Santé : que contient exactement le « projet de faculté de médecine de plein exercice aux Antilles et en Guyane » ?

©Université des Antilles

Santé : que contient exactement le « projet de faculté de médecine de plein exercice aux Antilles et en Guyane » ?

Le 17 mars 2022, Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé et Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, annonçaient la création du deuxième cycle de formation des études de médecine dans les Antilles et en Guyane pour septembre 2023. Dans cette optique, les conditions de mise en place de cette offre avaient fait l’objet d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR). Mais quelles sont les modalités précises de cette étude, mise en ligne le 5 avril de cette année ? Outremers 360 s’est penché sur la question.

 

C’est un volumineux et très détaillé rapport de 124 pages intitulé « Le projet de faculté de médecine de plein exercice aux Antilles et en Guyane », que la plupart des médias ont ignoré. Il est pourtant particulièrement intéressant sur des thématiques comme celles des besoins de santé, du déficit en médecins spécialistes, de la nécessité de modernisation de l’offre de soins et de formation, des caractéristiques du projet de second cycle, des adaptations réglementaires nécessaires, etc.

Même si des améliorations ont eu lieu, l’étude estime que « Le constat à ce jour est donc celui d’une inégalité et d’une carence : inégalité de traitement des étudiants de ces trois territoires qui voient leurs chances de réussite amoindries par les ruptures et l’éloignement ; carence préjudiciable à ces territoires en termes de démographie médicale, et donc de qualité et de couverture des soins ». Après avoir détaillé ces divers manquements dans une première partie, l’IGAS et l’IGESR concluent logiquement qu’une faculté de médecine de plein exercice aux Antilles et en Guyane « est une nécessité pour les étudiants et la population, attendue de longue date ».

Quels sont donc les contours du projet préconisé par les deux institutions ? On l’a vu, il consiste d’abord à démarrer un deuxième cycle réparti sur les trois sites des Antilles-Guyane, c’est-à-dire la quatrième année de médecine, à la rentrée universitaire 2023. La cinquième année serait ouverte en 2024 et la sixième en 2025 pour une première promotion accédant à l’internat à l’automne 2026. Toutefois, le rapport « considère comme un préalable à la réussite d’un tel projet que les trois territoires demeurent durablement solidaires pour y participer, sauf à ne plus disposer ni de la taille critique ni du vivier de recrutement nécessaires. (…) Elle recommande donc, dans le cadre conventionnel de l’autonomie universitaire, qu’un dialogue renforcé soit formalisé et organisé entre les trois sites. »

En ce qui concerne l’accompagnement, le projet préconise qu’il soit poursuivi dans le cadre du prochain contrat quinquennal (2022-27) des deux universités Antilles et Guyane, à hauteur de 15 postes de médecins hospitalo-universitaires (HU) titulaires et complété par 15 nouveaux postes de chefs de clinique, soit deux fois trois postes par an, répartis sur les trois sites en poursuivant le rééquilibrage de la Guyane. « Le nombre de postes de HU titulaires pourra ainsi être porté de 45 à 60 et celui des chefs de cliniques pourra être doublé, de 16 à 31. Le rôle des chefs de clinique est déterminant dans l’encadrement des internes et externes, mais aussi dans les soins et la recherche, libérant du temps pour les HU titulaires ». Les auteurs de l’étude considèrent que cet accompagnement doit être effectué dans le cadre d’une enveloppe dédiée, en dehors des enveloppes nationales de créations de postes prévues dans le cadre du « Ségur de la santé ».

Pour finir, le rapport prône des mesures d’accompagnement financier des étudiants dans le droit commun des études médicales. Comme pour les internes, il recommande d’appliquer aux externes les mêmes majorations de rémunération Outre-mer, soit 20% pour les Antilles et 40% pour la Guyane, et de rattacher les externes à un établissement unique dans chaque région (CHU aux Antilles et CH de Cayenne en Guyane). Ces derniers devront prendre en charge les billets d’avions vers l’Hexagone ou liés au parcours de formation aux Antilles et en Guyane. « D’autres mesures d’aide au logement devront être mises en place, avec d’autres partenaires dont les collectivités territoriales, l’Agence de l’Outre-mer pour la mobilité (LADOM) ou les CROUS », détaille le document.

PM