Face à la « crise profonde à Mayotte », le CESE demande au gouvernement « de reprendre le projet de loi pour un développement accéléré » de l’île

Face à la « crise profonde à Mayotte », le CESE demande au gouvernement « de reprendre le projet de loi pour un développement accéléré » de l’île

Dans une déclaration, le Bureau du CESE demande au gouvernement de reprendre le projet de loi pour un développement accéléré de Mayotte, qui « connaît une situation de grande tension depuis des années ».

« Cette crise profonde intervient alors que les inégalités sociales, d’accès à l’emploi, aux droits, à la santé ou à de nombreux services publics, génèrent un sentiment d’abandon qui engendre des risques de débordement et de blocage, tout en exacerbant les violences » constate le Bureau du CESE dans cette déclaration déposée ce mercredi.

Pour le CESE, « le rétablissement de la sécurité est un préalable à la relance de la vie économique et sociale » et « au-delà des évènements des dernières semaines, c’est l’égalité républicaine entre les citoyennes et citoyens et l’état de droit sur l’ensemble du territoire qui doivent être respectés ». « C’est donc l’investissement de l’État à long terme, au service d’un développement durable de l’île, qui doit être recherché » ajoute-t-on.  

Pour ce faire, le gouvernement doit « reprendre le projet de loi pour un développement accéléré de Mayotte » selon le CESE. « Ce texte initié en mars 2021, a été conçu à partir de remontées du terrain » rappelle-t-on. « Pendant plus d'un mois, 1 600 personnes ont participé aux forums, séminaires thématiques et audiences organisés en tous points du territoire, sans compter les contributions écrites. En formulant plus de 780 propositions, les élus, chefs d'entreprise, responsables associatifs, syndicats, citoyens ont tracé un chemin ». 

Appelant à « une reprise des travaux législatifs, en lien avec les élus, en vue de la mise en œuvre rapide d’une loi de développement pour Mayotte, avec des moyens définis et selon un échéancier clair afin qu’ils puissent faire l’objet d’évaluations régulières », le CESE souhaite que ces travaux reprennent « cinq axes prioritaires ». On cite : « augmenter significativement les moyens humains et budgétaires consacrés à Mayotte pour répondre au défi démographique » ; « faire de l’éducation et de la protection de la jeunesse une priorité absolue » ; « porter l’offre de soins et les prestations sociales au niveau des besoins » ; « accélérer la construction de logements et d’équipements publics » et enfin « mieux assurer la protection de l’environnement ». 

Sur le défi démographique, le CESE demande une « réévaluation des bases démographiques de l’INSEE afin d’aligner les dotations budgétaires correspondantes ». « La croissance de la population est particulièrement dynamique et celle-ci devrait doubler voire tripler dans les 30 ans à venir » explique le CESE, qui réclame « des moyens conséquents (…) au rattrapage socio-économique conformément aux engagements de la loi de programmation du 28 février 2017 relative à l'égalité réelle Outre-mer ».

Sur l’éducation, le CESE appelle à « rattraper le retard important dans la construction d’écoles, de collèges et de lycées pour scolariser tous les élèves dans de bonnes conditions », et « de soutenir les services sociaux et les associations qui font un travail de prévention important auprès des jeunes ». « Les structures d'accompagnement et d'éducation populaire ont besoin d’un renforcement des moyens humains et financiers pour aller vers les publics éloignés et contribuer à la création du lien social », ajoute le CESE, qui souhaite aussi la mise en place de formations professionnelles adaptées au territoire et permettant l’accès à l’emploi. 

Sur la santé, le CESE demande des « personnels supplémentaires dans de nombreuses spécialités » au CHM ainsi que la révision de revoir ses infrastructures et son accessibilité. « Des moyens importants sont consacrés aux évacuations sanitaires alors que l’offre doit être davantage disponible sur place et accessible au plus grand nombre, notamment grâce au réseau de dispensaires » estime le CESE. L’institution demande aussi un alignement des conditions d’accès et des niveaux des prestations sociales, « pour lutter plus efficacement contre une pauvreté cinq fois plus élevée que dans l’Hexagone », et à une « gestion de plein exercice » de la Caisse de Sécurité sociale de Mayotte. 

« Mayotte est à un tournant historique » estime encore le CESE qui craint un aggravement des difficultés actuelles « si ces investissements ne sont pas engagés ». « Le CESE appelle à une grande mobilisation des pouvoirs publics pour relever ces défis » ajoute l’institution.