Salon de l'Agriculture 2022 : Les Plans Alimentaires Territoriaux, un nouveau outil pour l'autonomie alimentaire en Outre-mer ?

© DR

Salon de l'Agriculture 2022 : Les Plans Alimentaires Territoriaux, un nouveau outil pour l'autonomie alimentaire en Outre-mer ?

Dans sa volonté d'accompagner le grand enjeu agricole des territoires ultramarins à savoir l'autonomie alimentaire, l'ODEADOM, l'office de développement de l'économie agricole d'Outre-mer a organisé le mardi 1er mars sur la place actuelle des filières économiques dans l’élaboration des Plans Alimentaires Territoriaux (PAT) en Outre-Mer. 

 

Dans des territoires dépendants des importations, la crise Covid a montré l'intérêt de la production locale dans le système agricole des Outre-mer. Développer la production locale pour assurer l'autonomie, c'est le leitmotiv de l'ODEADOM comme l'a souligné Joël Sorrès, président du conseil d'administration.  « L'objectif est de produire plus mais aussi mieux  avec la possibilité d'ancrer des cultures très diversifiées».  Et pour parvenir à cet objectif, l'ODEADOM mise notamment sur l'élaboration des plans alimentaires territoriaux. 

Joel Sorrès, Président du Conseil d'administration de l'ODEADOM

Lancés depuis 2016, les plans alimentaires territoriaux visent à favoriser la relocalisation de l'agriculture tout en développant une alimentation durable et de qualité accessible à tous.  En Outre-mer, l'émergence des plans alimentaires territoriaux est promue depuis le livre bleu Outre-Mer de 2018. Aujourd’hui de nombreux projets sont en développement dans plusieurs départements. « Les PAT sont des outils qui se développent en France entière avec une forte dynamique en Outre-mer», a précisé Jacques Andrieu, directeur de l'ODEADOM.

Pour Sophie Brocas, directrice générale des Outre-mer, les plans alimentaires territoriaux constituent une voie d'avenir pour le monde agricole. « Nous croyons que c'est un accélérateur de l'autonomie alimentaire. La crise covid a montré la fragilité des îles avec une flambée des prix. C'est une voie d'avenir qui suppose un rapprochement des agriculteurs, des élus et de  la population. Les Plans Alimentaires Territoriaux (PAT) peuvent participer à augmenter le taux de couverture des besoins locaux ,qui est encore faible en Outre-mer. Le PAT doit venir compléter ces filières d'alimentation en permettant par exemple d'organiser les circuits de distribution», a-t-elle souligné en ouverture de ce colloque. 

Table ronde du colloque de l'ODEADOM au Salon international de l'Agriculture © DR

Yannick Bock - qui a travaillé sur l'un des plans alimentaires territoriaux de la Guadeloupe le PAT  Nord-Grand Terre LizinSantral - est convaincue par la mise en place de tels projets. «  Le Nord Grand- Terre est un territoire fortement rural. Il occupe environ 38% de la surface agricole de la Guadeloupe.  Notre PAT se tourne vers une ambition agro-économique avec la construction d'un atelier de transformation agro-alimentaire qui desservira trois cuisines centrales, Pour cela, nous nous sommes entourés de l'ensemble des acteurs du développement agricole». 

De son côté, le maire de Petite-Ile à La Réunion Serge Hoarau rappelle également le rôle des collectivités locales comme les communes dans cette transition agro-alimentaire. « Notre objectif à La Réunion est de lutter contre les importations. Le PAT peut nous permettre de produire plus et favoriser le bien manger ». Sur le territoire de La Réunion, les PAT sont majoritairement à l'initiative des communes.

Mais dans des territoires ultramarins marqués par une surface agricole limitée du fait du caractère insulaire, des échanges alimentaires déséquilibrées, certains représentants des filières interprofessionnelles ont souligné leurs inquiétudes quant à la mise en oeuvre de ces plans alimentaires territoriaux portés par des collectivités locales.  Ils craignent notamment que ces outils déstabilisent certains secteurs en cours de structuration, ou encore de retards plus longs dans les délais de paiement. 

Bernard Bernard Sinitambirivoutin, Président du comité filières végétales diversifiées au sein de l'ODEADOM a souligné que « sur les territoires ultramarins,  les organisations interprofessionnels ont un rôle essentiel dans l'élaboration des PAT.  Il sera nécessaire d'évaluer les besoins des interprofessionnels pour voir comment les PAT complètent ces besoins»

Jacques Andrieu, directeur de l'ODEADOM a insisté sur l'implication de tous les acteurs et particulièrement des filières interprofessionnelles. « Les PAT sont des outils qui se développent en France entière avec une forte dynamique en Outre-mer. Les inquiétudes exprimées montrent une peur que cela se passe sans eux. Je crois que lors de ce colloque, on a pu montré que les PAT  ne pourraient se  développer sans eux. Les filières interprofessionnelles sont attendues aussi pour être des parties prenantes de ces projets alimentaires. Notre rôle à l'ODÉADOM est de les ramener à se rapprocher  de ces projets alimentaires territoriaux qui se montent et à faire du lien». Au 1er janvier  2022, 12 plans alimentaires territoriaux ont été labellisés en Outre-mer. Un nombre qui pourrait évoluer car d'autres labellisations sont en cours.