Les élections municipales du 15 et 22 mars 2026 s'annoncent comme un moment charnière pour la Martinique. Défiance envers les élus traditionnels, crise du pouvoir d'achat et irruption du mouvement social en politique : les 34 communes s'apprêtent à vivre un scrutin hors du commun.
Avec 108 listes validées par la préfecture contre 112 en 2020, 114 en 2014 et 107 en 2008 — le millésime 2026 s'inscrit dans la stabilité numérique de liste.
La progression des femmes parmi les têtes de liste est l'un des marqueurs de ce changement : elles sont 24 cette année, contre 5 seulement en 2001 et 21 en 2020. Six femmes président déjà une commune martiniquaise.
L'autre défi reste l'abstention. En 2020, 60,88 % des électeurs ne s'étaient pas déplacés au premier tour, un record amplifié par la crise sanitaire, mais révélateur d'un désengagement structurel. À Fort-de-France, seuls un électeur sur quatre avait voté. Ce chiffre hantera toute la campagne.
Onze maires qui passent la main
C'est l'une des caractéristiques majeures de ce scrutin : pas moins de 11 maires élus en 2020 ne se représenteront pas.
Luc-Louison Clémenté (Schoelcher) : Maire PPM depuis 2020, il ne brigue pas de second mandat. Schoelcher, deuxième ville de l'île par la population, est donc l'une des communes les plus disputées.
Maurice Bonté (Ajoupa-Bouillon) : Le maire de ce bourg du nord ne sollicite pas le renouvellement de son mandat après un règne de 31 ans.
Sainte-Rose Cakin (Macouba) : Condamné en appel début janvier pour prise illégale d'intérêts dans une affaire de revente de véhicules. Sainte-Rose Cakin a écopé d'un an de prison avec sursis, d’une amende de 10 000 euros et d’une peine d’inéligibilité de deux ans. IL a dirigé la commune sans discontinuité durant 36 ans.
Élu en 2020 avec 63 % des voix, Alfred Monthieux (Le Robert) passe la main ainsi que Georges Cléon ( au Vauclin), le maire de la ville la plus peuplée du sud-est. Tous deux ont évoqué des raisons de santé.
Frédéric Buval (Trinité) : Patricia Telle, élue en 2023 en cours de mandature, sollicitera les suffrages des électeurs de Trinité.
Marcelin Nadeau (Le Prêcheur) : Le député-maire ne se représente pas pour la mairie, laissant une commune au scrutin le plus disputé de Martinique (6 listes ).
Lucien Saliber (Morne-Vert) : L'ancien maire, devenu président de l'Assemblée de Martinique, avait passé le flambeau à Angèle Serbin en 2021. Cette dernière se présente pour son premier vrai mandat.
Ralph Monplaisir (Case-Pilote) : Son successeur Jean-Marc Bocquet, élu en cours de mandature, se présente désormais sous ses propres couleurs.
Samuel Tavernier (Le François) : Décédé le 24 janvier 2026, son premier adjoint Joël Domergue lui a succédé, mais ne se représente pas non plus pour le scrutin de mars.
Annick Comier (Fonds-Saint-Denis) : Sa candidature a été retoquée par la préfecture en raison d'une incompatibilité avec sa profession. C'est Frédérique Michanol qui conduit la liste en lieu et place.
Face à ces départs, de nombreux maires sortants ont officialisé leur candidature, souvent avec des bilans à défendre et des ambitions renouvelées.
-Didier Laguerre (Fort-de-France, PPM) : Le maire-président du Parti Progressiste Martiniquais se représente pour un second mandat à la tête du chef-lieu.
-David Zobda (Le Lamentin, LDVG) : Élu en 2020 au premier tour, il repart dans la bataille dans la plus vaste commune de Martinique.
-Christian Rapha (Saint-Pierre) : Le maire de la ville du Volcan, qui a inauguré son PC de campagne en décembre 2025, fait de la situation financière de la commune sa thématique centrale.
- Marie-Thérèse Casimirius (Basse-Pointe) : Pour sa troisième candidature depuis 2014, la maire du nord a présenté son programme en présence de Didier Laguerre (PPM). Elle combat notamment l'érosion du littoral.
- Jenny Dulys-Petit (Morne-Rouge) : Maire depuis 2008, elle sollicite un nouveau mandat. Elle revendique la démocratie locale et se dit prête à faire face à une pluralité de candidats.
- Angèle Serbin (Morne-Vert) : Arrivée en 2021 après la promotion de Lucien Saliber à la présidence de l'Assemblée, elle fait face à sa première vraie campagne... contre Karine Salibert, sœur de son prédécesseur et deuxième adjointe.
- André Lesueur (Rivière-Salée) : Élu depuis 1989, il brigue un 7e mandat. Ses 37 années d'expérience en font l'un des doyens de la politique municipale martiniquaise.
- Arnaud René-Corail (Trois-Îlets) : Lui aussi élu depuis 1989, il sollicite un 7e mandat.
- Joseph Péraste (Marigot) : Il insiste sur l'intergénérationnel dans une commune qu'il qualifie de « vieillissante ».
