Avec la parution officielle des listes fin février et le lancement de la campagne officielle début mars, les élections municipales ont pris un coup d’accélérateur avant le premier tour du 15 mars. Outremers360 vous propose ainsi un tour des enjeux des principaux territoires d’Outre-mer, à commencer par la Polynésie française, où les deux grandes familles politiques, autonomiste et indépendantiste, partent dispersées, voire divisées dans la plupart des 48 communes du territoire.
Contrairement aux Législatives de 2024, le camp autonomiste n’a pas scellé d’union sacrée pour battre les indépendantistes. Il faut dire que les enjeux municipaux ne sont pas les mêmes, que chaque partie va jauger ses bases, et s’implanter localement en vue des prochaines sénatoriales et à moyen termes, des territoriales de 2028.
Les principaux partis autonomistes -le Tapura Huira’atira de l’ancien président Édouard Fritch, A Here Ia Porinetia de la députée Nicole Sanquer et le Amuitahiraa O Te Nuna’a Ma’ohi de Bruno Sandras- font donc bande à part dans la plupart des 48 communes de Polynésie. C’est le cas par exemple de Papeete (voir ci-dessous). Dans d'autres communes, les partis autonomistes, notamment le Tapura Huira'atira, ont décidé de ne pas soutenir officiellement de liste, bien que qu'elles soient portées par des personnalités du parti d'Édouard Fritch.
Autre raison de cette dispersion : l’écrasante majorité des communes du territoire sont dirigées par des maires autonomistes, hormis Faa’a, tenue depuis 1983 par Oscar Temaru, et Paea, ravie aux autonomistes en 2020 par le numéro 2 du parti indépendantiste, Antony Geros. C'est d'ailleurs dans cette commune de la côte ouest de Tahiti, comptant 12 000 habitants, que le camp autonomiste paraît plus uni derrière l'élue du Tapura Huira'atira Tepuarauri Teriitahi. Un but : battre le maire indépendantiste sortant.
Côté indépendantiste, mouvance représentée par un seul parti, le Tavini Huira’atira, on comptera aussi sur la division. En effet, le parti victorieux des territoriales de 2023 se fissure depuis : d’un côté, le courant historique incarné par Oscar Temaru, qui met l’accession à l’indépendance et l’exploitation des ressources sous-marines au cœur des municipales (bien que le sujet dépasse ce scrutin) ; et de l’autre, le président du gouvernement, Moetai Brotherson, qualifié de modéré et opposé à l’exploitation des ressources sous-marines.
Lire aussi : Municipales 2026 : 139 listes et 4 876 candidats en Polynésie française
Cette division entre deux courants internes au parti s’illustre ainsi dans plusieurs communes, à commencer par la capitale. Temata’i Le Gayic, ancien plus jeune député de la République, désigné candidat par son parti, a perdu l’étiquette au profit de Tauhiti Nena, déjà deux fois candidat à Papeete et qui a bien accepté de défendre les sujets de prédilection d’Oscar Temaru. Ce dernier a bien concédé la nécessité de clarifier la ligne du parti pour éviter les prochaines confusions et divisions mais après les municipales.
D’autres villes affichent des listes concurrentes internes au Tavini. C’est le cas à Pirae, où l’ancien ministre de Moetai Brotherson, Tevaiti Pomare, est en concurrence avec l’ancienne figure locale du parti Thilda Garbutt-Hoe, ou à Moorea-Maiao, où la liste menée par Christiane Kelley et Rahiti Buchin fait face à la dissidence de l’élue bleu ciel de l’Assemblée Teremuura Rurua-Kohumoetini, détaille Radio 1 Tahiti.
Les municipales seront-elles l’occasion d’un vote sanction contre le gouvernement Brotherson ? Pas sûr. D’une part, les enjeux ne sont pas les mêmes : on parle d’accès à l’eau potable, de proximité et de quartiers, de sécurité du quotidien, de culture et bien d’autres thèmes variés et parfois nouveaux, puisque les communes polynésiennes ont obtenu davantage de compétences à la faveur de la loi modifiant le statut de la Polynésie française, adoptée l’automne dernier au Parlement.
La dispersion des listes, autonomistes notamment, ne permet pas non plus l’organisation d’un vote sanction à l’égard du gouvernement indépendantiste, contrairement aux Législatives de 2024 durant lesquelles les principaux partis autonomistes s'étaient unis pour battre les députés indépendantistes, avec succès. Enfin, Moetai Brotherson a lui-même protégé son gouvernement en refusant la présence d’un de ses membres sur une quelconque liste et en ne s’invitant que très peu dans la campagne, hormis pour dire sa préférence sur Papeete.
Lire ici tous nos articles sur les Municipales 2026
ZOOM sur Papeete : bataille ouverte dans la capitale polynésienne Élu maire pour la première fois en 1994, l’édile Michel Buillard, figure autonomiste proche de Gaston Flosse puis compagnon du Tapura Huira’atira d’Édouard Fritch, laisse sa place pour la prochaine mandature. Il reste toutefois sur la liste de son héritier Rémy Brillant, directeur général des services, qui a donc la charge de défendre son bilan tout en insufflant une nouvelle vision de la capitale. L’autonomiste devra compter sur plusieurs listes concurrentes, jusque dans sa propre famille politique. En premier lieu, celle de René Temeharo, élu du Tapura Huira’atira -bien qu’il n’ait pas le soutien officiel de son parti- qui joue la division et l’éparpillement des voix chez les partisans de la formation politique d’Édouard Fritch. On y compte aussi une liste du A Here Ia Porinetia de Nicole Sanquer menée par Tehei Boniface Junior et une liste menée par Pascale Haiti-Flosse, qui siège au Tapura Huira’atira à l’Assemblée territoriale mais qui se lance à Papeete sous la bannière « Amui Tatou ». Cette division du camp autonomiste ne bénéficiera toutefois pas au camp indépendantiste, lui-même divisé. En effet, le jeune candidat Temata’i Le Gayic, président du comité local du Tavini Huira’atira, n’a plus le soutien officiel de son parti et de son leader Oscar Temaru, qui lui préfère désormais Tauhiti Nena, deux fois challenger de Michel Buillard, et proche de la victoire en 2020. Cet ancien lieutenant et ministre d’Oscar Temaru dans les années 2000 s’en était éloigné dans les années 2010, jusqu’à oser le grand-écart politique en soutenant Éric Zemmour à la Présidentielle 2022. S’il n’a plus le soutien des anciens de son parti, Temata’i Le Gayic garde toutefois le soutien de Moetai Brotherson : « je suis resté sur la décision du congrès du Tavini Huiraatira durant lequel on a annoncé que le candidat sur Papeete, c'était Temata’i Le Gayic. Ça a été annoncé par Oscar Temaru, président du parti. Donc, je suis resté sur cette information-là. Je pense que c'est un bon candidat qui, depuis justement l'annonce qui a été faite au Congrès, sillonne les quartiers, fait le boulot sur le terrain » avait déclaré le président de la Polynésie en janvier dernier. Au soir du premier tour, le parti indépendantiste saura lequel des deux candidats arrive en tête et emporte avec lui la ligne du parti. Difficile toutefois d’imaginer une fusion des deux listes avant le second tour, tant Papeete concentre les divisions indépendantistes entre jeune et ancienne garde du Tavini. |





















