Dans « Eiao », le romancier Marin Ledun explore la mémoire encore vive des essais nucléaires français en Polynésie

Dans « Eiao », le romancier Marin Ledun explore la mémoire encore vive des essais nucléaires français en Polynésie

Publié aux éditions « Au vent des Iles », le nouveau roman de Marin Ledun, auteur de polars engagés, nous plonge, entre fiction et réalité, dans la mémoire blessée des essais nucléaires français et de ses ravages en Polynésie Française à travers l’histoire d’amour et d’amitié d’une jeune marquisienne qui s’engage avec une poignée de Marquisiens dans un combat contre un projet nucléaire secret de l’île d’Eiao protégée par l’Unesco. Une œuvre qui s’affirme comme un acte de mémoire, mêlant social, politique et romanesque.

Auteur de nombreux romans noirs, d’anticipation et de polars engagés, Marin Ledun a choisi la Polynésie Française et singulièrement les Iles Marquises comme le théâtre de ses intrigues et les trames de ses histoires. Un territoire rongé par le spectre des essais nucléaires français. Après « Henua », véritable nom de l’archipel des Marquises, et « Hakana », un thriller d’anticipation, roman écologique, politique et social basé sur l’histoire des Iles Marquises, il publie « Eiao ». 

Ce court roman de moins d’une centaine de pages, explore, entre fiction et réalité, la mémoire encore vive des essais nucléaires français dans les Iles Marquises à travers le destin d’une polynésienne embarquée, malgré elle, dans un combat avec une poignée de Marquisiens contre un projet nucléaire secret en 1972, à Eiao, île protégée par l’Unesco. 

Un roman qui se situe au carrefour du roman historique et du drame social

 Quand elle arrive à Eiao, à 19 ans, Simone Hauata pense avoir été embauchée comme cuisinière par une compagnie de forage minier, mais celui-ci cache ses véritables intentions. Très vite, Simone doit déchanter, devant faire face aux conditions de vie particulièrement difficiles, mais également à une tension palpable entre populations locales et nouveaux maîtres du terrain. Bref, une autre face de cette île marquisienne à rebours de l’image de carte postale vantée par les brochures touristiques. 

Cependant, au milieu de cette sombre existence, elle découvre de véritables valeurs humaines comme l’amitié et surtout l’amour. Un amour vivifiant et irradiant qui la pousse à s’engager aux côtés du jeune Tahi, son amoureux et de ses nouveaux amis marquisiens. Un combat qui la dépasse certes, mais tellement porteur d’espérances. Cette histoire d’amour est prétexte pour nous plonger dans l’histoire polynésienne et les ravages causés par les essais nucléaires français.

De ce fait, « Eiao », devient plus qu’une simple toile de fond, mais un personnage à part entière. Il s’inscrit dans la longue tradition de romans qui se situent au carrefour du roman historique et du drame social, d’autant qu’il est richement documenté. De plus, il s’empare du marqueur social et politique pour tisser sa toile romanesque.

Une œuvre presque cinématographique

 L’auteur qui a pris pour habitude d’évoquer dans ses romans les limites du progrès, les crises contemporaines et ses conséquences poursuit dans cette voie et puise dans les drames du passé pour tenter de mettre en lumière certains excès commis au nom de la raison d’Etat. En faisant s’enlacer la fiction et le réel, il utilise son sens du romanesque pour entremêler les trames. Résultat : « Eiao » s’affirme comme une œuvre presque cinématographique qui mérite un certain regard. Une œuvre d’autant plus forte qu’elle est aussi et surtout un acte de mémoire sur un pan douloureux de l’histoire de France. Un ouvrage à mettre entre toutes les mains. 

Marin Ledun sera le 28 mars prochain au Festival « Les Escales du Livre » à Bordeaux et au Festival du Livre de Paris (Stand Au Vent des Iles) le 17 avril lors d’une rencontre en compagnie de l’autrice Alissa Descotes-Toyosaki autour du thème « Voyager en zones interdites : sur les routes de l’atome ».

E.B.

« Eiao »

De Marin Ledun

Edition : Au Vent des Iles 

86 pages