Le modèle économique des stations-services à La Réunion va t-il être obligé d'évoluer?

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Le modèle économique des stations-services à La Réunion va t-il être obligé d'évoluer?

Sur le territoire Réunionnais, les stations-services se montrent être un secteur favorable à l’emploi, en raison de leur mode de fonctionnement légèrement différent de celui observé en Hexagone. Une politique de prix encadrés par l’État, ainsi qu’un rôle de boutique de proximité, font de ces enseignes des établissement pérennes, mais ses perspectives à 2035 pourraient être largement modifiées, selon une enquête de l’Institut d'Émission des Départements d’Outre-Mer.
 

Le réseau réunionnais de distribution des carburants se différencie de celui de la France métropolitaine par la fixation par les pouvoirs publics d’un prix maximum, une densité de stations-service plus élevée et un modèle privilégiant l’emploi. Les stations-service de l’île emploient ainsi 10 salariés en moyenne par station, contre un peu moins de 6 en métropole. Un modèle de distribution rendu possible grâce à une marge commerciale relativement plus élevée, malgré un excédent d’exploitation relativement proche de celui observé dans des stations traditionnelles dans l’Hexagone.

En 2020, quelque 1 300 salariés travaillent dans les stations-service de La Réunion, soit 6,4 % des salariés du secteur du commerce de détail. Ces stations-service comptent 10 salariés en moyenne par station, contre un peu moins de 6 salariés en moyenne en France entière. Les stations-service de Guyane et de Guadeloupe emploient environ 7 salariés en 2020, alors que celles de la Martinique affichent un effectif moyen de 9,5 salariés par station.
Cet écart s’explique par des modèles de distribution des carburants très différents entre La Réunion, mais également l’Outre-mer, et la France métropolitaine. Dans les Départements d’Outre-mer, les prix des carburants sont administrés. La marge commerciale de détail est fixée par décret et tient compte du maintien de l’emploi de pompistes dans les stations-service. 

Cependant, la transformation de la mobilité des Réunionnais, à l’image de la récente ouverture de la première ligne téléphérique de Saint-Denis, mettant en exergue l’essor de la mobilité électrique, ou encore la perspective d’une interdiction de la vente de véhicules à moteur thermique à l’horizon de 2035, devraient bouleverser le modèle économique des stations-service.

D’ici 2035, les projections de l’IEDOM indiquent une baisse de 10 % à 33 % des ventes de carburants par rapport à 2019, selon la pénétration des véhicules électriques dans le parc de La Réunion, anticipé entre 20 % et 40 %. Le maillage territorial en stations-service de l’île va donc évoluer au cours des prochaines années.
De plus, le souhait de la Commission européenne d’interdire la vente de voitures neuves à moteur thermique à partir de 2035 va accélérer la transformation de la mobilité des Réunionnais, et nécessairement questionner la viabilité financière des stations-service à moyen terme.

Un avenir troublé mais aux opportunités possibles pour le territoire qui compte l’un des réseaux les plus denses de France, avec 159 stations-service en 2021, soit un peu plus de 6 stations pour 100 km² contre un peu moins de 2 pour 100 km² en France entière.
Si l’on considère que les stations-service ne seront plus incontournables pour recharger un véhicule, le cabinet de conseil et de recherche en énergie Delta-EE, estime que les lieux de recharge vont se décentraliser pour investir en priorité les emplacements de stationnement de longue durée : le domicile des ménages, leurs lieux de travail, ou encore des lieux de loisirs et de vie.
 

Dans ce contexte et face aux projections d’évolution des ventes de carburants, les stations-service vont devoir se transformer, en proposant des sources d’énergie décarbonées et des services adaptés aux populations ayant un besoin régulier de recharge. Elles pourraient également devenir des lieux de mutualisation des nouvelles formes de mobilité, tels que des stations d’autopartage ou des hubs de vélos électriques, par exemple.
Enfin, d’après l’IEDOM, la boutique constituera une source de revenus plus cruciale encore à l’avenir, tandis que certaines stations devront vraisemblablement se réinventer en « centre de services ».

Damien CHAILLOT