Président de la Chambre économique multiprofessionnelle de Saint-Barthélemy depuis deux ans,Thomas Gréaux a fait de 2022, « l'année du changement et de l'action» pour le territoire. Avec Thierry Gréaux, directeur général de la CEM de Saint-Barthélémy, il a entamé fin janvier une semaine de missions auprès de plusieurs institutions : le Ministère des Outre-mer, la chambre des métiers de l'artisanat au niveau national, des rencontres avec les réprésentants de la CCISM de Polynésie ou encore de Saint-Martin. Objectifs : défendre les spécificités locales de Saint-Barthélémy. Pour Outremers360, Thomas Gréaux revient sur cette mission à Paris. Il nous présente également les ambitions de la CEM de Saint-Barthélémy en matière de développement économique du territoire.
Elu en mai 2020 à la tête de la CEM de Saint-Barthélémy, Thomas Gréaux souhaite donner un nouvel élan à l'économie du territoire, après deux ans d'adaptation liée à la gestion de l'épidémie de la COVID-19 qui a vraiment bouleversé l'économie locale. «2020 a été une année d'évolution et d'adaptation pour les entreprises. La pandémie a vraiment mis un coup d'arrêt à notre activité touristique. Toutefois l'activité du BTP durant l'année 2020 a permis de maintenir l'économie. La Collectivité de Saint-Barthélemy a profité de cette opportunité pour refaire les routes, faire tous les travaux d'équipements publics. 2021 a été une année d'exception malgré la situation sanitaire car il faut savoir que Saint-Barthélemy a été une destination refuge pour les touristes du monde entier. Saint-Barth a résisté. Pour 2022, il s'agit de continuer sur cette lancée et de consolider ces chiffres».
Malgré un contexte économique en pleine mutation face à la crise sanitaire, la nouvelle équipe de la CEM s'est attelée à peaufiner sa stratégie. « Les années 2020 et 2021, nous nous sommes focalisés sur le suivi des mesures d'aides d'accompagnement des entreprises. Cela a été une année d'adaptation en un temps record. Cela a rebattu nos usages de travail, nous avons rebâti un projet stratégique avec notre projet de mandature avec l'arrivée du nouveau directeur de la CEM Thierry Gréaux en août 2021. Nous avons défini un état des lieux de la situation à Saint-Barthélémy ainsi qu'un plan d'action qui repose sur le renforcement de la connaissance du terrain avec des rencontres sur place,développer de nouvelles offres de service de la CEM au bénéfice des socioprofessionnels, développer la formation professionnelle sur l'île, mieux faire connaître la CEM sur le territoire mais également à l'extérieur, développer la filière agricole et prôner la consommation locale, structurer la filière peche à travers la création du comité de peche locale en mai 2021. Elle compte aujourd'hui une quarantaine de pêcheurs inscrits. C'est déjà un beau travail de terrain effectué, développer une économie éco-responsable avec un label Saint-Barth et confirmer le rôle de la CEM auprès des autorités».

C'est dans ce contexte que le Président de la CEM de Saint-Barthélémy a entrepris une semaine de mission dans l'Hexagone auprès de différentes institutions et partenaires. «Cette semaine de mission était pour parler des projets de Saint-Barthélémy au niveau de l'Hexagone et des Outre-mer. Il s'agit de se faire connaître, présenter notre plan d'action. Nous avons des retours très positifs de ce déplacement, nous avons reçu une écoute attentive des différents ministères. L'année 2022 est pour nous, une année de changement. De nouveaux élus seront à la tête de l'île et la CEM aura un rôle important pour accompagner cette nouvelle génération d'élus de Saint-Barth en apportant tous les retours de terrain et les besoins des entreprises. Il n'y a pas d'avenir de Saint-Barthélémy sans développer des entreprises donc nous allons accompagner les changements attendus à tous niveaux.».
Favoriser un retour à l'essentiel
La CEM de Saint-Barthélémy, chambre multi-professionnelle qui regroupe les trois chambres consulaires (Chambre du commerce et de l'industrie, chambre des métiers de l'artisanat et chambre de l'agriculture) s'est fixé trois axes de développement. « A Paris, nous sommes venus défendre les dossiers de la formation, de l'économie durable et un tourisme durable. Concernant la formation, il s'agit de définir une politique de formation qui favorise le recrutement local .Sur l'économie durable : Après la création du comité des pêches, l'étape numéro 2 est de définir une politique de transformation locale des produits de la mer en développant une filière de valorisation des produits de la mer avec la cité du goût et des saveurs. Il s'agit d'une certaine manière de revenir à l'essentiel, que ce soit pour la pêche ou pour l'agriculture, on essaie d'inciter les entreprises à se lancer et de produire localement. Nous avons constaté une dynamique autour de ces deux secteurs d'où le besoin de structurer les deux secteurs. L'idée est de fédérer autour des métiers de la mer, créer des vocations. Quand on dit qu'on est pêcheur ou producteur, on est aujourd'hui bien vu à Saint-Barthélémy».


