Comme beaucoup d'autres compagnies aériennes à travers le monde, Aircalin est confrontée aux difficultés de maintenir l'entreprise à flot dans une période de crise sanitaire et économique inédite. Comment parvenir à relancer l'activité et à permettre à la compagnie calédonienne de perdurer dans le temps ? Des questions abordées par Didier Tappero, Directeur général d’Aircalin, qui était l'invité de nos confrères de CALEDONIA.
Aircalin jouissait d'une situation stable à l'entrée dans la période de crise en mars 2020. Après 5 années d'exercices bénéficiaires, la compagnie aérienne disposait d'une situation stable et d'une trésorerie importante. Une situation préférentielle dans un contexte aussi inédit et impactant que la crise sanitaire et économique liée au Covid-19, mais qui ne suffit pas à assurer la survie ou même la bonne santé de l'entreprise.
La crise qui dure depuis maintenant bientôt 2 ans met à mal la situation financière d'Aircalin, en perte de chiffre d'affaires, qui a effectué une baisse de sa masse salariale estimée à 40%, et qui est confrontée aujourd'hui aux nécessaires questions de relance qui nécessiteront de nouveaux investissements.
Dans ce contexte d'incertitude, Didier Tappero répondait aux questions de nos confrères de CALEDONIA. Jusqu'à présent, Aircalin a abordé la crise comme la majorité ces compagnies aériennes à ce jour, par « des mesures d'économie dans tous les domaines où c'était possible, un report des investissements, des discussions avec nos partenaires sociaux, avec le personnel, qui ont amené à une baisse des effectif à travers un plan de départ volontaire, des efforts de chacun dans l'entreprise sur la rémunération, des gains de productivité, ça a été le premier volet mis en œuvre par Aircalin », rappelle Didier Trappero.
Un minimum d'activité, via les plus rares transports de passagers et de fret a tout de même permis à l'entreprise d'enregistrer un relatif chiffre d'affaires, et les personnels de ne pas perdre en expérience. Bien évidemment, la compagnie a également bénéficié de Prêts Garanti par l'État. Au bilan, l'ensemble de ces facteurs a permis à la compagnie « de tenir pendant 20 mois », explique son directeur général.
Malgré cela, la situation reste précaire. En cause, l'arrêt total du tourisme depuis 20 mois, alors que l'activité représente près de 50% du chiffre d'affaires de la compagnie. Or, un retour à la normale de l'activité touristique « ne dépend pas exclusivement de la compagnie », rappelle le Directeur général d'Aircalin, « nous sommes bien évidemment extrêmement liés à l'évolution de la situation sanitaire, aux mesures qui seront prises en Nouvelle-Calédonie bien sûr, mais également dans les territoires que nous desservons, le Japon, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, et les territoires du Pacifique Sud, donc c'est assez compliqué de faire des pronostics précis à ce stade ».
Si la situation est loin de permettre d'envisager un retour à la normale rapide, il est cependant constaté, à travers le globe, un léger rebond d'activité, premiers signes de sortie de crise. Aircalin doit s'inscrire dans ce mouvement selon Didier Trappero. « On s'inscrit dans une démarche d'ouverture progressive sur l'exercice 2022, où nous estimons qu'il y aura à peu près 40%, peut être 50%, au mieux, de notre activité, par rapport à un exercice normal. Il faut s'inscrire dans ce démarrage qui sera lent, difficile, et arriver à passer cet exercice 2022, c'est le challenge que nous avons à relever pour l'année prochaine ».
Un challenge qui contient son lot de difficultés et d'interrogations. Parmi celles-ci, la relance du tourisme. Si le secteur est avant toute chose lié aux décisions étatiques et territoriales, certaines contraintes dans un contexte aussi particuliers représenteront des investissements supplémentaires, ou encore des pertes de chiffre d'affaires parfois nécessaires, le temps d'amorcer la relance.
« C'est tout le challenge. Comment allons-nous financer la reprise ? Le transport aérien est un catalyseur de l'économie, en général et en Nouvelle-Calédonie aussi, notamment par les flux touristiques (…) Pour Aircalin, c'est un peu plus de 19 milliards de chiffre d'affaires en 2019, la moitié vient du marché Calédonien, mais l'autre moitié vient du marché extérieur, que sont l'Australie, la Nouvelle-Zélande le Japon et la France (…) Nous pilotons la trésorerie au mieux, mais c'est la raison pour laquelle nous recherchons encore un soutien auprès de l'État principalement, mais également auprès de notre actionnaire, pour aider à financer cette reprise, et notamment sur l'aspect touristique ».
Une chose est certaine cependant selon Didier Trappero, un nouvel épisode de crise sanitaire s'inscrivant dans la durée pourrait être fatal à l'entreprise. « Il est certain que ça serait une mauvaise nouvelle pour la compagnie parce qu'il y a un moment où il faut pouvoir faire notre métier et pouvoir fonctionner. Je crois qu'on sera arrivé à la limite de l'exercice de rester 2 mois, près de 2 ans sans avoir une activité normale (…) Donc ça serait une très mauvaise nouvelle effectivement de refermer à nouveau pour une période assez longue les frontières ».
Damien Chaillot























