture qui s’est faite attendre, avec « 15 ans de gestation, qui battent des records » selon les mots du président Moetai Brotherson présent ce matin au Centre hospitalier de Polynésie française (CHPF) pour l’occasion. 

Le « PSM », annoncé depuis 2012 et dont la première pierre a été posée en 2016 pour une livraison en 2019 aura vu passer quatre présidents. En 2021, Édouard Fritch et plusieurs de ses ministres avaient annoncé une entrée en opération au premier semestre 2023. Un délai qui s’explique par la crise Covid-19 et par des contentieux, toujours en cours au début de la nouvelle mandature. « Tout était encore à bâtir puisqu’il n’y avait eu que le gros œuvre », assure ainsi le ministre de la Santé Cédric Mercadal, qui assure que ces services et les prestataires ont mis « les bouchées doubles pour avancer ».

Le gouvernement de Moetai Brotherson espérait tout de même, un temps, pouvoir inaugurer le pôle entre fin 2024 et début 2025. La mise en conformité, et la commande de matériel a encore repoussé les délais. La dernière annonce l’année passée sera la bonne : le pôle entrera en fonction le 13 avril 2026. Et il sera intégré au CHPF, contrairement aux plans qui avaient été évoqués sous la mandature d’Édouard Fritch. 

En 2021, le ministère de la santé de Jacques Raynal prévoyait plutôt de confier ce pôle, alors principalement dédié à la prise en charge des addictions et à la santé mentale des mineurs, au Fare Tama Hau, dont le domaine de compétence et les moyens devaient être largement étendus. Ce schéma avait aussi comme objectif de s’appuyer sur le travail associatif, dans le domaine de la protection des mineurs et des addictions, et plus généralement d’avoir des partenariats plus étroits avec le privé.  

La question des coûts de fonctionnement, déjà débattue sous l’ancienne mandature, a-t-elle fait reculer l’exécutif ? « Le plan a varié au gré des gouvernements, des ministres et des directeurs », répond Cédric Mercadal. « Aujourd’hui on s’est arrêté sur cette organisation avec une équipe pluridisciplinaire, on s’est posé avec chaque chef de service, qui a proposé sa vision. Ce qui n’empêche pas que le Fare Tama Hau travaille avec les équipes de ce PSM : il y aura une vraie coopération hors les murs ».

Un bâtiment unique pour une approche de soin pluridisciplinaire

« Un bâtiment seul ne soigne pas mais bien conçu il participe au mieux être » a affirmé le Président tout en remerciant le personnel soignant pour son travail quotidien. Le bâtiment en question, flambant neuf et construit sur plusieurs étages à l’arrière du centre hospitalier, réunira dans un même espace et de façon segmentée (chacun avec son entrée dédiée) :

  • Une unité d’hospitalisation adultes avec 20 lits et un Centre d’Accueil Thérapeutique à Temps Partiel (CATTP) de 10 places
  • Une filière enfants/adolescents avec un centre de crise, un centre médico-psychologique, un CATTP et de l’hospitalisation de jour
  • 25 places dans un centre d’action médico-sociale précoce
  • Un pôle addictologie avec 20 places en ambulatoire et 12 lits en hospitalisation

Le gouvernement et le CHPF ne précisent pas, à ce stade, à quelles dates entreront en service chacun de ces pôles. L’espace, qui a coûté 4,79 milliards de francs, a été pensé pour améliorer l’environnement de travail des équipes médicales, la prise en charge des différents patients et, de fait, les soins en matière de santé mentale sur le territoire comme l’a expliqué Cédric Mercadal : « Avoir un outil qui aujourd’hui est moderne avec des salles beaucoup plus grandes, beaucoup plus adaptables, beaucoup plus adaptées aux personnes. On a des lieux de jeu, on a des lieux d’interaction et d’activité, on a un centre d’addictologie avec 12 lits qui demain seront mis en exploitation, une fois que tout le monde sera installé. Ça fait beaucoup de choses en plus, beaucoup plus de services, beaucoup plus de places, pour le bien-être de la population qui en a vraiment besoin. »

« On a une population qui est en mauvaise santé mentale, dû à des évolutions très rapides de notre société ces quinze dernières années, et il faut l’accompagner au mieux » ajoutait le ministre. Pour ce faire, le Pôle Santé Mentale sera opérationnel dès la semaine du 13 avril avec l’ouverture d’un centre de consultation. Il est prévu que les différents services emménagent chacun leur tour dans les six prochains mois, dans une politique qui vise à recentrer l’ensemble des équipes existantes. 

Par la suite, le bâtiment servira de tampon façon chaise musicale pour effectuer des travaux dans le service de psychiatrie du CHPF, et ainsi mettre fin notamment aux « cellules de la honte » revenues récemment dans l’actualité suite à la poursuite en justice du psychiatre qui les avaient dénoncées. « Depuis 2012, impossibilité matérielle de travailler. Demain ce sera fait, jusqu’à 2029 un échéancier est mis en place » atteste Cédric Mercadal.

L’addictologie aussi prise en charge dans l’année à venir

Le service d’addictologie devrait fonctionner en flux constant cette année sur consultation, pour permettre l’ensemble des installations, avant d’ouvrir 12 lits dédiés avec la mise en place de cursus adapté permettant de faire du sevrage localement, comme le précise le ministre : « Consultation dans un premier temps, le temps que tout le monde emménage. À partir de juillet les gens s’installent, on monte en gamme une fois que les flux seront rétablis et puis une augmentation via des dotations qui seront faites pour la prise en charge dans le cadre des lits de sevrage. Je rappellerais que sur ce qui est ice on a investi fortement déjà avec le dispositif Elsa, avec un numéro vert et un certain nombre d’éléments mis en place. Et cette coordination addicto-psychiatrie-soins-urgences elle peut se faire que sur un lieu et elle se mettra en place progressivement sur l’année et l’année prochaine. »

Un « vrai camp de base » pour rayonner dans les archipels

« Cela va aussi nous permettre d’avoir un vrai camp de base pour pouvoir, comme c’est notre ambition aussi à l’avenir, rayonner. On va partir dans les archipels, on va pouvoir peut-être développer la télésanté, on va pouvoir peut-être développer des compétences. On en a parlé, des actions de formation, auprès de sentinelles qui se trouveraient au plus proche des populations sur les atolls, sur les archipels… et ce bâtiment va nous le permettre » précise le docteur Julien Testart, médecin coordinateur du Pôle Santé Mentale.

Maia Galot pour Radio 1 Tahiti