La Polynésie veut un moratoire sur l'exploitation de ses fonds marins

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La Polynésie veut un moratoire sur l'exploitation de ses fonds marins

Dans la continuité des engagements pris auprès de l’ONU et du Forum des îles du Pacifique, le président du Pays veut mettre en place un moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds marins, en ce qui concerne les ressources non stratégiques. Si les défenseurs de l’environnement réclament une interdiction plutôt qu’une suspension des activités, ils reconnaissent le bénéfice de la mise en place rapide d’un moratoire dans un premier temps. Le ministre de la Culture assure que le Pays est opposé à l’exploitation minière des grands fonds marins en Polynésie et qu’il est plutôt enclin à les explorer. Un sujet de notre partenaire Radio 1.

 

C’est un projet de délibération initié par le président Édouard Fritch qui a été soumis à l’avis du Cesec ce vendredi. Il a pour objet d’interrompre toute activité de mise en œuvre de l’exploitation minière des grands fonds marins en Polynésie jusqu’à accomplissement de certaines conditions d’ordre environnemental, légal et social. Pendant les discussions le principe d’un moratoire n’a pas fait l’unanimité, et donne lieu à un avis non qualifié du Cesec. Le président de la Fédération des associations de protection de l’environnement (Fape) s’est abstenu d’adopter l’avis rendu, comme Maximilien Hauata, représentant de l’académie des Marquises et de l’académie pa’umotu.

« Un moratoire c’est déjà très bien, mais on s’inquiète pour la suite »

Pour les défenseurs de l’environnement, c’est une interdiction de l’exploitation minière des fonds marins qu’il faudrait car ils s’inquiètent pour la suite. Comme l’ont fait remarquer plusieurs conseillers, sur le papier et légalement « un moratoire signifie qu’on n’est pas d’accord aujourd’hui mais qu’on le sera après ». Pour Winiki Sage il y a eu suffisamment de dégâts au plan terrestre avec par exemple l’exploitation du phosphate de Makatea. Il aurait préféré une « interdiction de l’exploitation minière des fonds marins » car « les risques sont trop gros pour se permettre de le faire aujourd’hui ». Cette opposition à la destruction du milieu naturel engendrée par une exploitation minière est partagée par le Pays qui précise dans le projet de délibération que ce moratoire sera levé uniquement à condition d’avoir mené les démarches nécessaires à « la protection efficace du milieu marin, à sa restauration » ou que « la compensation des pertes du capital naturel soient garanties ». 

Selon le ministre de la Culture et de l’Environnement, invité à assister aux débats, le Pays est totalement opposé à l’exploitation minière de ses fonds marins. Le choix d’un moratoire serait en accord avec les discussions menées au sein du Forum des îles du Pacifique dont certains membres sont déjà engagés dans l’exploitation minière et ne peuvent donc que la suspendre. La Polynésie serait le premier pays du Pacifique à instaurer une telle règlementation. Le président espère en inspirer d’autres et notamment Kiribati et Nauru. En revanche le Pays est lui aussi favorable à l’exploration des fonds marins, afin d’y répertorier la biodiversité et de renommer différents sites et notamment des monts sous-marins par leurs noms polynésiens.

L’extension du plateau continental reviendrait-il à l’État ou à la Polynésie?

Autre question soulevée lors de la séance, « qui de l’État ou du Pays a la compétence sur les fonds marins concernés ? » Le ministre de la Culture assure que le Pays est compétent en la matière, et le projet de délibération ne concerne en tout cas pas les ressources stratégiques qui appartiennent à l’État. Winiki Sage évoque par ailleurs les discussion autour de « l’extension du plateau continental » entre différentes nations. Elles revendiquent leur droit sur une surface « allant au-delà des 200 miles nautiques ». Cela permettrait à ces pays d’étendre leur zone maritime de « 150 miles ». « Certains semblent dire que cette extension pourrait revenir à l’État, indique Winiki Sage, mais je pense que le Pays va se battre pour cela revienne à la Polynésie ». 

Par Marau Biret pour Radio 1