Patrimoine et Mémoire : Un projet pour la maison Victor Schoelcher à Houilles en Ile-de-France

Patrimoine et Mémoire : Un projet pour la maison Victor Schoelcher à Houilles en Ile-de-France

Vendredi 29 octobre, la commune de Houilles dans les Yvelines a accueilli une délégation officielle à la maison Victor Schoelcher,  l’occasion de nous intéresser au projet de réhabilitation de cet édifice, en compagnie de madame Dubois-Loya, élue à la culture de la ville de Houilles. Pour rappel, Victor Schoelcher est le rédacteur du décret du 27 avril 1848 qui abolit définitivement l'esclavage en France. Il fut également député de la Guadeloupe et de la Martinique.

 


Pouvez-vous nous raconter l’histoire de cette maison ?

C’est à Houilles que Victor Schoelcher vécut les dernières années de sa vie, dans une maison bourgeoise qu’il louait à un ami. Au départ lieu de villégiature, il s’y installe définitivement en 1889
après la publication de son dernier ouvrage Vie de Toussaint Louverture. Il y était assez attaché pour y avoir fait des aménagements personnels. Il est par exemple encore possible d’y admirer des Reproductions des naïades de la fontaine des Innocents, qu’il avait commandées au Louvre puis installées dans la maison.
En 2011, la municipalité a fait l’acquisition de cette demeure afin qu’elle entre dans le patrimoine de la ville. Malheureusement depuis, aucun projet n’a abouti et la maison aujourd’hui se dégrade rapidement. Il est urgent d’intervenir ! Cette mission nous semble d’autant plus importante que c’est la dernière demeure encore intacte dans laquelle Victor Schoelcher a vécu.


Quel est votre projet pour cette maison ?

Nous souhaitons ouvrir la maison au public, lui redonner vie et proposer un projet qui rendrait hommage à la personnalité hors du commun du grand homme. Le projet s’articulera autour de deux
axes : Victor Schoelcher l’homme engagé et Victor Schoelcher l’esthète et le collectionneur.
En tant que professeure dans le secondaire, je suis attachée à la portée pédagogique et citoyenne d’un tel projet. Nous avons un devoir de mémoire et une responsabilité de transmission. Ainsi, nous
prévoyons de consacrer une partie de la maison aux témoignages historiques, à son engagement contre l’esclavage mais également à ses autres combats tels que l’abolition de la peine de mort ou le
droit des femmes. Pour cela nous pouvons compter sur une collection de plus de 700 pièces que la ville a constituée sur les 30 dernières années. Les valeurs humanistes de Victor Schoelcher résonnent
toujours aujourd’hui et ses combats sont malheureusement encore d’actualité, il ne faut pas l’oublier. Le projet servira le présent !
On le sait moins, mais Victor Schoelcher était également un grand amateur d’Art, qui a fréquenté très tôt les milieux littéraires et artistiques parisiens. Nous voulons rendre hommage à cette autre partie
de sa vie, en consacrant le rez-de-chaussée de la maison à des espaces de convivialité et d’échange à la manière des salons du 19 e siècle. Il faut que cette maison reprenne vie ; nous en ferons un espace au cœur de notre politique culturelle en y organisant des concerts et des rencontres artistiques.

© DR

Ce projet intéresserait-il au-delà des frontières de la ville de Houilles ?

Oui, effectivement. Depuis plusieurs semaines nous ressentons un fort intérêt autour de notre projet comme en témoigne la visite organisée fin octobre à l’initiative de notre députée Marie Lebec et du préfet des Yvelines Jean-Jacques Brot. François de Kerever, conseiller outre-mer du Président de la République, Pierre Herrero, conseiller parlementaire à la présidence de la République, Aissata Seck, responsable du programme citoyenneté, jeunesse et territoires à la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, Bérangère Nicolas, secrétaire générale de la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye,
Sophie Élizéon, déléguée interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT avaient tous fait le déplacement pour découvrir la maison. La semaine précédente nous avions également reçu Monsieur Sodini, préfet à l’égalité des chances.

A chacune de ces occasions, nous avons pu présenter notre projet et bénéficier du soutien marqué des représentants de l’Etat. C’est un véritable témoignage de confiance et une reconnaissance de ce que représente Victor Schoelcher aujourd’hui pour la France hexagonale, pour l’Outre-mer et de façon général pour la citoyenneté.

© DR


Quel horizon pour espérer visiter cette maison ?

Depuis cet été, vous pouvez déjà profiter du jardin, à l’occasion d’événements culturels. Nous y avons donné des concerts, organisé une exposition et dans le cadre des Journées du Patrimoine les professeurs du conservatoire ont créé une performance danse et percussions inspirée de textes anti-esclavagistes.
Concernant l’ouverture de la maison, nous espérons voir le projet avancer rapidement grâce à tout le soutien que nous avons reçu ces derniers mois. Actuellement, nous sommes en train de le rédiger et
de chercher des financements. Notre objectif est d’inaugurer la maison Victor-Schoelcher avant 2024.

Quels sont les partenaires ?

Le principal partenaire de la ville est la Fondation pour la mémoire de l’esclavage dont la ville est membre fondateur. Mais grâce aux soutiens que j’ai évoqués plus haut, nous espérons que d’autres
partenaires se joindront au projet.
Enfin, les ovillois sont les premiers partenaires du projet. Sur les années, le succès des Journées du Patrimoine dans la maison nous a clairement montré leur attachement à ce lieu et à son illustre occupant.