Patrick Pourbaix, Directeur Général de MSC Croisières France & Monaco mise sur les Antilles françaises et défend l’émergence d’un hub européen dans la Caraïbe

© Outremers360

Patrick Pourbaix, Directeur Général de MSC Croisières France & Monaco mise sur les Antilles françaises et défend l’émergence d’un hub européen dans la Caraïbe

De retour d’un déplacement en Martinique et en Guadeloupe, Patrick Pourbaix, Directeur Général de MSC Croisières France & Monaco et de sa filiale luxe Explora Journeys, a accordé un entretien exclusif à Outremers360. Au cœur de son discours, trois annonces majeures pour les Antilles françaises, la montée en puissance d’un hub caribéen à l’européenne, et une défense appuyée du modèle de croisière face aux critiques environnementales.

 

Une clientèle antillaise devenue centrale

Pour MSC Croisières (filiale du MSC Group, leader mondial du transport et de la logistique) les Antilles françaises ne sont plus un simple point de passage mais un véritable hub caribéen, à la fois port d’embarquement, marché local et vitrine d’un modèle plus européen de la croisière. Patrick Pourbaix insiste sur ce basculement : la dynamique régionale ne repose pas seulement sur les voyageurs venus de l’Hexagone, mais aussi sur une clientèle antillaise devenue centrale. « La moitié des clients sont Martiniquais et Guadeloupéens », souligne-t-il, en avançant un autre indicateur qu’il juge décisif : « C’est un taux de pénétration sur le marché de la croisière de 10 %, c’est le plus haut taux au monde. » Pour le dirigeant, cette appropriation locale change tout. Elle fait des Antilles françaises non plus une simple escale mais un point d’ancrage stratégique, capable de soutenir une activité régulière et de justifier le positionnement de navires de dernière génération. « Aujourd’hui, on apporte réellement une alternative avec ce nouveau hub européen dans la Caraïbe et les Antilles françaises qui sont en fer de lance », affirme-t-il. Derrière cette notion de hub, MSC Croisières dessine une stratégie plus large : faire de la Martinique et de la Guadeloupe des bases de départ durables, adossées à une relation « à 360 degrés » avec les territoires, et porter dans la région une autre approche de la croisière, moins calquée sur le modèle floridien, plus attentive à l’authenticité, à la culture, à l’artisanat et à une meilleure intégration au tissu local.

MSC Poesia © Outremers 360

Trois annonces qui changent d’échelle

Cette stratégie se traduit par trois annonces concrètes.

C’est la principale annonce. Initialement prévu au Moyen-Orient, le MSC World Europa, l’un des fleurons récents de la flotte, sera finalement repositionné aux Antilles pour la saison hiver 2026-2027. Le lancement est prévu le 5 décembre prochain. Une décision que Patrick Pourbaix relie au contexte international : « Le contexte géopolitique actuel nous obligent à changer un peu nos plans », explique-t-il. « On a décidé (…) d’annuler la saison de l’hiver prochain dans le Golfe Persique et de repositionner le World Europa aux Antilles au départ de la Martinique et de la Guadeloupe. »

Pour MSC Croisières, le signal est fort : il ne s’agit plus seulement de maintenir une présence dans la zone, mais d’y envoyer son navire le plus attractif. Le MSC World Europa, déjà très plébiscité au départ de Marseille, doit permettre au groupe de renforcer encore son offre aux Antilles, tout en capitalisant sur un navire de dernière génération, mieux aligné avec la montée en gamme revendiquée par la compagnie.

MSC World Europa 

Deuxième annonce : le MSC Opera viendra renforcer l’offre caribéenne, au départ de La Romana, en République dominicaine, avec un passage prévu tous les quinze jours par la Martinique. Ce positionnement doit permettre d’ouvrir d’autres formats de croisières, notamment des itinéraires plus longs : « Le MSC Opera partira toutes les semaines de La Romana. Il est également prévu que le MSC Opera passe tous les quinze jours à la Martinique », détaille Patrick Pourbaix. « Pour les Martiniquais, en plus de MSC World Europa, ils auront la possibilité, s’ils le désirent, de faire des croisières plus longues, de deux semaines. » Derrière cette décision, MSC Croisières poursuit le même objectif : diversifier son offre dans la Caraïbe hors du prisme exclusivement nord-américain, en consolidant un axe République dominicaine – Antilles françaises.

Troisième annonce, peut-être la plus structurante à moyen terme : le MSC Opera restera dans la région toute l’année. Jusqu’ici, l’activité était d’abord concentrée sur la saison hivernale. Désormais, la compagnie entend installer une offre pérenne, y compris en été. « Pour la première fois, le MSC Opera va rester, pas uniquement la saison d’hiver », annonce le dirigeant. « Il opérera également au départ de la Martinique pendant l’été, toutes les semaines. »

Cette présence annuelle change la nature du marché. Elle conforte la logique de hub, tout en ancrant davantage la croisière dans les usages régionaux, et non plus seulement dans des flux touristiques saisonniers venus d’Europe.

