Nouvelle-Calédonie : Les acteurs économiques du territoire décrètent un état d’urgence

Illustration ©Les Nouvelles Calédoniennes

Nouvelle-Calédonie : Les acteurs économiques du territoire décrètent un état d’urgence

À l’approche de l’examen d’un projet de loi constitutionnelle à l’Assemblée nationale, plusieurs organisations économiques et professionnelles de Nouvelle-Calédonie tirent la sonnette d’alarme sur la dégradation rapide de la situation économique du territoire. Prenant acte de la complexité des débats parlementaires, qui appellent du temps, des compromis et des équilibres politiques, elles appuient néanmoins sur « une réalité qui s’impose » : le calendrier politique n’est plus compatible avec l’urgence économique.

Selon ces acteurs, le rythme des débats politiques apparaît désormais en décalage avec l’urgence économique. Ils soulignent que les délais institutionnels ne permettent plus de répondre à une crise jugée imminente.
Dans un communiqué commun, le Chambre des Métiers et de l’Artisanat, La Chambre d’Agriculture et de la Pêche, la Fédération des Entreprises et des Industries, ainsi que le Mouvement des Entreprises de Nouvelle-Calédonie, unissent leur voix pour témoigner de l’urgence de la situation.

Les conclusions d’une enquête menée auprès de 776 entreprises, représentant près de 20 % de l’emploi privé, mettent en évidence une fragilité accrue du tissu économique. Près d’une entreprise sur deux indique disposer de moins de trois mois de visibilité financière, tandis que 34 % déclarent que leur priorité est désormais la survie. Ces niveaux sont présentés comme supérieurs à ceux observés lors de la crise sanitaire, traduisant un risque de basculement durable plutôt qu’un simple ralentissement conjoncturel.

L’incertitude institutionnelle au cœur des difficultés

D’après les résultats de l’enquête, 90 % des entreprises estiment qu’aucune relance durable n’est possible sans stabilisation du cadre institutionnel. Les organisations économiques expliquent que l’incertitude freine les décisions d’investissement, de recrutement et de production. Les données présentées montrent que les comportements des entreprises varient fortement selon le degré de visibilité politique : en situation d’attente, les investissements et l’emploi reculent nettement.

Les entreprises interrogées déclarent être prêtes à engager jusqu’à 52 milliards de francs CFP (436 millions d’euros) d’investissements, à condition qu’un cadre clair soit établi. Ce montant ne représenterait qu’une partie du potentiel global.
À l’inverse, la poursuite de l’incertitude pourrait conduire non seulement à un report, mais à un abandon définitif de ces projets. En cas de situation prolongée, 25 % des entreprises envisagent de réduire leurs effectifs, tandis que près d’un quart pourraient cesser leur activité.

Les projections indiquent également des scénarios tels que la mise en pause des projets d’investissement, la réduction des charges ou encore des cessations d’activité.

Une économie fragilisée depuis 2024

Le communiqué rappelle que l’économie calédonienne a subi un choc important depuis les émeutes de mai 2024. Parmi les indicateurs avancés figurent une baisse du PIB de 22,5 %, la destruction de 13.000 à 15.000 emplois, ainsi qu’un effondrement de l’investissement et du crédit. Les transactions immobilières auraient chuté de 92 %, tandis que les pertes de recettes fiscales sont estimées à 60 milliards de francs CFP (503 millions d’euros).

Face à cette situation, les organisations signataires appellent les responsables politiques à prendre des décisions rapides. Elles évoquent notamment la possibilité de consulter directement la population en l’absence d’accord institutionnel.
Selon elles, la priorité est de restaurer la visibilité afin de préserver le tissu économique et la capacité de rebond du territoire.