La Fédération des Chambres d’agriculture et de la pêche du Pacifique (FED-CAPP) est née mardi soir à Paris, au Salon international de l’Agriculture. Au-delà d’une réponse à des enjeux communs et d’un partage des savoir-faire, il s’agira pour les Chambres consulaires de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie et Wallis et Futuna de peser pour aller chercher des financements jusqu’à Bruxelles.
Un « événement historique » selon le ministre de l’Agriculture en Polynésie, Taivini Teai, également chargé aussi des Ressources marines, de l’Environnement, de l’Alimentation, de la Recherche et de la Cause animale. Dans un pavillon des Outre-mer vidé de ses visiteurs, les trois chambres du Pacifique ont donc matérialisé leur union lors d’une nocturne, à laquelle étaient aussi conviés leurs confrères des DROM.
Jean-Christophe Niautou, président de la Chambre calédonienne, a évoqué les « objectifs communs » que portera désormais cette Fédération : « mieux produire, plus produire pour mieux nourrir nos populations et faire en sorte qu’elle soit en meilleure santé sur une génération ». « Pour y arriver, on a décidé de s’unir parce qu’à trois, on est plus fort. On aura une meilleure capacité à négocier la création de projets, à mieux aller chercher des budgets et financements », à la fois dans les « ministères parisiens » mais aussi jusqu’à Bruxelles.
Pour ces trois territoires, les plus éloignés de l’Hexagone et représentant à eux seuls 7 millions de km2 de surface maritime, l’idée est aussi d’aller, « pourquoi pas », vers la création d’un marché commun de « 550 000 consommateurs ». « Nos échanges sont trop réduits » estime en effet Jean-Christophe Niautou, alors que ces trois territoires sont plutôt tournés vers l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis pour l’import-export.
« Nous avons des problématiques locales qui sont les mêmes : une couverture alimentaire très faible -on importe 80% de notre alimentation voire plus à Wallis et Futuna-, des productions locales chaque année en régression, des professionnels agricoles qui vieillissent et un faible attrait pour ces professions » liste encore le président de la Chambre d’agriculture et de la pêche calédonienne, qui évoque aussi le « besoin de mieux nourrir nos populations, face aux problématiques de santé publique ».
« Nous avons énormément de difficultés au niveau de la desserte maritime » a pour sa part rappelé le président de la Chambre de commerce, industrie, métiers et agriculture de Wallis et Futuna, Otilone Tokotu’u. Un double isolement qui accentue l’insécurité l’alimentaire, les pénuries, les tensions sur l’approvisionnement. « D’où l’importance de ce projet, de manière à produire localement, habituer nos enfants à manger sainement à partir des cantines scolaires ». Sur ce sujet, la Nouvelle-Calédonie et Wallis et Futuna regardent de près le « coup d’avance » polynésien, qui vise les 50% de produits locaux dans ses cantines d’ici 2030.
« Nous souhaitons profiter du savoir-faire des uns et des autres pour avancer ensemble » ajoute Otilone Tokotu’u, qui décrit cette Fédération comme une « plateforme sur laquelle on va pouvoir s’appuyer pour monter des projets et aller vers la souveraineté alimentaire ». « Le covid nous a servi de leçon » a renchérit pour sa part le président de la Chambre d’agriculture et de la pêche lagonaire en Polynésie, Thomas Moutame, soulignant la nécessité, encore une fois pour ces trois territoires, d’aller vers la « souveraineté alimentaire » et de « préparer la relève ».
« Pour progresser on doit être ensemble et partager nos connaissances », reprend le ministre polynésien de l’Agriculture qui appelle aussi à « restaurer nos environnements et développer une agriculture résiliente », en passant par la « réappropriation de nos savoirs traditionnels ». « En unissons nos forces, nous affirmons une ambition commune : amplifier la coopération régionale, échanger nos savoir-faire, trouver ensemble les réponses aux défis agricoles et alimentaires qui sont les nôtres, mieux défendre nos intérêts, innover et bâtir des stratégies concertées pour assurer un avenir durable à notre agriculture et notre filière maritime ».
Également signataire de la convention créant cette Fédération des agricultures française du Pacifique, le président de la Chambre nationale, Sébastien Windsor a lui salué la « belle initiative », qui lui rappelle une autre convention signée il y a deux ans entre la Polynésie et La Réunion, dont la base était déjà de « partager un certain nombre de savoirs, les forces de chacun d’entre vous pour permettre à La Réunion de bénéficier de savoir-faire portés dans le Pacifique, et vice-versa ».
« J’appelle de mes vœux que nos chambres soient mieux armées, plus présentes pour soutenir nos agriculteurs sur l’ensemble de nos territoires » a ajouté Sébastien Windsor qui souhaite « que les chambres du Pacifique pèsent » mais aussi « plus de relations avec le reste du réseau ». « L’intégration de vos chambres dans le reste du réseau des chambres d’agriculture (…) permettra d’être plus efficace pour vous accompagner et faire de l’agriculture du Pacifique une agriculture plus forte ».