MSC Poesia © Outremers 360

Une Caraïbe « plus européenne », plus culturelle, plus authentique

Patrick Pourbaix oppose deux modèles : d’un côté une Caraïbe dominée historiquement par les grands départs depuis la Floride et de l’autre, une Caraïbe davantage pensée pour la clientèle européenne. Cette distinction ne relève pas seulement du marketing. Elle recouvre aussi une conception différente de l’expérience à terre. Là où certains ports ont misé massivement sur le shopping et les zones commerciales standardisées, le patron de MSC Croisières France & Monaco plaide pour un développement plus ancré localement : « Nos passagers français et européens ont envie aussi de boutiques, peut-être pas les mêmes que pour les Américains. Ils recherchent plus d’artisanat, de produits locaux », estime-t-il. « Il faut créer des filières pour alimenter ces magasins et donc créer des emplois locaux. »

Même logique sur les excursions. Le dirigeant dit attendre des offres davantage tournées vers la culture, le patrimoine, les savoir-faire locaux et les expériences jugées plus authentiques.

Cette stratégie s’appuie aussi dans une logique industrielle européenne. Sur les 23 navires de la flotte de MSC Croisières, 19 ont été construits à Saint-Nazaire, renforçant les liens entre le développement de la croisière et les filières industrielles françaises.

MSC Poesia © Outremers 360

L’environnement au cœur du développement de MSC Croisières

Face aux critiques sur le tourisme de masse et l’impact environnemental de la croisière, Patrick Pourbaix défend une approche qu’il veut à la fois régulée et responsable, en lien étroit avec les territoires. Il conteste d’abord l’idée d’une saturation mécanique liée aux navires et plaide pour une organisation concertée des flux et des capacités d’accueil. Selon lui, l’enjeu pour les Outre-mer n’est pas de reproduire des modèles existants mais de construire leur propre cadre de développement. Cette régulation doit s’accompagner d’une meilleure répartition des visiteurs, d’excursions plus adaptées et d’un ancrage économique local renforcé.

Sur le volet environnemental, devenu central dans la bataille d’image du secteur, le dirigeant avance les résultats obtenus par MSC Croisières : « Nous avons dépassé dès 2025 notre objectif de – 40 % d’intensité carbone par passager, initialement fixé à 2030 » affirme-t-il, soulignant « On est très fiers de ce qu’on a déjà accompli. » Pour y parvenir, le groupe s’appuie sur plusieurs leviers technologiques : GNL, optimisation énergétique, récupération de chaleur, nouvelles peintures de coque, et le développement du branchement électrique à quai, présenté comme un outil concret de réduction des émissions locales. « En 2025, cela a représenté 1 640 heures moteurs coupés, soit 8 000 tonnes de CO2 économisées », précise-t-il. La distance entre les escales devient un critère environnemental déterminant : « Si le bateau accélère, cela veut dire forte consommation, donc un impact environnemental plus marqué. Pour arriver à zéro émission, il vaut mieux privilégier les itinéraires avec de petites distances », explique-t-il. Une contrainte qui redessine, de fait, la géographie possible du développement des croisières, notamment dans les Outre-mer, freinant les ambitions dans des bassins plus éloignés comme l’océan Indien ou le Pacifique.

MSC Poesia © Outremers 360

Une carte maritime redessinée

Au-delà des navires et des escales, MSC Croisières entend peser dans la redéfinition de la géographie caribéenne de la croisière. Patrick Pourbaix assume cette ambition. « On peut vraiment dire que maintenant MSC Croisières est en train de construire une autre Caraïbe », tranche-t-il. « Les Antilles françaises ont un fort potentiel, porté à la fois par la croissance du marché métropolitain et par l’engouement des clientèles locales.»

Cette formule résume l’équation défendue par le groupe : d’un côté, des territoires français qui veulent capter davantage de retombées et mieux maîtriser les conditions d’accueil ; de l’autre, un armateur qui cherche à consolider un ancrage régional en misant sur une clientèle locale fidèle, sur des départs réguliers et sur une image plus européenne de la croisière.

MSC Poesia © Outremers 360

Reste une question, essentielle pour les Outre-mer : cette montée en puissance bénéficiera-t-elle réellement aux économies locales au-delà des ports et des opérateurs directement liés au secteur ? Patrick Pourbaix reconnaît lui-même qu’il reste du chemin à parcourir sur la structuration de l’offre à terre. C’est sans doute là que se jouera, dans les prochaines années, la crédibilité du modèle qu’il appelle de ses vœux.