La flambée des métaux due à la guerre dope Eramet au 1er trimestre

Mine calédonienne de Thiébagi, exploitée par la SLN (crédits SLN)

La flambée des métaux due à la guerre dope Eramet au 1er trimestre

Le groupe minier français Eramet, maison-mère de la SLN calédonienne, a vu son chiffre d'affaires bondir de 65% au premier trimestre et relevé ses prévisions de bénéfice pour l'année, profitant de la flambée des cours des métaux stratégiques accentuée par la guerre en Ukraine depuis la fin février.

Jeudi, le groupe a relevé sa prévision de bénéfice d'exploitation (Ebitda) à plus de 1,5 milliard d'euros pour l'année 2022, contre 1,2 milliard envisagé jusqu'à présent. Cette révision a provoqué une envolée initiale du titre Eramet en Bourse, qui a bondi de près de 4% après l'ouverture des marchés, avant de reculer en milieu de matinée. 

A 11H10, le titre perdait 4,41% à 134,40 euros dans un marché en hausse de 2%. Depuis le 1er janvier, le titre a toutefois gagné plus de 85%. De janvier à mars, un trimestre de l'année pourtant traditionnellement défavorable en termes de production minière, Eramet a réalisé un chiffre d'affaires de 1,38 milliard d'euros contre 838 millions au premier trimestre 2021.

En excluant la filiale de métallurgie aéronautique de pointe Aubert et Duval, ainsi qu'Erasteel et Sandouville, en cours de cession -présentation privilégiée par le groupe (norme IFRS5)- la hausse des ventes au premier trimestre est encore plus marquée: +79%. Le chiffre d'affaires trimestriel selon ce nouveau périmètre est à 1,165 milliard d'euros contre 650 millions l'an passé. La Présidente-directrice générale Christel Bories a aussi souligné la hausse des volumes de production et les « bonnes performances opérationnelles » du groupe, qui sera désormais « recentré sur ses activités mines et métaux porteuses de croissance ».

Eramet exploite des mines de nickel en Nouvelle-Calédonie à travers la SLN et en Indonésie, l'un des métaux phare de la transition énergétique utilisé dans les batteries automobiles, de manganèse dans la mine Comilog au Gabon, et des sables minéralisés au Sénégal, d'où sont tirés des pigments d'oxyde de titane, utilisés dans la chimie, ou du zircon, recherché pour les céramiques.

Le prix du ferromanganèse explose

S'il a confirmé ses objectifs de volume et de production pour le reste de l'année, Eramet a prévenu que l'impact de la hausse des prix de vente sera aussi « partiellement compensé par la forte hausse du coût des intrants, notamment le fret, l'énergie et le coke métallurgique ». Pour la première fois, le groupe a introduit une colonne lithium dans le détail de ses activités, sans avancer de chiffre de production, après l'annonce l'an passé du prochain démarrage de l'exploitation de son gisement argentin.

Dans le domaine des cours, Eramet a détaillé les tendances mondiales sur certains de ses minéraux ou métaux, soulignant par exemple que le ferromanganèse, alliage affiné en Europe, avait vu l'indice de son prix progresser de 100% au cours du trimestre, tandis que le prix des alliages standards (silico-manganèse) progressait de 62% par rapport au 1er trimestre de l'an passé et restait stable par rapport au 4e trimestre 2021.

« Ces variations très favorables devraient pleinement impacter le chiffre d'affaires du 2e trimestre compte tenu du décalage d'un trimestre en moyenne entre l'évolution des prix de marché et celle des contrats de ventes », indique le groupe, qui compte aussi sur la mise en place d'un navire de grande capacité pour le transport du minerai de manganèse afin de réduire ses coûts de transport maritime.

Les cours des alliages de manganèse devraient rester supérieurs à ceux de 2021 compte tenu des contraintes pesant sur les matières premières (taux de fret, prix de l'énergie, mesures sanitaires) et de la « baisse significative » de l'offre en Ukraine, pays producteur de silico-manganèse, indique le groupe.

Pour le nickel, la demande mondiale a progressé au premier trimestre, essentiellement soutenue par la demande accrue pour les batteries automobile des véhicules électriques, malgré un recul de 3,6% de la production mondiale d'acier inoxydable, principal débouché industriel du métal, dû à une chute de production de 10,3% en Chine, premier pays producteur.

Les cours du nickel métal pur (classe 1) au LME à Londres ont progressé de 49% par rapport au 1er trimestre 2021 et de 32% par rapport au 4e trimestre 2021. Quant au prix du ferronickel (classe 2) produit en Nouvelle-Calédonie, il a augmenté de 59% sur le 1er trimestre 2021 et de 27% sur le 4e.

Avec AFP.