Dans ce cadre, la CEM mise sur le label « La Cité des gouts et des saveurs», un label qui reprend à la fois la valorisation du produit et la promotion des savoirs-faire. « Nous avons identifié l'ensemble des acteurs qui participent à la valorisation des produits locaux de Saint-Barthélémy comme les traiteurs, les restaurateurs, les marchés. Nous souhaitons vraiment mettre en avant l'univers de la gastronomie. Je vois ce label Cité des goûts et des saveurs comme un ambassadeur de la gastronomie de Saint-Barthélémy. Sur la base d'un standard bien défini, permettre la promotion de ces produits aux Etats-Unis, d'où proviennent 90% de nos touristes sont nord-américains Il faut rappeler qu'aujourd'hui Saint-Barthélémy est une marque. Nous avons également constaté un engouement pour l'agriculture. L'idée est pour 2022, de fédérer via un comité d'agriculture ou une coopérative des agriculteurs. Des appels à projets sont en cours à Saint-Barthélémy. Il s'agit de revenir à l'essentiel, de faire renaître des métiers un peu oubliés. De plus, les touristes américains sont désormais à la recherche de produits 100% Saint-Barthélémy comme une salade ou une tomate de Saint-Barthélémy».
S'inspirer des autres territoires d'Outre-mer
Pour mettre en forme son nouveau plan d'action, la CEM de Saint-Barthélémy n'hésite pas à profiter de l'expérience des autres chambres ultramarines. « Sur le sujet de l'agriculture, notre prochain voyage aura lieu à l'occasion du Salon international de l'Agriculture où nous irons rencontrer le président de la Chambre d'agriculture de La Réunion qui exploite une ferme hydroponique. Ce sera l'occasion d'échanger, de voir les solutions proposées avec les problématiques cycloniques. En Outre-mer, nous rencontrons les mêmes problématiques. L'idée est d'échanger, de voir les expertises développées par les autres territoires et de l'adapter localement. A partir de ces échanges et expériences, nous allons proposer aux élus de mettre en place des terres agricoles qui n'existent pas actuellement.»

Lors de son déplacement à Paris, le président de la CEM de Saint-Barthélémy a notamment échangé avec Stéphane Chin-Loy, président de la CCISM de la Polynésie. « L'expérience de la Polynésie nous est utile concernant le transfert de la compétence commerce à Saint-Barthélémy. Actuellement, nous n'avons pas la compétence du commerce, nous sommes dépendants du régistre de commerce de la Guadeloupe. Il s'agissait de s'intéresser au système polynésien car ils sont en train de se constituer un greffe locale. L'idée est de voir comment ils ont obtenu cette compétence, de connaître les avantages et les inconvénients. A Saint-Barthélémy, nous partageons également ce souhait d'obtenir cette compétence, nous étudions cette faisabilité afin de mieux prendre en compte les spécificités locales comme mieux définir les taux de prélèvements, les taxes».

Pour Thomas Gréaux, la place est désormais à « l'action». « Après les deux premières années de mandature où nous nous sommes concentrés sur l'accompagnement des entreprises en raison de la crise de la Covid-19, nous entrons en 2022 dans une nouvelle phase. Nos objectifs pour 2022 est de mettre en place notre stratégie sur la production locale à Saint-Barthélémy, définir avec les élus les solutions proposées pour la mise à disposition de terrains agricoles ou de concessions, la possibilité de la mise en place d'un marché permanent. Concernant l'économie durable, nous souhaitons mettre en place un "éco-label Saint-Barth" qui intègre tous les enjeux du développement durable et qui concerne l'ensemble des secteurs d'activité. C'est un très gros chantier. A l'image du label "Cité des goûts et des saveurs", cet éco-label est une nouvelle marque, un gage d'excellence pour les entreprises de Saint-Barthélémy».
Parmi les priorités de cette nouvelle année, la CEM veut également se structurer sur le plan interne. « A la CEM, nous sommes une équipe de 8 collaborateurs. L'idée est d'augmenter nos effectifs pour travailler sur les différents projets et de disposer des chargés de mission spécialistes dans chaque domaine : éco-label, pêche, agriculture».
A l'approche des élections territoriales de Saint-Barthélemy prévues en mars prochain, la CEM compte bien faire entendre la voix des socioprofessionnels de l'île. « A la CEM, les sujets dans le cadre de cette campagne que nous mettrons sur la table sont la formation et le recrutement local. Nous souhaitons disposer d'un bâtiment dédié à la formation à Saint-Barthélémy, disposer d'un observatoire économique, connaître la politique agricole des candidats. Ce sont des problématiques de terrain importantes, qui méritent d'être entendues.»























