Mayotte : Les dépenses augmentent au rythme des recettes mais toujours peu d’investissements

© Twitter Anne-Gael Chapuis

Mayotte : Les dépenses augmentent au rythme des recettes mais toujours peu d’investissements

Mercredi 3 novembre, l’AFD dévoilait son 4ème Observatoire du bloc communal de Mayotte qui fait état du bilan de la mandature 2014-2020. Il en ressort que les recettes des communes ont doublé en 6 ans mais que les dépenses ont également suivi le même rythme. Sans pour autant que les investissements ne décollent. Un sujet de notre partenaire France Mayotte Matin.

 

L’Observatoire du bloc communal, né en 2017 à Mayotte, s’adresse aux élus, aux agents des collectivités et à l’ensemble des administrations publiques. Il vise à éclairer les décideurs locaux dans leurs arbitrages financiers en analysant les conséquences des mutations juridiques, institutionnelles et financières en cours. Dix ans après la départementalisation, cette 4ème édition se concentre sur le bilan de la mandature 2014-2020. L’analyse permet à chaque collectivité de se situer par rapport à une moyenne locale mais aussi des autres DOM. Il en ressort qu'entre le début et la fin de la mandature 2014-2020, les capacités financières du bloc communal mahorais ont plus que doublé. Cela qui s’explique surtout par les impacts du processus de départementalisation, comme l’introduction de la fiscalité locale, les révisions de la politique de rémunération des agents ou encore la création des EPCI. 

Des dépenses de fonctionnement toujours très élevées Dans le même temps, les communes ont procédé à de nombreux recrutements ce qui a contribué à l’augmentation des dépenses de fonctionnement. Elles ont également eu recours à de nouvelles prestations externes. Entre 2014 et 2020, il a aussi fallu répondre à la croissance démographique qui implique toujours plus de dépenses dans les services publics. À ce titre, les dépenses ont plus augmenté entre 2019 et 2020 que sur les quatre premières années de la mandature. Les communes ont concentré leurs opérations sur la réfection des routes, les constructions et réhabilitations d’écoles primaires, mais aussi sur la création d’équipements collectifs à vocation sociale et sportive ainsi que l’aménagement d’espaces publics. À quelques mois des élections, il est vrai que les chantiers se sont multipliés aux quatre coins de l’île. Cependant, le rapport constate que de nombreuses politiques publiques peinent encore à être mises en oeuvre. Cela se traduit par d’importants reports de projets d’investissement. Et Yvan Postel-Vinay, le Directeur de l’AFD Mayotte de conclure : « l’un des défis est de pouvoir conserver des marges de manoeuvre sur les dépenses pour financer des investissements. »

Les EPCI doivent aussi accélérer les investissements 

Parmi les nouveautés de cet observatoire, l’AFD a proposé une analyse financière des cinq établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). La mise en place des EPCI a débuté par la structuration des services supports et opérationnels. Le démarrage en investissement n’a réellement eu lieu qu’en 2019 et 2020, avec en moyenne 25 M€ investis en deux ans contre moins de 8 M€ les trois premières années. Entre 2016 et 2020, les EPCI de Mayotte ont disposé de ressources nettement supérieures à leurs dépenses d’investissement. Cela leur a permis de constituer des niveaux de fonds de roulement et de trésorerie très confortables pour envisager sereinement les investissements futurs. Il n’y a plus qu’à.
 

 Un temps d'échanges pour proposer des solutions

Cette journée consacrée à l’observatoire a rassemblé plusieurs maires, des élus communaux et intercommunaux, le sénateur Thani, le Président de l’association des maires ou encore des représentants des services de l’État. Après une matinée consacrée à la restitution de l’Observatoire, l'après-midi s’est focalisé sur « les solutions à mettre en oeuvre pour une organisation plus efficace des services communaux et intercommunaux et une gestion financière à la fois ambitieuse et rigoureuse. » Selon le directeur de l’AFD, Yvan Postel-Vinay, « Pour diversifier et améliorer la qualité de l’offre de service rendu à la population, le bloc communal mahorais doit renforcer ses capacités à tous les niveaux par la réorganisation des services, la formation des agents et l’allocation de moyens plus conséquents au fonctionnement et à l’entretien des équipements publics. » Parmi les solutions, augmenter les bases fiscales pourrait permettre d’apporter des recettes aux communes et aux EPCI. L’assiette fiscale est pour l’heure très déséquilibrée faute notamment de régularisation foncière. L’AFD a également rappelé tous les appuis proposés par l’AFD pour améliorer la situation financière des collectivités.

Pierre Bellusci pour France Mayotte Matin