La mobilisation de la FEDOM et des acteurs économiques ultramarins a permis d'éviter l'amputation des exonérations de charges et de l'aide à l'investissement prévue dans le budget 2026. Deux mesures qui auraient représenté près d'un milliard d'euros de pertes pour les entreprises ultramarines. Une victoire importante, mais insuffisante aux yeux de son président. Dans un entretien accordé à Outremers360, Hervé Mariton dresse un bilan économique sévère de 2025, interroge la méthode de l’État et appelle à un changement de paradigme pour bâtir une véritable politique économique outre-mer, fondée sur la stabilité, l’investissement et la confiance dans les entreprises ultramarines.
Un bilan économique « médiocre » pour 2025
Hervé Mariton ne mâche pas ses mots : « Le bilan de l’année 2025 est médiocre, à la fois dans ses résultats économiques et dans l’attitude de l’État. » La conjoncture apparaît en effet « inégale selon les territoires ». Seules la Polynésie et Saint-Barthélemy tirent leur épingle du jeu, portées par le dynamisme du secteur touristique. Pour autant, le président de la FEDOM insiste sur la nécessité de créer les conditions d’un rebond économique. Ce qu’il fera en rencontrant la ministre des Outre-mer et les ministres de l’Economie et des Affaires sociales dès janvier 2026 pour engager des discussions sur l'avenir des dispositifs de soutien à l'économie ultramarine.
Bien que la réforme de la Lodeom pour 2026 ait été écartée sous la pression des acteurs économiques ultramarins, alors que les arbitrages budgétaires envisagés étaient « défavorables aux PME et TPE ultramarines comme on n’avait jamais vu », Hervé Mariton estime que cette victoire reste insuffisante. « L’idée même que la menace soit venue est révélatrice de contre-sens graves », affirme-t-il, mettant en cause la méthode du gouvernement. Il dénonce une gestion à courte vue et un manque de considération pour le tissu productif ultramarin.
« Le projet de loi sur la Vie chère ne s'attaque pas aux vraies causes »
Même constat sur le projet de loi sur la Vie chère actuellement à l’étude, à propos duquel Hervé Mariton se montre tout aussi critique. Pour autant, il juge le projet de loi actuel « profondément insuffisant », estimant qu’il ne s’attaque pas aux causes structurelles du problème. À ses yeux, le texte accumule quelques « mesures de bon sens, des dispositions réglementaires mal calibrées, des contraintes contreproductives et de la communication, sans vision d’ensemble ».
Plutôt qu’une fuite en avant réglementaire, il plaide pour une stratégie économique globale et cohérente, reposant sur le soutien à la production locale, le renforcement de l’insertion régionale, l’investissement dans les transports, le numérique et les infrastructures, et la priorité donnée à l’investissement productif afin d’agir durablement sur les coûts et le pouvoir d’achat. « Il faut une véritable politique économique, avec des éléments structurants qui sont remis en cause tous les ans voire tous les six mois. » : une piste de réflexion, au cœur des travaux engagés lors du colloque sur la régulation économique que la Fedom a organisé le 17 décembre dernier avec le CESE et dont les actes seront publiés prochainement.
À force de vouloir tout encadrer, alerte-t-il, on risque « d’assécher la vie économique et de détourner les entreprises des marchés ultramarins ». Pour le président de la FEDOM, les instruments existent déjà : « le droit de la concurrence doit être appliqué pleinement ». La solidité de l’État de droit, alignée sur les standards français et européens, constitue selon lui un avantage comparatif majeur pour l’attractivité des territoires, qu’il ne faut pas fragiliser par des lois d’exception. Dans le même esprit, il exhorte l’État à respecter ses engagements, notamment sur la péréquation des frais d’approche prévue par l’accord de Martinique et toujours non appliquée : « Commençons par appliquer les textes existants ». Car les écarts de prix liés à l’éloignement et à la taille des territoires, « une loi de la physique, pas de la politique » précise-t-il, ne se corrigent pas par des déclarations, mais par des mesures concrètes et durables.
Fiscalité carbone : les Outre-mer face aux effets du MACF
Le dispositif européen de taxation carbone aux frontières suscite également de vives inquiétudes dans les Outre-mer dans un contexte où la fiscalité verte est déjà « pénalisante ». Rappelons que les Outre-mer sont structurellement plus carbonées en raison d’un fort niveau d’importations, d’un mix énergétique historiquement carboné et d’une forte dépendance aux transports. Si des progrès réels sont engagés dans la transition énergétique et le verdissement du mix, celle-ci nécessite du temps et surtout des investissements massifs. Or, prévient Hervé Mariton, une application brutale et uniforme du Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) risque de produire l’effet inverse de celui recherché et freiner le développement de la production locale, pourtant essentielle à l’emploi et à la lutte contre la vie chère. Il rappelle que « dans des économies de petite taille, la production locale dépend nécessairement de produits intermédiaires importés (acier, matériaux, intrants) impossibles à produire sur place », soulignant ainsi la nécessité d’un arbitrage fin entre l’origine des intrants et l’évaluation réelle de leur empreinte carbone. Faute d’adaptations du cadre européen, le MACF pourrait ainsi fragiliser davantage les entreprises ultramarines au lieu d’accompagner leur transition.
Priorités pour 2026
Pour 2026, Hervé Mariton identifie de commencer par le soutien au secteur du BTP, « en très grave crise » dans la quasi-totalité des territoires. Pilier de la production locale et de l’emploi en Outre-mer, ce secteur est aujourd’hui fragilisé et s’apprête à subir de plein fouet la hausse des coûts liée aux mécanismes carbone, notamment sur le ciment, le béton et l’acier. D’où une exigence ferme : préserver absolument les financements du logement. Pour le président de la FEDOM, il faut « renverser complètement le paradigme qui a prévalu en 2025 et assumer que l'avenir des Outre-mer et de leurs citoyens passe par l'avenir des entreprises. Cela veut dire évaluer et améliorer les outils existants, sans s’interdire d’imaginer des politiques nouvelles, et porter une vision à la fois audacieuse, lisible, stable et durable. »
Cette ambition doit désormais s’inscrire dans une perspective de long terme : « Il faut travailler dès maintenant pour que le développement économique des Outre-mer devienne un véritable projet de perspectives, à l’occasion des choix que feront les Français en 2027. L’enjeu est que les Outre-mer ne soient plus une chronique de problèmes climatiques, politiques, sociaux ou économiques, mais au contraire un ensemble de projets et d’opportunités. »
À travers ce plaidoyer, Hervé Mariton appelle à faire de 2026 une année charnière et à redonner confiance, afin que « la France croie en l’avenir des entreprises ultramarines ».























