Eramet estime pouvoir désormais se concentrer sur son cœur de stratégie, les minerais et métaux de la transition énergétique, après l'accord de cession de sa filiale en difficulté Aubert et Duval à un consortium mené par Airbus et Safran.
Le groupe minier français a annoncé mercredi être sorti du rouge en 2021, bénéficiant notamment de la hausse des cours des matières premières. Le nickel que le groupe produit en Indonésie et en Nouvelle Calédonie et le lithium qu'il se prépare à produire en Argentine, flambent à des niveaux record actuellement sur les marchés mondiaux des matières premières.
L'an passé, Eramet a enregistré un résultat net de 298 millions d'euros après une perte nette de 675 millions d'euros en 2020, liée à des dépréciations d'actifs. Le groupe a aussi réalisé une très légère hausse (+3%) de son chiffre d'affaires, à 3,67 milliards d'euros contre 3,55 milliards d'euros publié en 2020. En réalité, la hausse est beaucoup plus élevée, puisque le chiffre annoncé cette année s'entend déduction faite des activités en cours de cession, comme le permettent les normes comptables.
En intégrant le chiffre d'affaires des trois activités en cours de cession (Aubert et Duval, Erasteel et Sandouville), le chiffre d'affaires total du groupe en 2021 s'est élevé à 4,49 milliards d'euros, indiquent les tableaux publiés. Les mêmes tableaux montrent qu'Aubert et Duval, spécialisée dans les alliages métalliques ultra-performants à destination de l'aéronautique, la défense ou le nucléaire, a accru ses pertes en 2021, à 488 millions d'euros contre 389 millions en 2020.
L'an passé, la rentabilité d'Eramet s'est néanmoins améliorée avec un excédent brut d'exploitation Ebitda, indicateur de référence, qui a doublé à un milliard d'euros contre 516 millions en 2020. Au cours d'une conférence téléphonique, la PDG du groupe Christel Bories a salué une « excellente performance » qui rend le groupe « plus solide » et « prêt à engager une nouvelle phase de croissance ».
« Étape majeure »
En organisant la cession du pilier historique du groupe, Aubert et Duval, Eramet a recentré depuis quatre ans toute sa stratégie sur les métaux comme lithium, cobalt, nickel ou manganèse, critiques pour la fabrication des batteries électriques nécessaires à la mutation du secteur automobile et des transports vers l'électricité.
« L'accord signé en vue de la cession d'Aubert et Duval est une très bonne nouvelle. Pour Aubert et Duval d'abord, qui se voit associée à des acteurs majeurs de l'aéronautique et va retrouver de nouvelles perspectives », a dit Christel Bories. « Pour Eramet, c'est une étape majeure de notre repositionnement : nous recentrons notre portefeuille sur les activités minières et métallurgiques porteuses de croissance durable et nous accélérons les projets de développement dans les métaux de la transition énergétique », a-t-elle ajouté.
Le groupe a aussi annoncé en 2021 la vente de son usine de blocs de nickel de Sandouville (Seine maritime) au géant minier sud-africain Sibanye-Stillwater qui veut lui aussi se développer en Europe pour le marché des batteries. « Nous aurons plus de temps et d'énergie à passer sur des projets de croissance », a estimé Christel Bories, s'estimant « confortée » dans sa stratégie par la « très forte croissance de la demande de métaux critiques pour la transition énergétique » et par « le renforcement des exigences environnementales et sociétales ».
Eramet prépare en particulier le démarrage de la construction d'une usine de lithium en Argentine, en partenariat avec un groupe chinois, tablant notamment sur les prix mondiaux du lithium « en très très forte hausse ». « Nous accélérons aussi notre projet avec BASF pour des sels de cobalt destinés aux batteries », a précisé Christel Bories.
Le groupe, qui avait annoncé fin décembre être victime d'une fraude interne portant sur 45 millions d'euros, au sein de la gestion de la trésorerie de son siège, a indiqué avoir porté plainte contre un ancien employé, depuis licencié pour faute grave. « Ce n'était pas une erreur, c'était intentionnel, la personne faisait un placement non autorisé qu'elle a sciemment dissimulé, et nous avons toutes les raisons de croire que l'objectif était bien un enrichissement personnel », a précisé le directeur financier du groupe au cours de la conférence téléphonique.
Avec AFP.























