Le Président de l'ESS France Benoît Hamon voit dans l'ESS un levier structurant pour répondre aux défis économiques et sociaux à Mayotte

© CRESS Mayotte

Le Président de l'ESS France Benoît Hamon voit dans l'ESS un levier structurant pour répondre aux défis économiques et sociaux à Mayotte

La place de l’économie sociale et solidaire, son poids réel dans la richesse nationale et ses perspectives de développement ont été au cœur des échanges avec Benoît Hamon, président d’ESS France. À Mayotte, il défend un modèle encore sous-exploité, qu’il estime particulièrement adapté aux enjeux économiques et sociaux du territoire. Détails avec notre partenaire France-Mayotte Matin. 

 

France-Mayotte : Que représente l’économie sociale et solidaire (ESS) en France ? 

Benoît Hamon : C’est à peu près 10 % de la richesse française, du PIB. C’est 2,7 millions d’emplois, y compris les 4 000 emplois à Mayotte. C’est à peu près un emploi sur six dans le privé à Mayotte. C’est à peu près dans les mêmes ordres de grandeur qu’en Hexagone. C’est une économie que l’on voit au travers du secteur associatif, des emplois tournés vers l’intérêt général, mais pas que, puisque tout le secteur coopératif est dans l’économie sociale et solidaire. Vous avez des coopératives de pêcheurs, agricoles, de commerçants… c’est de l’ESS. Tout le secteur de la mutualité, que l’on connaît bien. 

FMM : Mettre les subventions dans les 10 % de la richesse interroge beaucoup à Mayotte ? 

Benoît Hamon : Il importe de regarder les grands agrégats financiers. La Cour des comptes a dit en septembre 2025 : on va prendre un peu de recul par rapport à toutes ces aides aux entreprises, dont les subventions aux associations. La Cour des comptes montre que, sur les 211 milliards d’euros que la France transfère aux entreprises, seulement 7 % vont aux en- treprises de l’ESS. Or, l’économie sociale et solidaire, c’est 14 % de l’emploi privé. Nous surperformons en emploi alors que nous sommes moins aidés. Dans nos imaginaires, il y a toujours une économie parasitaire qui vivrait sur les subventions, quand une autre serait fondée sur l’innovation, la créativité, le génie de ces chefs d’entreprise. La réalité aujourd’hui, c’est qu’en dépit de l’innovation qui existe aussi bien dans l’ESS que dans l’économie conventionnelle, l’ESS est moins aidée. On parle beaucoup de souveraineté nationale. L’industrie de défense, l’année dernière, c’était 40 milliards d’euros de chiffre d’affaires. La coopé- ration agricole, c’est 105 milliards d’euros. Si j’ajoute toutes les coopératives, c’est 360 milliards d’euros. Ça produit de l’économie sur le territoire, de l’emploi et de grands services. Cette économie est particulièrement adaptée aux territoires qui ont des enjeux de souveraineté économique. Je suis venu à Mayotte pour discuter avec les acteurs économiques et les élus de la stratégie de développement que nous pouvons avoir sur ce territoire. 

FMM : Que pensez-vous des acteurs économiques de Mayotte ?

Benoît Hamon : Il y a des atouts absolument considérables sur ce territoire. Il y a des possibilités de structurer des filières industrielles qui ne le sont pas. Prenez la question de la gestion des déchets. Si on les réemploie, ça devient une richesse. La structuration de la filière, c’est en soi un des domaines de grande expertise de l’ESS. Autour du tourisme social, du tourisme vert, autour de l’exploitation des énergies renouvelables ou des énergies citoyennes, il y a d’incroyables potentiels de développement sur ce territoire. Je perçois énormément d’opportunités sur ce territoire. Les gens que j’ai rencontrés m’ont bluffé les uns après les autres par leur clairvoyance, leur lucidité et leur capacité à fabriquer des solutions. 

FMM : Vous avez rencontré le préfet de Mayotte, qu’est-ce que vous pouvez nous en dire ? 

Benoît Hamon : La France va adopter une stratégie nationale de l’ESS. Nous avons discuté avec le préfet pour que Mayotte puisse être le département pilote en termes de structuration de l’ESS dans les années à venir. On a une Chambre de l’ESS très solide sur le territoire. Je pense qu’on a là une belle occasion de se retrousser les manches pour tirer les choses vers le haut. FMM : Avez-vous prévu de revenir à Mayotte ? B.H. : J’ai été invité par le Département à revenir pour la conférence régionale sur l’ESS. Il n’y a pas de raison que je ne revienne pas. C’est pour nous important d’assurer une présence, même si je ne ferai pas la moitié du travail que fait la Chambre régionale de l’ESS, qui fait un travail remarquable. Est-ce que les Mahorais savent que leur chambre régionale de l’ESS a été citée en modèle de bonnes pratiques par le Conseil de l’Europe ? Qu’aujourd’hui, elle est la CRESS, un outil que l’on ne trouve nulle part ailleurs, de préfinancement des fonds européens. 

Par France-Mayotte Matin