Une trentaine de représentants d’industrie, de responsables politiques et d’opérateurs miniers se sont retrouvés, vendredi 28 février, à la résidence du haut-commissariat, sur invitation du ministre des Outre-mer, Manuel Valls. Les échanges ont duré deux heures et ont permis d’acter la première étape d’un changement profond de cette filière menacée. Un sujet de notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.
« Une ressource stratégique pour la France et pour l’Europe ». C’est en ces termes que Manuel Valls avait qualifié le nickel calédonien, lundi 24 février, devant les représentants du monde économique. Une filière dont les difficultés accumulées ces dernières années ont conduit à la fermeture de KNS, l’usine du Nord, et menacent aujourd’hui les deux encore en activité, Prony Resources et la SLN.
C’est dans ce contexte économique morose pour le secteur que le ministre des Outre-mer a reçu les acteurs du nickel, ce vendredi 28 février. Les échanges ont débuté peu avant 11 heures à la résidence du haut-commissariat, et ont duré deux heures. Une trentaine de représentants d’industrie, de responsables politiques et syndicaux, d’opérateurs miniers et de spécialistes de l’énergie étaient présents.
« Un autre modèle »
« Nous sommes vraiment très contents de l’accompagnement et du soutien de l’État », a réagi Béatrice Pierre, directrice générale de Prony Resources, sans s’étendre davantage sur la teneur des discussions. « C’est un bon début », a quant à lui souligné Pascal Naouna, membre de Contrakmine, syndicat des sous-traitants miniers et des rouleurs.
Le ministre des Outre-mer aurait avancé « trois options » sur la table, révèle ce dernier, sans pour autant les dévoiler. « À partir de là, il y a un cadre qui est posé à chacun des acteurs du nickel dans le pays, quitte effectivement à faire des compromis sur la manière d’exploiter les gisements miniers et construire un autre modèle minier dans le pays », expose Pascal Naouna.
Manuel Valls avait déjà annoncé, lundi, face au monde économique, son intention de « dynamiser le secteur de la mine en permettant plus d’exportations et en levant les freins administratifs et opérationnels à l’exploitation minière ». Autrement dit : revoir la doctrine nickel, instaurée en 2015 pour maîtriser la ressource et empêcher les exportations de minerais bruts valorisables, exclusivement transformés sur le territoire.
C’est un des axes du « plan de transformation de la filière nickel » défendu par le ministre des Outre-mer, pour succéder au fiasco du pacte nickel proposé par l’ancien ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, lors de son déplacement en Nouvelle-Calédonie fin 2023, tout en reprenant les grandes idées.
Filière d’excellence
L’autre orientation souhaitée par Manuel Valls : « réaliser une transition énergétique puissante du territoire calédonien », pour permettre à la filière métallurgique, plombée par des coûts d’énergie très importants, de redevenir compétitive. Le développement de l’énergie solaire ou encore la construction de centrales à gaz font partie des pistes à l’étude. Enfin, il s’agira de « mieux connecter la filière nickel calédonienne aux besoins stratégiques des industries européennes ».
Reste un « préalable » à tout ça : « y voir clair sur les perspectives de reprise et d’activité des usines métallurgiques », avait insisté Manuel Valls. Des propos qu’il a réitérés, ce vendredi 28 février. Depuis plusieurs mois, un certain nombre de sites miniers ne sont plus en activité en raison de blocages réguliers. En octobre, à Thio, berceau de l’industrie du nickel, la SLN a annoncé mettre son centre minier en sommeil. L’usine KNS, fermée en août, et celle de Prony Resources, qui vit sur un prêt de l'État bientôt épuisé, n’ont toujours pas trouvé de repreneur.
« Je suis convaincu que nous pouvons rétablir le caractère de « filière d’excellence » du nickel calédonien dans nos intérêts stratégiques partagés », avait conclu le ministre des Outre-mer, lundi soir. La relance de la filière pourrait également s’avérer essentielle dans les discussions sur l’avenir institutionnel. Pour Pascal Naouna, « on a la responsabilité de reconstruire ensemble le pays, et ça passera aussi par le nickel ».
Baptiste Gouret pour Les Nouvelles Calédoniennes