La sénatrice de Polynésie Lana Tetuanui a déposé une proposition de loi visant à supprimer l’indemnité d’éloignement des fonctionnaires d’État affectés sur ce territoire. Les syndicats locaux n’ayant pas été consultés dans l’élaboration de ce texte, y sont fermement opposés. Ils demandent au contraire que le principe d’une indemnité d’éloignement soit appliqué aux fonctionnaires originaires de Polynésie qui en doivent sortir pour raison professionnelle. Explications de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
Lana Tetuanui a déposé une proposition de loi au Sénat le 8 août dernier avec une dizaine d’autres sénateurs, provenant en majorité du groupe union centriste auquel elle appartient. L’unique article du texte consiste à supprimer, à compter du 1er janvier 2024, l’indemnité d’éloignement des fonctionnaires d’État envoyés en Polynésie française.
Cette prime, qui représenterait, hors majoration, « cinq mois de salaire brut attribué à chaque séjour administratif d’une durée de deux ans » daterait des années 50 et mériterait d’être « toilettée » estime la sénatrice. « Les fonctionnaires affectés au fenua ne voyagent plus en bateau à vapeur mais en avion » explique Lana Tetuanui qui juge aujourd’hui cette indemnité trop incitative. Sur les réseaux sociaux l’élue membre de la majorité locale explique que son texte est un moyen de « prioriser le retour des fonctionnaires polynésiens au fenua et de favoriser l’emploi local ».
Une logique pas entièrement partagée par les syndicats du pays qui disent ne pas avoir été consultés et le regrettent. Une telle mesure pourrait valoir à la Polynésie un « retour de bâtons » explique Diana Yieng Kow, représentante du Syndicat territorial des instituteurs professeurs et agents de l’éducation publique de Polynésie française (Stip – AEP – Unsa Éducation). Elle rappelle que dans l’éducation comme dans d’autres secteurs de la fonction publique d’État, les compétences et les candidats locaux manquent et la suppression de cette prime incitative pourrait aboutir à des pénuries de personnel.
Étendre l’indemnité d’éloignement aux Polynésiens
Les syndicats alertent également sur le « manque à gagner pour l’économie polynésienne » si le nombre de fonctionnaires d’État affectés à la Polynésie venait à diminuer. Mais aucun chiffre précis n’est évoqué d’un côté comme de l’autre sur le nombre de personnes concernées ou sur les sommes totales que représente cette indemnité.
Du côté de Snetaa-Fo on estime qu’il y a « de plus en plus de cadres Polynésiens et que plutôt que de supprimer cette indemnité vouée à diminuer ont devrait l’étendre aux Polynésiens » qui partent se former dans l’Hexagone. C’est aussi le discours porté par Allen Sanquer également, représentant des fonctionnaires d’État pour Force ouvrière en Polynésie. Pour lui, cette indemnité et l’emploi local, ce sont des sujets différents. Le syndicaliste espère rencontrer la sénatrice et le président du Pays pour parler de réelles mesures pour « faire revenir nos originaires ».
Marau Biret pour Radio 1 Tahiti
Interrogé par Polynésie La 1ère, le député indépendantiste Moetai Brotherson, également président de la Délégation Outre-mer de l’Assemblée nationale, s’est dit réservé sur cette proposition de loi. Il évoque entre autres l’impossibilité d’appliquer ce texte à la seule Polynésie française et, par conséquent, la situation particulière d’autres territoires ultramarins comme Mayotte ou la Guyane, qui pâtiront de cette indemnité attractive.























