La série relative aux personnalités emblématiques qui ont marqué l’histoire des Outre-mer continue sur Outremers360. Nous explorons aujourd’hui la carrière de la Martiniquaise Darling Légitimus. Elle a joué avec les plus grands artistes du XXe siècle, au music-hall, au théâtre, au cinéma et à la télévision, ouvrant la porte à toute une génération de créateurs antillais, et fut couronnée en 1983 par le Grand Prix d’interprétation féminine à la Mostra, le prestigieux Festival international du cinéma de Venise, pour son rôle dans le film Rue Cases-Nègres de la réalisatrice Euzhan Palcy.
Darling Légitimus, de son vrai nom Marie Berthilde Paruta, voit le jour dans la commune du Carbet en Martinique le 21 novembre 1907. Devenue orpheline à deux ans, elle est prise en charge par sa tante et son oncle qui vivent à Caracas au Venezuela. Elle quitte ce pays à l’âge de 16 ans pour s’installer à Paris. Passionnée par le monde du spectacle, elle est déterminée à y faire carrière.
Et ça marche ! Dès 1925 - la jeune fille n’a alors que 18 ans - elle danse dans la troupe de La Revue nègre de Joséphine Baker qui lui attribue le nom de scène de Miss Darling. Elle pose également pour Pablo Picasso, entre autres, puis rencontre celui qui deviendra son époux, le journaliste guadeloupéen Étienne Légitimus, fils du député et fondateur du Parti socialiste guadeloupéen Hégésippe Jean Légitimus (1868-1944). Abandonnant le « Miss », son patronyme d’artiste devient alors celui de Darling Légitimus. Dans le bouillonnement culturel du début des années trente, débordant d’imagination, elle s’impose comme autrice, compositrice et interprète de biguines et de mazurkas des Antilles au célèbre Bal Blomet de Paris.
Cinéma, théâtre et télévision
À partir de 1933, Darling Légitimus entame une carrière au cinéma. Elle joue notamment dans Les Perles de la couronne, un film réalisé par Sacha Guitry et Christian-Jaque. Durant la Deuxième Guerre mondiale, cette femme de caractère refuse de travailler, sa manière à elle de résister à l’occupation. Mais dès la Libération, Darling enchaîne les rôles, au cinéma et à la télévision comme au théâtre. Citons, notamment : Le Salaire de la peur d'Henri-Georges Clouzot (1953), Napoléon de Sacha Guitry et Eugène Lourié (1955), Églantine de Jean-Claude Brialy (1972), Le Dernier Tango à Paris de Bernardo Bertolucci (1972), pour le cinéma.
Au théâtre, qu’elle affectionne particulièrement, Darling Légitimus interprète une vingtaine de rôles entre 1954 et 1977. Les plus emblématiques sont dans Les Sorcières de Salem d'Arthur Miller (1954 et 1956), Les Nègres de Jean Genet (1959), Un raisin au soleil de l’Afro-Américaine Lorraine Hansberry, La Tragédie du roi Christophe d'Aimé Césaire (1964 et 1965), Le Morne de Massabielle de Maryse Condé (1971), et Toussaint Louverture d'Édouard Glissant (1977). Pour la télévision, elle joue entre autres dans une adaptation de La Case de l'oncle Tom (1963), et dans des pièces de l’émission Au théâtre ce soir dans les années soixante-dix.
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La contribution de Darling Légitimus au monde du théâtre ne se limite pas à l’interprétation, puisqu’elle participe à la fin des années cinquante à la fondation de la troupe des Griots, première compagnie de comédiennes et comédiens noirs en France hexagonale, avec les Antillais Robert Liensol, Sarah Maldoror et Toto Bissainthe. Ils mettent en scène notamment les pièces de Jean Genet, d’Aimé Césaire et d’Édouard Glissant.
En 1983, c’est la consécration pour celle qui avait jusque-là joué des rôles mineurs au cinéma. Darling Légitimus n’avait pas tourné depuis plusieurs années lorsque qu’une jeune réalisatrice inconnue, la Martiniquaise Euzhan Palcy, lui propose au début des années quatre-vingt d’interpréter le personnage de Man Tine dans son premier long-métrage Rue Cases-Nègres, adaptation du roman éponyme de Joseph Zobel. Le film est un succès. La cinéaste de 25 ans obtient un Lion d’argent à la Mostra de Venise (festival international de cinéma), et Darling Légitimus décroche quant à elle, à 76 ans, le Grand Prix d’interprétation féminine. En 1984, Euzhan Palcy recevra en France le César du meilleur premier film pour Rue Cases-Nègres.
Ouvrir la voie
Après avoir côtoyé les plus grands artistes, scénaristes, acteurs, réalisateurs et musiciens, cette récompense met un terme à la carrière de Darling Légitimus. Un terme symbolique. Car la Martiniquaise a inspiré et ouvert la voie à un grand nombre de comédiens, metteurs en scène et cinéastes antillais, à commencer dans sa propre famille (notamment ses quatre fils, interprètes et musiciens, et son petit-fils Pascal Légitimus des Inconnus, qui lui a d’ailleurs consacré un documentaire). Au terme d’une vie bien remplie, Darling s’est éteinte le 7 décembre 1999 au Kremlin-Bicêtre, à l’âge de 92 ans. Ses cendres reposent au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
PM
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