Dans le sillage du renforcement des relations franco-indiennes, illustré par le déplacement d’Emmanuel Macron, certains parcours racontent mieux que des chiffres la profondeur de ces liens. Celui de Lucie Baillif en fait partie. Originaire de La Réunion, elle dirige aujourd’hui depuis Bangalore le développement des talents pour Airbus en Inde et en Asie du Sud. Un chemin qui, rétrospectivement, lui paraît presque naturel : « L’environnement chez Airbus est profondément multiculturel, ça m’a tout de suite rappelé La Réunion. » Pour Outremers360, Lucie Baillif, désormais Head of employee development d’Airbus India & South Asia montre comment la diversité culturelle peut devenir un puissant moteur de leadership.
Le goût de l’ailleurs
Rien pourtant n’était écrit d’avance. Partie dans l’Hexagone pour des études de tourisme, la jeune Réunionnaise connaît des débuts chaotiques et doit rentrer sur son île avant de repartir, déterminée, vers Toulouse. C’est là que tout bascule.
« J’ai découvert Airbus pendant mon stage de Master et je n’en suis jamais partie », confie-t-elle. Quatorze ans plus tard, après une succession de postes dans le domaine des ressources humaines, l’opportunité indienne s’impose. Elle hésite d’abord, notamment pour des raisons familiales, puis finit par céder à l’aventure : « Ça a été comme une évidence. Je voulais vraiment y aller. » Depuis un an et demi, elle pilote une équipe d’une vingtaine de personnes et travaille à attirer, former et fidéliser les talents dans un pays en pleine accélération.
Le pari interculturel de Lucie Baillif
Sur place, le choc culturel est bien réel et profondément stimulant. Lucie Baillif découvre un environnement qu’elle qualifie de « chaos organisé », une agilité permanente qui la séduit autant qu’elle la bouscule.
« C’est une culture qui vit beaucoup au jour le jour… avec une capacité à gérer le last minute que nous avons du mal à avoir en Europe », observe-t-elle. Elle est également frappée par la jeunesse des équipes, « la moyenne d’âge des employés en Inde, chez Airbus, elle est de 31 ans » et surtout par leur appétit d’apprentissage. « Ils ont une soif d’apprendre que je n’ai jamais vue ailleurs », insiste-t-elle, notant qu’« en Europe, il faut parfois se battre pour que quelqu’un suive une formation professionnelle », quand en Inde, «le seul catalogue ne suffit pas ».
Dans ce contexte, son défi consiste à marier deux cultures de travail : préserver l’ADN européen d’Airbus tout en valorisant l’énergie indienne, plus compétitive, en réaffirmant la force du collectif chère au groupe aéronautique.
La Réunion comme boussole
Si l’adaptation professionnelle est rapide, l’aventure reste exigeante sur le plan personnel : son mari est resté à Toulouse. Mais la jeune quadragénaire puise dans ses racines réunionnaises une véritable boussole. « J’ai la chance d’être réunionnaise et d’avoir cette ouverture d’esprit et cette ouverture à l’autre… c’est dans mon ADN », confie-t-elle. Dans les moments de doute, elle s’appuie sur un socle familial solide : « Je sais que je peux compter sur eux, peu importe où je serai dans le monde », dit-elle à propos de son mari, de ses parents et de sa sœur, qui « m’ont donné la force de continuer et d’y arriver ».
Pour elle, La Réunion comme l’Inde rappellent une même évidence : la richesse naît de la rencontre des cultures. À ceux qui hésitent à tenter l’aventure internationale, elle transmet un principe hérité de son parcours : « Il faut toujours essayer, toujours oser y aller. Il y a toujours des solutions, et Pa kapab lé mor san essayé : qui ne tente rien n’a rien. Ça ne veut pas dire que ce sera facile, mais on y gagne forcément quelque chose. Ce qui me fait tenir, et me motive chaque jour, c’est la richesse des personnes que je rencontre, le fait d’apprendre des autres et, si je peux, de leur apporter moi aussi un petit quelque chose pour les aider à grandir et à atteindre leurs objectifs. »
Une ligne de conduite qu’elle suit encore aujourd’hui, convaincue que chaque mobilité est d’abord une promesse d’apprentissage.





















