À Mayotte, plus de 7 000 tonnes d’acier sont importées chaque année. Ce métal est très prisé, notamment dans le secteur du BTP grâce à sa résistance au poids et aux températures. Néanmoins, des augmentations de taxe le rendent de plus en plus inaccessible sur un territoire où les chantiers se multiplient. La crise sanitaire aura eu le don de remettre sur la table l’éternelle problématique de la vie chère. Explications de notre partenaire France Mayotte Matin.
Le prix du fret a explosé à la faveur de compagnies maritimes qui font un peu la pluie et le beau temps à l’échelle mondiale. Si l’on y ajoute le jeu de l’offre et de la demande, l’inflation est partout, à commencer dans le prix des matières premières. Les granulats, le ciment, l’acier... Les prix deviennent vertigineux, particulièrement pour l’acier. Si le ciment a pris 15% sur le territoire, alors que 100 000 tonnes sont importées chaque année, l’acier s'est envolé avec 63% d’augmentation entre octobre 2020 et juin 2021.
Durant cette période, la hausse du cours des matières premières atteint 47%. Si l’on y ajoute le fret, on atteint donc 63,5%. En 10 ans, le prix de ce métal a tout simplement doublé à Mayotte. Car d’autres facteurs contribuent à son prix devenu excessif, à commencer par l’octroi de mer. Les entreprises qui importent de l’acier sont assujetties à cette taxe régionale qui pour ce produit est fixée à hauteur de 2,5% du chiffre d'affaires.
Des hausses qui se répercutent à tous les étages
L’octroi de mer a pour objectif premier de protéger la production locale au dépend des importations. Mais lorsque la production locale est inexistante, cette taxe n’a finalement pour seule vocation que de renflouer les caisses des collectivités, à savoir le département et les communes. Sur le dos des entreprises diront certains.
C’est le cas de l’acier, mais aussi des véhicules et de tant d’autres produits que l’on ne fabrique pas sur l’île. Évidemment, toutes ces taxes et ces augmentations se répercutent à tous les étages. Les entreprises qui importent doivent réduire leur marge tout en augmentant les prix. Les entreprises qui construisent augmentent les factures. Dans le cas des marchés publics, ce sont au final les contribuables qui paient l’addition.
D’autant qu’un troisième facteur s’ajoute et non des moindres. Depuis 2018, l’Union européenne a mis en place des mesures de sauvegarde définitives dans le cadre de l’importation de produits sidérurgiques depuis des pays tiers. Objectif : « protéger la sidérurgie européenne » qui, dans les faits, ne représentent plus grand-chose au niveau mondial.
L’île lourdement impactée par les quotas européens
Cette procédure de sauvegarde, qui devait être provisoire, est devenue définitive à compter du 31 janvier 2019. Les opérateurs industriels européens sont dorénavant soumis à des quotas d’importation de matières premières. Dès lors que ces quotas sont dépassés sur la période considérée, les entreprises locales qui importent du ciment ou de l’acier, doivent payer un surplus de taxe douanière de 25% sur la valeur coût et Fret des matières premières importées.
La prise en compte des contingents autorisés se fait à date de réception de la marchandise au Port de Longoni, et non pas à la date de commande. Mayotte étant un territoire insulaire, les délais de réception d’une commande d’aciers sont passés de 2,5 mois à près de 6 mois, avec comme corollaire l’impossibilité de prévoir la disponibilité ou non de quotas au jour de la réception de la marchandise.
C’est ainsi que des conteneurs restent plusieurs semaines au port pour éviter de payer cette taxe qui encore une fois se répercute à tous les étages. Sur un territoire où les chantiers se multiplient, les entreprises du BTP demandent à l’État de réagir, notamment en encadrant le prix du fret. Par ailleurs, les quotas européens pourraient être supprimés, au moins pour les territoires insulaires qui se retrouvent extrêmement pénalisés.
Pierre Bellusci pour France Mayotte Matin























