Rien ne laissait présager que les trajectoires politiques de Frédéric Potier et Frédéric Montlouis-Félicité se croiseraient autour de l’œuvre de Romain Gary. Et pourtant, c’est bien la littérature qui réunit aujourd’hui ces deux figures engagées, chacune à sa manière, dans les grandes questions de société. D’un côté, Frédéric Potier, Haut fonctionnaire, Délégué général de Régions de France, ancien conseiller technique Outre-mer du Premier Ministre ( Manuel Valls, Bernard Cazeneuve) romancier et essayiste s’est illustré notamment sur le dossier de Nouvelle-Calédonie, où il a mené une médiation délicate pour favoriser le dialogue politique. De l’autre, Frédéric Montlouis-Félicité, officier, dirigeant du think tank l’Institut de l'entreprise, entrepreneur, auteur, fondateur et dirigeant des éditions L'Éclaireur, il a co-rédigé en 2023 avec Pierre Égea un rapport sur l’évolution institutionnelle des Outre-mer, remis au président de la République le 7 janvier dernier. Pour Outremers360, tous deux ont accepté de nous raconter comment la littérature s’est imposée comme un fil rouge dans leurs parcours, jusqu’à faire se croiser leurs chemins autour de Romain Gary.
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La rencontre entre Frédéric Montlouis-Félicité et Frédéric Potier, s’est concrétisée autour de la réédition de Lettre à l’éléphant de Romain Gary. Frédéric Montlouis-Félicité raconte : « Il se trouve que j’avais lu, quelque temps auparavant, un texte que Frédéric Potier avait écrit sur Romain Gary. Ce texte m’avait frappé par la justesse de son analyse et par la sensibilité avec laquelle il abordait l’œuvre de Gary. Frédéric Potier a, à mon sens, une véritable fibre littéraire, une sensibilité assez rare, qu’on ne s’attend pas forcément à retrouver chez un haut fonctionnaire. Je l’ai donc sollicité, un peu de façon inattendue, pour écrire la postface de « Lettre à l’éléphant ». Ce n’est pas courant qu’un préfet écrive sur Gary. Sa contribution éclaire avec beaucoup de finesse l’originalité et la puissance de Gary sur les questions de protection animale, de nature, mais aussi, plus largement, sur sa vision profondément humaniste. »
Cette collaboration reflète leur volonté commune de conjuguer engagement politique et réflexion littéraire, comme le souligne Frédéric Potier : « J’ai largement rédigé cette postface à Nouméa, alors que j’étais en mission fin mai, à la demande du Président de la République, avec deux autres collègues, pour instaurer un dialogue politique et contribuer à l’apaisement ainsi qu’à la recherche d’un compromis. Ce texte de Romain Gary m’a accompagné tout au long de cette période, car Gary défend profondément cette idée de liberté, cette idée de dignité humaine, au-delà même des idéologies et des préjugés que l’on peut avoir sur les uns et les autres. Le lien est là : dans le recul face aux dogmatismes, dans le refus du prêt-à-penser, dans le rejet des solutions de facilité, et dans une sensibilité très forte aux conséquences de l’action humaine sur le vivant en général. Travailler sur ce texte, le relire dans un moment où nous cherchions à rétablir le dialogue entre des mouvances politiques en conflit, dans un climat de grande tension et de violence, a été pour moi une expérience particulièrement inspirante. »

Lorsqu’on lui demande quel rôle la littérature peut encore jouer aujourd'hui, Frédéric Potier évoque l’importance de l’écriture : « qui permet de penser, de s’évader, de dépasser les images toutes faites et les représentations figées, pour tenter de construire quelque chose qui rassemble. Ce que je trouve fascinant dans l’écriture de Romain Gary, c’est justement cette magie : elle reste incroyablement accessible aujourd’hui, y compris pour des publics très divers. Des jeunes, des enfants peuvent s’y retrouver, tout comme des personnes en quête de réflexion plus philosophique. Chez Gary, il y a cette alchimie unique entre la poésie romanesque et la pensée, entre l’imaginaire et la profondeur. C’est cela qui en fait, à mes yeux, un écrivain véritablement génial. »
Unis par une passion commune pour la littérature, Frédéric Potier et Frédéric Montlouis-Félicité continuent d'explorer cette vocation à travers leurs projets respectifs. Le 15 mai prochain, sortira La Taupe de l’Élysée, le dernier ouvrage de Frédéric Potier, un roman d’espionnage inspiré des archives de la guerre froide. De son côté, Frédéric Montlouis-Félicité, à la direction de la maison d’édition L’Éclaireur, s'apprête à publier un texte inédit de George Sand, un écrit visionnaire datant de 1872, dans lequel l’écrivaine plaide en faveur de la protection de la forêt de Fontainebleau.
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