Mayotte et La Réunion : deux territoires différents, mais chacun confrontés à des fragilités structurelles et des menaces émergentes, selon un rapport du Sénat

Habitat informel à Mamoudzou, Mayotte ©Outremers 360

Mayotte et La Réunion : deux territoires différents, mais chacun confrontés à des fragilités structurelles et des menaces émergentes, selon un rapport du Sénat

Le 8 avril, la Commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du règlement et d’administration générale du Sénat a publié un rapport sur la situation institutionnelle, la justice, la sécurité, l’immigration ainsi que les fragilités structurelles et les menaces relatives à La Réunion et à Mayotte. Outremers 360 vous en propose les principales lignes.

À Mayotte, le passage du cyclone Chido, en décembre 2024, a marqué un véritable tournant. D’une violence inédite, le phénomène a mis à nu les failles de l’archipel et rappelé la vulnérabilité d’un territoire déjà sous pression. Au-delà des dégâts matériels, l’épisode a révélé les limites des dispositifs d’anticipation, pourtant déclenchés conformément aux protocoles en vigueur. Si les autorités ont réagi rapidement, leur action s’est heurtée aux réalités du terrain : densité de population parmi les plus élevées de la région, habitat informel très répandu, infrastructures fragiles. Autant de facteurs qui ont réduit l’efficacité des mesures de protection et compliqué la gestion de crise.

« Le cyclone, le plus dévastateur depuis plusieurs décennies, a entraîné des pertes humaines significatives – 40 décès officiellement recensés, auxquels s’ajoutent 41 disparitions et plus de 4 600 blessés – et des destructions massives, affectant tant les logements que les équipements publics et les réseaux essentiels, pour un total de plus 3 milliards d’euros de dommages », souligne le rapport.

Les problèmes structurels demeurent

En dépit des actions urgentes prises par l’État, les problèmes structurels demeurent : une situation démographique exceptionnelle, alimentée par une pression migratoire difficile à freiner (on compte actuellement de 80 000 à 100 000 étrangers en situation irrégulière), une situation sécuritaire particulièrement préoccupante (le taux d’occupation en octobre 2024 du centre pénitentiaire de Majicavo, seul établissement de Mayotte, était de 238%), et un désordre foncier qui retarde la construction d’infrastructures à la hauteur des défis auxquels fait face l’archipel (100 000 parcelles sont aujourd’hui non immatriculées ou en situation juridique incertaine et 60% du territoire n’est pas couvert par un titre foncier juridiquement incontestable).  

Pour Mayotte, les principales recommandations de la Commission des lois du Sénat sont les suivantes : « Accroître les capacités de rétention des étrangers, en accompagnant la création d’une zone d’attente en mer de la construction de nouvelles places en centre de rétention administrative ; Veiller au respect des engagements gouvernementaux en matière d’accompagnement et de financement des infrastructures indispensables au développement et au fonctionnement des services publics ; (…) Instaurer un régime d’assujettissement à la taxe foncière différencié et transitoire pour lever les freins à la régularisation des titres de propriété ».

En ce qui concerne La Réunion, elle est souvent perçue, au sein des Outre‑mer, comme une région relativement préservée et bénéficiant d’une image globalement positive. Cette réputation ne doit toutefois pas masquer l’apparition de nouvelles menaces susceptibles d’affecter la cohésion sociale et l’ordre public. Longtemps épargnée par des formes de violence déjà observées dans l’Hexagone ou dans d’autres territoires ultramarins, l’île se trouve désormais confrontée à un risque tangible de dégradation de sa situation.

En priorité, l’expansion du narcotrafic qui nécessite une réponse étatique renforcée et mieux coordonnée. « Au-delà de sa situation géographique, qui en fait un carrefour maritime et aérien au sein de l’océan Indien en proie à une multiplication des flux illicites, le territoire de La Réunion suscite l’intérêt des réseaux de trafiquants opérant dans l’Hexagone. (…) L’aéroport Roland Garros est ainsi devenu une cible privilégiée pour les réseaux criminels. Aussi les interpellations de « mules » ont-elles connu une progression de l’ordre de 300% ».

Nouvelles formes de conflictualité

Les affrontements entre bandes et les violences urbaines s’ajoutent désormais aux tensions qui traversent l’île. Depuis plusieurs années, La Réunion voit émerger de nouvelles formes de conflictualité dans l’espace public, révélatrices d’un climat social qui se durcit. Parallèlement, les violences intrafamiliales constituent un phénomène massif et profondément ancré dans le territoire. Elles exercent une pression considérable sur l’ensemble de la chaîne judiciaire et pénale, ainsi que sur les structures d’accompagnement des victimes : elles représentent à elles seules 40% de l’activité du tribunal et 80% de celle de la permanence du parquet.

Pour La Réunion, les préconisations du rapport sont, entre autres : « Intensifier les contrôles aux différents points d’entrée de la drogue en augmentant les moyens humains et matériels des douanes ; Professionnaliser les filières en dotant La Réunion en effectifs d’enquêteurs et de magistrats spécialisés dans la lutte contre la criminalité organisée ; Renforcer l’arsenal administratif de lutte contre les troubles à l’ordre public résultant des violences entre bandes, via l’introduction de leviers plus directs et dissuasifs (suspension des allocations familiales, renforcement des capacités d’expulsion locative) ».

PM