Le nickel, un enjeu et une industrie en difficulté pour la Nouvelle-Calédonie

Le nickel, un enjeu et une industrie en difficulté pour la Nouvelle-Calédonie

Poumon économique de la Nouvelle-Calédonie, l'industrie du nickel est confrontée à d'importantes difficultés alors que cette richesse, qui représente environ 10% des réserves mondiales, est un enjeu stratégique majeur qui aiguise l'appétit chinois. 

La question du nickel va être « un préalable important à la suite des discussions institutionnelles » en Nouvelle-Calédonie, après le troisième référendum sur l'indépendance dimanche, a souligné mercredi le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu. Il a rappelé que le géant du négoce suisse Glencore, co-propriétaire, avec un opérateur public calédonien détenu par les indépendantistes kanak, de l'usine métallurgique de nickel de Koniambo dans le nord, « a annoncé qu'au mois de juin, il se laissait la possibilité de rester ou de quitter la Nouvelle-Calédonie ».

« Tous les trois ans, Glencore met un milliard de dollars en Nouvelle-Calédonie, on se demande à quel moment il en aura marre », s'interroge un expert calédonien. Or, la fermeture de cette usine, Koniambo Nickel (KNS), symbole du rééquilibrage économique, géographique et ethnique en faveur des populations kanak, serait un véritable séisme. KNS emploie quelque 900 personnes.

Entrée en production en 2013, cette unité, qui exploite un des plus riches gisements au monde, accumule les ennuis techniques, de sorte qu'elle n'a produit l'an dernier que 17 000 tonnes pour une capacité de 60 000 tonnes. Dans une interview fin novembre aux Nouvelles-Calédoniennes, Kristian Straub, président de KNS, a expliqué que le défi était d'atteindre « 3 000 tonnes par mois avec les deux fours » de l'unité, d'ici juin 2022, réfutant le terme « d'ultimatum » de la part de Glencore. 

En cas de retrait du géant suisse, la Chine, qui a du cash et consomme la moitié du nickel raffiné dans le monde, pourrait être sur les rangs. Principal client du nickel calédonien, tant en minerai brut qu'en métal, l'Empire du milieu lorgne sur ses réserves. « La présence de la France dissuade pour le moment la Chine, mais si demain le pays devient indépendant la donne sera différente. Cela dit, le sujet alimente beaucoup de fantasmes, car les Chinois ont déjà sécurisé leur approvisionnement grâce à un partenariat solide avec l'Indonésie », analyse un industriel local.    

Tesla

Opérateur historique du nickel calédonien, la Société Le Nickel (SLN), filiale du français Eramet, est, elle aussi, en mauvaise posture. Déficitaire depuis près de 10 ans et se débattant pour améliorer sa rentabilité plombée par les coûts de l'énergie, la SLN devrait plafonner à une production de 42 000 tonnes de ferronickel cette année, un niveau historiquement faible. « La situation reste préoccupante en Nouvelle-Calédonie. La SLN se trouve à un moment déterminant (...) en attente de décisions cruciales pour mettre en œuvre intégralement son plan de sauvetage », a déclaré en octobre Christel Bories, PDG d'Eramet.

Troisième usine métallurgique du Caillou, Prony Resources (PRNC) semble en revanche tirer son épingle du jeu grâce à sa production d'un nickel peu raffiné, le NHC (Nickel Hydroxyde cake), destiné au marché des batteries des véhicules électriques. L'usine revient pourtant de loin car elle a été au cœur de plusieurs semaines de violences il y a un an, lors de sa vente par le groupe brésilien Vale au consortium Prony Resources, qui mêle intérêts calédoniens (51%), le négociant suisse Trafigura et une compagnie financière. L'opération a bénéficié d'un soutien massif de l'État.

Grâce à un méga contrat de 42 000 tonnes sur 5 à 7 ans, Tesla sera le premier client de PRNC, dont le PDG Antonin Beurrier a récemment assuré avoir « des carnets de commandes pleins ». Mi-novembre, Prony Resources a annoncé la création de 200 emplois et 300 millions d'euros d'investissement d'ici 2024. « L'entreprise fonctionne, ça fait 5 mois qu'on est en résultat positif, on délivre notre feuille de route et notre rôle est d'être le moteur économique du Grand Sud (calédonien) », avait déclaré Antonin Beurrier. D'une capacité maximum de 44 000 tonnes par an, Prony Resources produira 20 600 tonnes de NHC cette année et vise 36 000 tonnes en 2022.

L'exploitation du nickel fournit 24% des emplois du privé directement ou indirectement en Nouvelle-Calédonie, selon des données de l'Isee. La filière compte une vingtaine d'entreprises de tailles inégales qui extraient du minerai pour l'exporter ou le revendre sur place, dont trois sont aussi métallurgistes et possèdent des usines d'envergure mondiale. Ces entreprises employaient 5 960 personnes en 2019, soit 9% de l'emploi salarié privé. Si l'on y ajoute les emplois indirects (5 790) et les emplois induits (3 840), l'industrie minière représentait 15 590 emplois. 

En 2019, les rémunérations brutes des employés de la filière nickel se sont élevées à 32 milliards CFP (267 millions euros), avec une moyenne nette mensuelle de 394 000 CFP (3 300 euros) supérieure d'un tiers au reste du secteur privé du caillou. Les prix du nickel ont doublé depuis 2018, où ils avaient atteint les 10.000 dollars après sept ans d'effondrement. « L'envolée des prix est alimentée par l'appétit de la Chine, très gourmande en métaux pour nourrir à la fois sa reprise économique et sa transition environnementale », explique Bruno Jacquemin, délégué général de A3M, la fédération des industriels français des mines et métaux.