- Jean-Claude Ecanvil (Le Carbet) : Il fait face à plusieurs challengers, dont Louis Boutrin qui promet une commune plus propre et plus attractive.
- Jean-Marc Bocquet (Case-Pilote) : Élu en cours de mandature après le départ de Monplaisir, il se présente sous la bannière « Tous pour Case-Pilote ».
- Jean-François Beaunol (Le Marin) : Le maire DVG de la capitale du Sud est dans la course.
- Bruno Nestor Azerot (Sainte-Marie) : Le président de Cap Nord se représente dans sa commune.
- A Fort-de-France, le PPM hautement menacé
Le Parti Progressiste Martiniquais, fondé par Aimé Césaire, gouverne Fort-de-France sans interruption depuis 1958. Soixante-huit ans de domination municipale qui pourraient prendre fin en mars 2026. Le maire sortant se représente sous l'étiquette PPM, fragilisé par les affaires judiciaires qui ont touché son entourage et par la désillusion croissante des Foyalais. Son bilan municipal sera au cœur des débats, face à des adversaires qui dénoncent l'insécurité, la pauvreté des quartiers et le recul démographique de la ville.
Pour défaire ses sept décennies d'hégémonie du PPM, cinq listes battent le pavé pour convaincre les élécteurs foyalais d'une nouvelle gouvernance politique.
On y retrouve Francis Carole et sa liste « Démaré Fodfwans » (Palima + alliance hétéroclite). Le président du Parti de Libération de la Martinique (Palima) est le principal adversaire déclaré du PPM. Il a forgé une coalition surprenante annoncée en novembre 2025, rassemblant cinq formations dont le Parti Communiste Martiniquais et la députée socialiste Béatrice Bellay. Son objectif affiché : s'imposer dès le premier tour. Carole incarne la rupture indépendantiste et mise sur la déception des électeurs vis-à-vis de la gestion PPM.
Ancien adjoint au maire chargé de la sécurité, Steeve Moreau a quitté la mouvance PPM pour rejoindre le Parti Pour le Peuple (PLP) de Rodrigue Petitot. Il conduit la liste du mouvement né du RPPRAC, « Nou Doubout Pou Fodfwans Apy ! » (PLP/RPPRAC) et sa candidature est l'une des plus symboliques de ce scrutin.
Journaliste et candidate déjà en lice en 2020, Nathalie Jos (« Aksyon Foyal - Ansanm Pou Lévé Fodfwans ») bénéficie du soutien des députés indépendantistes Jean-Philippe Nilor et Marcellin Nadeau. Elle représente une ligne nationaliste distincte de celle de Carole.
Gabriel Jean-Marie, le représentant du parti trotskiste antillais Combat Ouvrier complète un paysage de l'opposition particulièrement morcelé.
Enfin Marie-Laurence Delor, Ancienne collaboratrice de Nathalie Jos et de Francis Carole, se lance pour la première fois en solo avec un projet axé sur la rupture et le changement.
Au Lamentin, David Zobda face à une opposition multiple
Avec plus de 40 000 habitants, Le Lamentin est la commune la plus peuplée de Martinique et sa capitale économique. Le maire sortant David Zobda, élu en 2020 dès le premier tour sous l'étiquette LDVG, repart dans la bataille entouré d'une opposition particulièrement fragmentée. Pas moins de six candidats s'affrontent dans cette commune.
Face à Zobda, Raoul Oliny se présente pour la deuxième fois sous les couleurs de « Pou an lot Lanmantèn ». Chef de file de l'opposition municipale, il avait recueilli près de 28 % des suffrages en 2020 et mise désormais sur une équipe renforcée et l'expérience accumulée. Fabrice Dunon, Erick Valère, Sylvio Gibon et d'autres candidats complètent un tableau très ouvert.
Le RPPRAC, de la mobilisation sociale aux urnes
Né en 2024 de la mobilisation contre la vie chère, le RPPRAC (Rassemblement pour la Protection des Peuples et des Ressources Afro-Caribéennes) est, avec son leader Rodrigue Petitot surnommé « le R », la surprise politique de ce scrutin. Ses vidéos virales sur les réseaux sociaux, ses actions dans les quartiers et sa capacité à incarner la colère populaire en ont fait une figure nationale incontournable.
En septembre 2025, Rodrigue Petitot annonce la transformation du mouvement en parti politique : le PLP (Pour Le Peuple). L'objectif était clair dès l'origine peser sur les municipales de 2026. Il revendique une « idéologie nouvelle » et une « démocratie participactive ».
Pour Fort-de-France, Rodrigue Petitot ne se porte pas candidat lui-même mais choisit Steeve Moreau, l'ancien adjoint à la sécurité qui a quitté le PPM. Leur alliance est présentée à Canal Alaric épicentre des premières grandes colères contre la vie chère, lieu hautement symbolique. La liste s'appelle « Nou Doubout Pou Fodfwans Apy ! ». La stratégie : mobiliser les abstentionnistes, les foyers précaires, les jeunes qui désertent les urnes.





















