La province Sud a lancé en 2019 une importante réflexion visant à assurer la préservation de son patrimoine ornithologique marin jugé exceptionnel, tout en assurant la continuité des activités de plaisance. Pour ce faire, la Direction du Développement Durable des Territoires (DDDT) de la province a mis en place un partenariat d’étude avec l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), afin d’évaluer la qualité des milieux, la pression exercée par les espèces envahissantes et les effets des mesures mises en place par la collectivité.
« Plus la province disposera de données biologiques de qualité, mises à jour et récentes, plus elle pourra prendre ses décisions en connaissance de cause, c’est la base de ce partenariat », explique Eric Vidal, chercheur responsable du programme d'étude des populations d’oiseaux marins sur les îlots de province Sud, en charge de l’étude demandée par la collectivité, a qui revient la gestion de son développement touristique, mais aussi la gestion de l’environnement.
Eric Vidal détaille le déroulement de l’étude : « Nos opérations sur les îlots consistent principalement à faire l’inventaire et le recensement des colonies d’oiseaux marins, à caractériser leurs habitats de reproduction via la cartographie de la végétation par drone, mais également à dresser un état des lieux des espèces invasives introduites qui les menacent (rongeurs, fourmis, figuier de barbarie…) et à préciser le niveau de pression et dérangement anthropique ». En parallèle les gardes-nature provinciaux récoltent de données sur le terrain, tout en assurant l’application des mesures prises par la collectivité.
Sur le terrain, l’équipe de l’IRD effectue ces études sur une cinquantaine d’îlots, dont la première moitié se trouve au sein du parc provincial marin du grand lagon sud, et la seconde moitié, le long de la côte ouest entre Païta et Poya. Autre aspect de la mission, la formation de stagiaires, étudiants de licence et master et avec le soutien de l’association Bird Conservation New-Caledonia, explique Tristan Berr, membre de la mission inscrit à l’UNC : « Former toutes ces personnes aux observations et relevés ornithologiques lors des missions de terrain, permettra de disposer de compétences en local pour pouvoir assurer un suivi a posteriori. »
Pour cette troisième et dernière année d’étude, les observations et conclusions préliminaires mettent en avant de forts enjeux ornithologiques : « Alors que les oiseaux marins disparaissent au niveau mondial (-60 % en 50 ans), leurs populations dans le Grand lagon sud ne s’effondrent pas et certaines, au contraire, semblent même progresser. Les îlots de province Sud portent donc un enjeu mondial de conservation, en concentrant par exemple environ 15 % de la population mondiale de puffins fouquet, en déclin ailleurs sur le globe. De nouvelles espèces sont même apparues ou réapparues, comme le fou brun ou le paille-en-queue à brins rouges, qui recherchent un environnement particulièrement tranquille », explique Eric Vidal.
Un environnement favorable permis par une politique de préservation efficace, selon le chercheur : « Sur ces aires protégées, malgré le recul temporel encore réduit, on constate une efficacité du dispositif « Oiseaux du lagon », mis en place par la province Sud et qui permet notamment d’éviter ou de limiter le dérangement des espèces très sensibles, comme les sternes blanches, en particulier lors de la phase critique d’installation de la colonie. Si elles sont dérangées, elles peuvent partir et ne pas se reproduire. La réactivité des gardes-nature provinciaux qui hissent un mât à pavillon rouge pour suspendre temporairement le débarquement est alors un réel atout ».
Damien Chaillot























